De l’importance de la fonction « partager »

Deux semaines se sont écoulées depuis ce magnifique Dimanche 20 Février qui a changé notre pays. En deux semaines il s’est à la fois passé beaucoup et peu de choses. Les processus de libération de la parole et de chute du mur de la peur ont poursuivi leur dynamique libératrice et rendent irréversible bien des progrés. Le pouvoir quant à lui n’a envoyé que peu de signes qui prouvent qu’il a compris l’ampleur de ces processus. Les modalités « makhzeniennes » de nomination du couple Yazami/Sebbar témoignent de réflexes encore bien installés. Le déchaînement de la violence diffamatoire de la presse Baltajya montre que les poches de résistance sont encore très fortes.

Certes, le souverain a aussi envoyé des signes encourageants mais ils sont encore sybillins. Il semble attendre l’issue du match entre forces du changement et forces du statu-quo pour se prononcer. Notre avenir est donc entre nos mains, il nous faut continuer à secouer gentiment le cocotier. Des noix commencent à tomber. Les partis et notamment l’USFP commencent à vivre des convulsions porteuses d’espoir mais il est bien trop tôt pour se réjouir.

Les sit-in permanents ne sont pas une solution même si il faut se féliciter de la réussite de ceux du 27 Fevrier et du 6 mars à Rabat et Casablanca. La mobilisation reste de mise, et en attendant l’importante date du 20 Mars chacun d’entre nous doit se demander ce qu’il peut faire pour éviter l’essoufflement du mouvement et contribuer à ce Printemps marocain.

Parce que le mouvement est né sur FaceBook et YouTube il faut d’abord le maintenir vivant sur ces deux médias, d’où l’importance de la fonction « partager » qui s’offre à nous partout sur le web. Il nous suffit de cliquer sur ce bouton omniprésent sur les pages des réseaux sociaux, des sites des grands médias et de partage vidéo pour donner un nouveau souffle à une information. Partager, c’est faire circuler les plus belles plaidoiries qu’elles soient sous forme de texte, de chansons ou de vidéos. Partager, c’est montrer à ses amis à ses proches à ses frères d’armes dans ce mouvement, que la determination est toujours là, que nous n’allons pas nous laisser anésthesier par le quotidien. Partager, c’est inviter au débat des gens que nous ne connaissons pas nécessairement mais qui sont nos frères en marocanité et en citoyenneté. Partager c’est refuser l’indifférence, la médiocrité, l’égoïsme, l’égocentrisme qui ont trop souvent caractérisé nos vies. Partager c’est maintenir en vie cette magnifique effervescence que vit notre pays et notre monde arabe devenus le centre du monde.

Le Jasmin, Maïdan Tahrir et le 20 Février ont fait voler en éclat notre grisaille, notre morosité, notre cynisme blasé et ont fait de nous les acteurs d’une histoire dans l’Histoire. Dans toutes les maisons, on débat, on discute on s’engueule mais on vit, et souvent on jubile ENFIN.

Parce que cette révolution n’a pas de leaders nous en sommes tous les leaders. L’intellectuel et historien français parlant de la révolution tunisienne a dit:

 » L’absence de leadership dans l’opposition prouve que cette révolution n’est pas prête à être confisquée. Il faut justement en profiter pour mettre le forum public au poste de commandement.

On sent de toute façon une espèce de conscience populaire de ce qui doit se faire et de ce qui est acceptable. L’intelligence collective du peuple tunisien, avec toute sa vitalité et sa compréhension des rapports de force, est un bon guide du chemin à suivre. »

Ne vous laissez donc pas intimider ou décourager par tous les pisse-vinaigre qui se gaussent de ce mouvement sans leaders , sans plateforme et sans partis. Nous n’en sommes pas encore au stade des négociations constitutionnelles et des marchandages électoraux . Nous en sommes seulement au stade de libération du maximum possible d’énergie créatrice et régénératrice.

Nous en sommes aussi au stade de la déconstruction et de la  destruction créatrice.  Destruction des dogmes et schémas de pensée hérités de la sujétion.  Destruction des peurs, des craintes, des angoisses et des anxiétés de la soumission et de la passivité. Destruction des leaderships dinosauresques dans les partis nationaux. Déconstruction des façades démocratiques qui cachent les réalités autocratiques. Destruction des rites et coutumes archaïques. Destruction du bois des langues propagandistes.  Déconstruction des discours sur le nihilisme, le patriotisme, et les grandioses réalisations, les injazat. La destruction même pacifique a besoin d’énergie, de beaucoup d’énergie et nous en manquons pas.

A ce stade nous n’avons pas besoin de leaders , de chefs ni de zaims. Nous n’avons besoin que de partager. Alors partagez.

06.03.2011  |    Karim Tazi

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