Fadoua est morte, le Makhzen est bien vivant

Vous voulez les misérables secourus, moi je veux la misère supprimée. [V. Hugo]

Fadoua n’était pas une héroïne, elle n’a rien fait dans sa vie qui mérite d’être rapporté. Car Fadoua a mené ce genre de vie banalement misérable, qui aurait pu se prolonger pour ressembler à celles de millions d’autres, pour s’éteindre un jour, victime du manque de lits ou de personnel médical dans un hôpital public.

Fadoua avait sûrement une télé dans cette sorte de construction moyenâgeuse qu’elle devait appeler maison. Elle regardait sûrement ces chaînes nationales, où l’on y évoque à longueur de journée les avancées en matière de développement économique et social, des avancées non chiffrées, pour lesquelles personne n’a été consulté. Faut-il rappeler les irrégularités, connues par tous, inhérentes à ce genre de projets dans le plus beau pays du monde ?

Pendant que le Makhzen était occupé à s’enrichir, à tabasser les marocains libres, à orchestrer sa propagande médiatique que plus personne ne croit, Fadoua devait attendre patiemment son tour, une charité qui viendra, un jour, au hasard du bon vouloir d’un je ne sais quel responsable, ou je ne sais quelle autre visite royale.

Je n’ai jamais connu la misère. A peine l’ai-je vue. Cet état persistant de faim, du futur incertain, de crainte de cette maladie ou cette calamité qui raflerait le peu d’économies familiales. Et encore, avez-vous déjà essayé de vous faire soigner dans un hôpital public ? Avez-vous déjà eu affaire à un avocat commis d’office pour vous défendre d’une injustice devant une cour de justice aux abois ? Même avec l’argent qu’il faut, même avec les connexions qu’il faut, le marocain peine à trouver une école correcte pour ses enfants, une clinique avec des médecins compétents pour se soigner, et le travail de la justice se réduit souvent à un combat de pots-de-vin et de pistons. Triste réalité.

Fadoua voulait un toit décent. Peut-être une première étape pour se sentir un tant soit peu en sécurité, peut-être avait-elle des projets, un petit commerce, un petit boulot pour que ses enfants échappent au sort terrible que la vie lui a réservé, à elle. Mais un responsable quelque part en a décidé autrement. Sous prétexte que c’est une mère célibataire, donc ne pouvant être chef de famille, elle n’aura pas accès à son logement social, et la destruction de son taudis a été décidée. Elle se retrouve donc à la rue. Avec ses enfants. Elle n’a pas pu le supporter.

Peu avant son geste tragique et spectaculaire, elle fit un discours, une sorte de dernière volonté, “sarqouli berrakti” répétait-elle, avant de s’immoler – On m’a volé mon gourbi. Fadoua aurait pu mettre un terme à ses souffrance plus discrètement, mais ce n’était pas là son objectif. Si elle voulait simplement fuir l’âpre vie, elle aurait mis fin à ses jours d’une manière moins douloureuse. Car c’est bien ce qu’elle voulait : attirer l’attention, fût-elle posthume, de la société sur sa situation. Peut-être espérait-elle que l’affaire soit médiatisée, et que ses enfants bénéficient d’une certaine charité qui les sauverait de la précarité à laquelle sont destinés la plupart de nos compatriotes*. Elle n’a même pas eu, à la fin, droit à une dépêche MAP. Indigne Etat.

… 

On m’a volé mon gourbi ! ”. Elle n’a pas nommé un responsable. A-t-elle réussi à en identifier un ? Probablement pas. Dans un pays qui respecte ses citoyens, une enquête aurait été diligentée pour donner des noms, punir ceux qui le méritent, pallier à l’incohérence juridique s’il y en a une. Ce n’est pas le cas chez nous, car le responsable est tout un système, celui-même auquel les jeunes du 20 février voulaient mettre un terme. Cet espèce de monstre sans âme porte un nom : le Makhzen.

Un jour viendra, où ça sera au tour du Makhzen se consumer dans les flammes de notre volonté de changement. La situation des Fadoua n’en sera pas améliorée du jour au lendemain, je le concède. Mais la responsabilité ne sera plus celle d’un corps politique abstrait et ubique qui n’oeuvre que pour sa propre survie, mais celle de toute la société, de tous les individus, de tous les sujets désormais citoyens. Et je crois sincèrement qu’une fois leur destinée entre leurs propres mains, les Hommes en font le meilleur usage possible.

* La pauvreté- au sens du PNUD – touche 8.9 millions de marocains. Autant de Fadoua Laroui.

Fadoua Laroui dans la presse internationale :

– Fadoua Laroui: The Moroccan Mohamed Bouazizi – Laila Lalami, The Nation

– One Moroccan Woman’s Fiery ProtestThe HuffPo

– Dépêche AFP

– RIP Fadoua Laroui : Blog d’AbMoul

01.03.2011  |    Aboulahab |  takhouar.wordpress.com

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2 commentaires pour Fadoua est morte, le Makhzen est bien vivant

  1. eplume dit :

    Encore une fois de plus, l’exception marocaine se manifeste.
    Un jeune s’est immolé en Tunisie, cela a mobilisé les citoyens tunisiens chez lesquels on retrouve encore des grains d’âme. En effet, cette immolation a produit une régénération de ces grains à tel point qu’elle a fini par redonner à l’âme tunisienne toute sa grandeur. Une Âme aussi noble qu’elle a pu dénuder le pouvoir illusoire d’un tyran et rendre justice au peuple.
    Au Maroc, je me demande juste si nos concitoyens disposent encore ne serait-ce que d’un grain d’âme, infiniment petit soit-il, susceptible d’être un jour régénéré.
    Pauvre exception marocaine!

  2. dalamix dit :

    c’est vrai le maroc fait exception,puisque le marocain est un esclave (il est le seul à courber l’échinne et baiser les mains!)Le seul peuple au monde à sacraliser un tyran est le sou peuple marocain!
    pour resumer je dirais que le marocain est lâche et ventare!
    C’est pourquoi les marocains louperont le rendez vous avec l’histoire et ne feront pas partie de ces peuples courages comme les tunisiens,egyptiens,lybiens et autres.Ils resteront les sujets d’un petit tyran arrogant et sans scrupule MOMO6

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