Alberto Toscano: Le Fanatisme

14.09.2011 |  eplume.wordpress.com

Fanatique ! Politiquement, la formule relève de l’injure. Historiquement, elle ne renvoie à rien, semblant avoir toujours existé. Dans cet essai*  le sociologue anglais Alberto Toscano qui enseigne à la Goldsmiths University de Londres replace Le fanatisme dans son histoire.

« Que le fanatisme soit aujourd’hui traité de façon aussi superficielle est un symptôme de l’incapacité de notre culture intellectuelle à intégrer les vagues de critiques, modifications et dépassement des Lumières, qui sont l’un des héritages de la pensée politique et philosophique des XIX e et XX e siècles. »

Dans sa démonstration, Toscano s’appuie sur Arnold Ruge, un des jeunes hégéliens proches de Marx, qui déclarait : « Tant qu’il y aura des batteries et des positions à défendre au prix de sa vie, nous n’aurons pas d’histoire sans fanatisme. » Toscano reprend le raisonnement au bond et souligne l’aspect protéiforme de ce concept faible qui devient une force quand il s’agit de disqualifier son adversaire, qu’il s’agisse du fanatisme chrétien de Luther ou de la raison quelquefois fanatique des Lumières.

Avec méthode, ce sociologue puise chez les théoriciens du fanatisme à l’époque des empires, explique son intégration à la sociologie politique du XIX e siècle et interrogent les œuvres de Kant, Hegel, Marx, Hobsbawm, Schmitt, Deleuze, Arendt, Sloterdijk, Žižek ou Badiou dont il est le traducteur en Angleterre.

Pour Toscano, en effet, il existe un lien entre fanatisme et émancipation. Le fanatisme ne serait alors qu’une conséquence détestable mais inévitable de l’assujettissement, le « produit de l’urgence et du choc ». Dans l’horizon politique, le fanatisme surgit comme l’orage annoncé. C’est une vision assez marxiste du monde, fondée sur la lutte, mais elle a le mérite d’explorer le sujet en profondeur au lieu de l’évacuer dans les zones infâmes de l’histoire.

« Mais parce que nous savons qu’au cours de sa longue histoire, le terme de « fanatisme » a servi a disqualifier les projets d’émancipation, nous devons nous garder de les rejeter ou de les pathologiser : le refus des compromis, l’affirmation de principes, l’engagement passionnés sont des moments constitutifs de toute politique visant à transformer radicalement le statu quo. Mais la politique ne se réduit pas au cri, à la confrontation ou à l’axiome. Il faut savoir allier l’urgence et l’intransigeance à la patience et la stratégie – alors peut-être, un jour, le fanatisme disparaîtra de la scène de l’histoire. »

Membre du comité de rédaction de la revue Historical Materialism et spécialiste de Deleuze, Alberto Toscano ne défend pas le fanatisme. Il l’explore sous toutes les coutures pour le comprendre. Dans cette approche, la chronologie et la géographie jouent un rôle déterminant, ne serait-ce que dans l’explication du terme. Le fanatisme n’est pas hors de l’histoire, mais une sorte de volonté de revanche sur l’histoire. Elle s’appuie sur elle et se nourrit de ses convulsions. Au total, beaucoup de références historiques, politiques et philosophiques pour, incontestablement, un livre neuf dans sa manière de traiter le sujet.

Ecrit par Laurent Lemire le 17.03.2011

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* Voici le résumé du livre :

Pour disqualifier un ennemi politique, le fanatisme est l’un des meilleurs outils possibles.
On peut l’utiliser contre des peuples non " civilisés ", contre des groupes qui n’ont pas eu la chance d’accéder à l’universalité occidentale : il s’agit alors de fanatisme irrationnel. Mais on peut aussi accuser de fanatisme les esprits froids qui mettent en application leurs idées abstraites sur le bonheur de l’humanité -Robespierre, Lénine, Mao, ou le fanatisme hyper-rationnel. Dans tous les cas, l’accusation de fanatisme est portée contre ceux qui troublent l’ordre des choses, que ce soit par la révolte anticoloniale ou par la révolution égalitaire. De la guerre des Paysans au XVIe siècle en Allemagne jusqu’à la guerre froide, Alberto Toscano décrit les modes d’emploi d’une notion dont on peut aujourd’hui, des banlieues à l’Afghanistan, recenser tous les usages pervers.

N.B: Il n’y a aucun lien entre Alberto Toscano avec son homonyme, journaliste et ancien membre du parti communiste italien, devenu fervent promoteur du berlusconisme.

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Je vous propose également de visualiser sa conférence chez RSA :

Vidéo Ajoutée sur youtube par  le  07.06.2010

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Et pour finir voici un entretien avec Alberto Toscano sur le Marxisme et le Fanatisme  paru sur Contretemps.eu  le 07.08.2011

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