PJD : Pour un Jugement Droit

03.12.2011 | Aymane Boubouh |  eplume.wordpress.com

 « Au début ils t’ignorent, ensuite ils se moquent de toi, puis ils t’attaquent et enfin tu gagnes. » Ghandi

 Voilà que le PJD a triomphé de ces élections 2011. Les uns parlent de vote sanction, Les autres disent que les marocains ont voulu jouer leur dernière carte avant de couper le mince cordon ombilicale qui les lie à la politique. En vérité, enfin … C’est ce que je pense : le PJD a mérité sa victoire. Il a fait preuve tout au long des 4 dernières années d’une remarquable opposition qui réfute toute thèse qui dit que c’est la victimisation, l’instrumentalisation de la religion et/ou de la cause palestinienne ou le populisme qui ont fait le grand succès de ce parti le 25 novembre 2011.

Il faut juste revenir en arrière pour se rendre compte que le parti était le plus présent aux séances parlementaires. Prenant juste à titre d’exemple « Najib Boulif », le PJDiste tangérois qui était  statistiquement plus actif que l’ensemble des députés de dix partis réunis dont le PAM-RNI(1). Le parti a posé 72.5 % des questions écrites 6518/8991 et 25% des questions orales 1335/5402(2). Il suffit de jeter un coup d’œil sur les vidéos des séances parlementaires– qui sont toujours disponibles sur youtube – pour remarquer que c’est les barbes rasés et les voiles colorés qui occupaient la plus grande partie de l’assemblée des représentants de la nation.

Il faut rendre à césar ce qui est à césar. Ceux qui veulent nous faire croire que les PJDistes ressemblent idéologiquement et intellectuellement aux vendeurs des CD de kichk « avec tout le respect que je dois à cet homme » devant les portes des mosquées, sont non seulement de mauvais perdants qui n’admettent pas leur défaite, mais aussi une mauvaise élite qui joue sur la diabolisation et la déformation pour arriver à ses fins. Les députés du PJD, quoiqu’il advienne, en ont dans les méninges. Les chiffres parlent d’eux même : 15.4% de licenciés, 54.5% de diplômés de troisième cycle, 23.4 % ont un doctorat d’état, 33% d’enseignants, 15% de professeurs universitaires, 7% d’avocats, et idem pour les ingénieurs et hommes d’affaires. Ce qui leur procure une légitimité incontestable d’un point de vue cérébral. Sincèrement, je ne vois pas où Monsieur Mezouar, le fondateur du « Groupe des  Grandes Gueules pour un Gâchis électoral Garanti et un Gouvernement de Gangsters : G8 » a voulu en venir par sa phrase dérisoire : «Les marocains sont assez matures pour choisir les islamistes ». Veut-il les inciter à choisir les moins présents, avides de pouvoir et  avec un forfait voyelle bloquée « 0.75 question pour chaque député du Pam Vs 36 question pour chaque Pjdiste » (2)

Jusqu’à maintenant, on ne parle pas de religion. Déjà le programme électoral du parti de la justice et du développement ne contient aucun Hadith ni aucun verset coranique. Ses membres ne noircissent pas leur rivaux – comme l’a fait le PAM avec un article sur sa page FB : « 50 raisons de ne pas voter PJD » – et ne recrutent pas n’importe qui – toutes mes excuses à Fatima ait Baamran – pour mobiliser la foule. Ils ont tout simplement fait une très bonne campagne électorale avec un programme raisonnable où l’argent était absent. Une campagne menée bénévolement par les membres et les sympathisants du parti contrairement à la plupart des 29 autres partis qui ont du payé 200 dirhams au pauvre jeune au chômage qui profite de la conjoncture actuelle pour se faire du pognon.

Je ne suis pas membre du parti mais j’ai des affinités avec beaucoup de ses membres. Au faite, ce qui m’a poussé à écrire cet article c’est la campagne qui commence déjà  à salir le parti avec tout le pessimisme qui l’accompagne alors que « Ba9i Maddar f Tajine Mayete7re9 ». Notons-le, ils n’ont jamais été au gouvernement … je crois qu’il faut au moins une bonne année pour commencer à mitrailler.

Le 25 novembre je me suis  porté volontaire pour le contrôle des élections J’ai voté dans mon ancien lycée ; dans la salle où j’ai passé ma 1ère année du secondaire. Après 14 ans, j’ai remarqué que rien où presque n’a changé à l’image du paysage politique du Maroc avant le 20 février 2011. Il faut le dire, le PJD a partiellement profité de la mobilisation et de l’intérêt des marocain vis-à-vis de la politique après les 9 mois de manifestations qui ont poussé le roi à retoucher la constitution et à anticiper les élections. Le PJD doit au mouvement du 20 février l’éveil politique qu’il a injecté dans le peuple. Qu’on le veuille ou non, le mouvement a mis le Makhzen devant l’obligation de répondre à la voix du peuple même s’ils ne se sont pas fait entendre le jour des élections puisqu’ils les ont boycottées.

Cette voix était entendue le 25 novembre. J’y étais au bureau de vote à compter les suffrages avec des jeunes  en chômage « payés par l’état ». Là où j’étais, les représentants des autres partis « financés par ces derniers » ne connaissaient mêmes pas leur secrétaire général. Ils sont là juste pour remplir le PV et le rendre au siège du parti pour 200 ou 300 Dh. Il y en a même – comme celui qui était à coté de moi – qui a voté PJD avant de venir à la corvée. Dans le bureau où j’étais 301 ont voté sur 524 inscrits dont 123 pour le parti de Benkirane. La victoire était écrasante à Hay Riad.

Quand la transparence est au rendez-vous, la voix du peuple se fait entendre. Le G8 s’est effrité. Le PJD a gagné avec un score historique : 107 sièges sur les 395 de l’assemblée,  c’est-à-dire : un peu plus du quart des sièges au parlement, Surtout dans les grandes villes « dédicace à ceux qui disent que seuls les villageois pourront adhérer au discours du PJD». Il a été premier dans la liste féminine « une autre dédicace à ceux qui trouvent que les islamistes n’émancipent pas les femmes ».  Abdallah Bouanou a obtenu deux fois plus de voix que le ministre des finances, chef du RNI et du G8 – celui qui a dit que les marocains ne sont pas immatures pour choisir les « islamistes ». Et pour la première fois de l’histoire marocaine, un premier ministre d’un parti à référentiel islamique est au pouvoir.

Au final, Abdelilah Benkirane a été nommé chef du gouvernement.  Mais ça n’a aucun sens puisque jusqu’à maintenant, jamais un premier ministre marocain n’a jouit d’une véritable autonomie politique. J’espère que cette fois, les PJDistes vont lutter becs et ongles pour élargir les prérogatives du gouvernement comme ils l’ont intelligemment fait pour dominer les élections. On verra bien aussi ce que la « nouvelle constitution » va leur offrir. Le plus difficile comme l’a dit le Dr Ahmed Raissouni est le commencement et le réveil du peuple. Ce réveil, on l’a ressenti le vendredi dernier. On l’a ressenti bien avant … dans les rues au cours des 9 derniers mois.

Au final : Les frères vont faire face à la tentation du pouvoir, de l’argent, des privilèges, de la célébrité, et surtout de la gestion d’un royaume qui bouillonne. Ils vont se retrouver tirailler entre le marteau d’un roi qui donne une partie du pouvoir et l’étrier d’un peuple qui leur a fait confiance, qui voit en eux un espoir de réforme et de changement et qui veut absolument des résultats.

Le jeu politique a ses splendeurs, mais il a aussi ses limites, ses contraintes internes et externes, et parfois des compromis qui passent difficilement  et auquel le Pjd devrait faire face. Les dinosaures sont toujours là. Abdelwahed Radi par exemple et depuis 1963, comme une bouteille de vin. Les conseillers du roi et les affairistes qui l’entourent. Les lobbies financiers et économiques. Les islamophobes qui considèrent le PJD comme l’arbre qui cache la foret d’un état islamique radical. La mission des frères ne sera pas facile. Ce n’est pas du gâteau qu’ils ont entre les mains mais un véritable chantier qui demande beaucoup de travail, d’honnêteté et de courage.

J’ai aimé la réponse de Benkirane à une question sur l’alcool lors de sa conférence de presse: « si les marocains ont moins de problèmes sociaux, ils consommeront moins d’alcool »

J’espère qu’ils sauront comment prendre le pouvoir et conduire le bateau marocain à bon port et qu’on aura moins de problèmes sociaux d’ici le prochain gouvernement.

On verra … On verra bien !

1 - http://hespress.com/permalink/40637.html

2 – http://hespress.com/politique/40566.html

 

Cet article est également publié sur le blog d’Aymane Boubouh

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4 réponses à PJD : Pour un Jugement Droit

  1. dima dit :

    L’islamisme nouveau est arrivé

    Dans le plus vieux Royaume du monde, au mois du beaujolais,
    le nouveau cru de barbus est arrivé en tete des législatives. Et il
    est au gout de Sa Majesté !

    « Les laiques veulent répandre le vice parmi ceux qui ont la foi.
    [...] Ils veulent que la perversion sexuelle se proclame publiquement.
    [...] Que celui qui porte en lui de tels immondices se cache, car s’il
    nous montre sa face, nous lui appliquerons les chatiments de Dieu
     »
    Ces propos ne sont pas ceux d’un mufti de garage isolé, mais
    d’Abdelilah Benkirane, qui, dès le lendemain des élections, avait
    toutes les chances de devenir Premier ministre marocain.

    Les législatives anticipées du 25 Novembre au Maroc se sont soldées
    par une large victoire des islamistes, dits modérés, du Parti Justice
    et Développement [PJD] : 107 sièges sur les 395 de la première
    Chambre du Parlement. Les autres partis, dits progressistes, peuvent
    aller se rhabiller. Dès l’annonce des résultats partiels, Benkirane,
    secrétaire général du PJD, se reve déjà en costume de Premier ministre,
    à défaut d’avoir pu enfiler sa djellaba d’émir.

    En effet, si Hassan II se targuait de la latitude de nommer son chauffeur
    à la primature si ça lui chantait, Mohammed VI, lui, est dorénavant obligé
    de désigner le chef de son gouvernement au sein de la formation qui, en
    l’occurrence, a raflé la victoire. C’est ce que stipule la Constitution flambant
    neuve dont s’est doté le Royaume, soumise à référendum en Juillet 2011
    après une campagne éclair de dix jours, puis approuvée à 98,6%. Amen.
    C’est d’ailleurs quasiment la seule concession que le monarque a faite
    sur ses omnipotences prérogatives.

    Aussi, que les plus alarmistes soient rassurés : le scrutin chérifien, bien
    qu’il n’intervienne qu’un mois après, n’a pas grand chose à voir avec les
    élections tunisiennes. Printemps arabe ou pas, au royaume enchanté,
    c’est toujours Mohammed VI, à travers son tentaculaire cabinet royal,
    qui continuera à tenir les renes du pouvoir. D’ailleurs, si le parti islamiste
    tunisien Ennahda a été fustigé pour avoir cueilli les fruits d’une révolution
    qu’il n’a pas faite, le PJD, lui, s’est carrèment rangé derrière le ministère
    de l’Intérieur pour condamner le Mouvement du 20 Février qui bat le pavé
    depuis cette date pour réclamer liberté et démocratie. Benkirane n’a
    d’ailleurs de cesse de déclarer que la monarchie parlementaire, principale
    revendication de la jeunesse contestataire, serait « totalement inadaptée
    au Royaume
    « , défendant ainsi la thèse politiquement correcte d’une
    hyper-monarchie.

    D’opportunisme en courtisanerie, ce professeur de physique qui brigue
    aujourd’hui la primature n’en est pas à son premier retournement de
    veste. Né en 1954 à Akkari, quartier populaire de Rabat, dans une famille
    proche des milieux nationalistes du parti de l’Istiqlal, il intègre en 1976 la
    « Chabiba Islamiya », organisation clandestine ayant assassiné à l’arme
    blanche, un an auparavant, le militant socialiste Omar Benjelloun. Pronant
    la violence dans le but d’établir un Etat islamique au Maroc, la Chabiba
    était surtout farouchement opposée aux mouvances de la Gauche,
    notamment dans le milieu universitaire, bénéficiant dans ce sens de la
    bienveillance, voire du soutien actif du pouvoir policier. Aujourd’hui,
    Benkirane se défend avec force contre les rumeurs de l’époque qui lui
    collent encore à la barbe, selon lesquelles il aurait été un « awacs »
    -du nom des avions espions américains- à la fac de Rabat.

    En 1986, il se fend d’une missive au ministère de l’Intérieur où il
    proclame sa rupture avec la Chabiba, et entamme une longue mue
    politique où il intégrera de proche en proche les arcanes du pouvoir. En
    1998, le PJD naitra avec le parrainage de Driss Basri, alors tout puissant
    ministre de l’Intérieur de Hassan II. Pour escamoter sa docilité face au
    Makhzen au meme titre que les autres partis, le PJD puisera sa raison d’etre
    politique dans le référentiel islamiste porté par les déclarations tonitruantes
    de Benkirane sur la liberté de culte, l’égalite homme femme, l’alcool
    et l’homosexualité. Conspué par les contestataires pour son pouvoir
    absolu exercé au nom du droit divin, Mohammed VI peut retrouver le
    sourire, car avec un Premier ministre comme celui-ci, il pourra de nouveau
    se draper dans un faux voile de modernisme.

    Zineb El Rhazoui
    30/11/2011 – Charlie Hebdo numéro 1015.

  2. Mohammed Bennouna dit :

    On verra bien ce que durera l’état de grâce! Mais je reste vigilant et ne m’attend à rien de significatif de la part du PJD pour la simple raison qu’il n’a pas les coudées franches! D’une façon générale, le pouvoir est un cancer qui finit par ronger et miner de l’intérieur les hommes qui s’y adonnent…C’est un peu le pacte avec le diable.
    Personnellement, je me méfie comme de la peste du politicien qui milite au nom de Dieu. La religion n’est qu’un tremplin idéologique pour accéder au pouvoir et prendre sa part du gâteau. Les tractations avec les autres partis sont à ce propos révélateurs: y a trop de gourmands et de rapaces sur la scène politique…
    Dans le cas du nouveau premier mini-stre, c’est le double langage qui fait froid dans le dos. Son discours de façade pour rassurer d’un côté est souvent contredit par ses propres affirmations qui trahissent un esprit rétro-grade…

  3. dima dit :


    أسئلة إلى العدالة و التنمية، إلى السيد الرميد خاصة

    أنا مواطن لم يصوت أصلا. لا لأن وضعيتي كمهاجر لا تسمح لي بذلك. فأنا كنت
    متواجدا بالمغرب يوم 25 نونبر. لن أفسر هنا مقاطعتي للإنتخابات و ليس لأحد أن
    يستفسرني فيها. أكتب هذه الخطوط السخيفة مخاطبا الحزب الفائز بانتخابات قاطعتها. هذا
    من حقي، و من يرى في ذلك تناقضا فل يعفي نفسه عناء قراءة ما
    سأقول ، و هو على ذلك مشكورا

    http://alwandida.wordpress.com/2011/11/27/%D8%A3%D8%B3%D8%A6%D9%84%D8%A9-%D8%A5%D9%84%D9%89-%D8%A7%D9%84%D8%B9%D8%AF%D8%A7%D9%84%D8%A9-%D9%88-%D8%A7%D9%84%D8%AA%D9%86%D9%85%D9%8A%D8%A9%D8%8C-%D8%A5%D9%84%D9%89-%D8%A7%D9%84%D8%B3%D9%8A%D8%AF/

  4. dima dit :

    Le chef du gouvernement du Maroc pourra t’il prendre
    exemple sur le premier ministre italien Mario ponti ?
    on dit de Mr Abdelilah Benkirane qu’il n’est pas dans
    le besoin et que ses affaires prospérent aisément
    en toute légalité et « sans aucun passe droit ».

    Le premier ministre italien vient de prendre sur lui en
    annonçant qu’il travaillerait pour son pays et le bien
    de ses compatriotes sans etre rémunéré. C’est tout à
    son honneur d’Homme d’Etat. Sa ministre du travail
    et de la prévoyance sociale, qui venait d’entammer
    l’énumération des réformes et des mesures destinées
    à sortir l’Italie du gouffre de son déficit abyssal, a explosé
    en larmes. Professeur universitaire d’économie, elle
    n’est pas rompu au métier cruel de la politique. Sa sensibilité
    d’étre humain était bien sur au rendez vous.

    « Toute l’Italie ne parle que de ça : les larmes d’Elsa Fornero,
    qui ont ému la péninsule, font lundi matin le buzz dans la presse
    et sur le net. Pas facile d’être celle qui annonce les mauvaises
    nouvelles à des Italiens déjà désespérés.
     »

    http://www.lefigaro.fr/international/2011/12/05/01003-20111205ARTFIG00394-une-ministre-italienne-fond-en-larmes.php

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