Le Maroc partage les mêmes maux que les autres régimes arabes

Intervenus à la suite des révoltes populaires, la chute du régime Ben Ali en Tunisie et la fin de l’ère Moubarak en Egypte ont jeté la lumière sur deux maux des despotes du monde arabe : la cupidité et l’autoritarisme. Le calme relatif dans lequel se sont déroulées les manifestations pacifiques du 20 février et la stabilité qui prévaut au Maroc semblent accréditer la thèse d’une « exception » marocaine. En réalité, la monarchie marocaine partage les mêmes maux que les autres régimes arabes. 

Sous Hassan II comme sous Mohammed VI, la fortune de la famille royale a été accumulée dans des conditions loin d’être irréprochables. Présente dans les principaux secteurs (banque, industrie, télécommunications, immobilier), la holding royale ne fait l’objet d’aucun contrôle, et joue de son inscription au cœur du pouvoir pour bénéficier de passe-droits et d’un accès douteux aux marchés publics. Est-il concevable que l’actuel ministre de la justice du gouvernement marocain soit aussi l’avocat personnel du roi, en charge de ses litiges financiers et commerciaux ? Comme l’ont noté les câbles diplomatiques révélés par le site Internet WikiLeaks, le palais et ses serviteurs utilisent les institutions étatiques pour exiger des « rétributions » auprès des milieux d’affaires nationaux et étrangers.

Sur le plan politique, Mohammed VI a maintenu le régime de concentration des pouvoirs dont il a hérité de Hassan II. Alors que le roi règne et gouverne, il n’existe aucun contre-pouvoir institutionnel en mesure de limiter les décisions arbitraires. En s’appuyant sur une légitimité religieuse dévoyée, la monarchie neutralise toute critique dirigée contre l’action du roi. En interdisant toute critique du roi alors qu’il détient le pouvoir suprême, et en refusant toute redistribution des pouvoirs au profit du gouvernement issu des urnes et responsable devant les citoyens-électeurs, le système monarchique accroît les contraintes qui pèsent sur lui.

UN NOUVEAU CONTRAT POLITIQUE

Pourtant, la monarchie ne peut pas continuer à engranger indéfiniment les bénéfices de la sacralité et du patrimonialisme. Si le roi Mohammed VI entend être « moderne », c’est en acceptant de renoncer à l’exercice réel du pouvoir exécutif. Il n’est pas trop tard pour que la monarchie accompagne la transition démocratique en amorçant son propre dessaisissement du pouvoir temporel. Dans le cadre d’une future démocratie représentative, il est tout à fait concevable que la monarchie se consacre à sa fonction religieuse, à l’exclusion de toute intervention dans les décisions gouvernementales. Pour assurer sa survie dans le monde moderne, la monarchie doit se tenir à l’écart des soubresauts des affaires profanes.

Afin que la démocratie représentative puisse voir le jour au Maroc, il est impératif que l’ensemble des acteurs politiques, en relation avec la société civile (syndicats, mouvements représentant les jeunes, les femmes, les Amazighs…), se mettent d’accord sur les perspectives d’avenir en formulant un nouveau contrat politique. La gauche (Parti du progrès et du socialisme, Union socialiste des forces populaires, Parti socialiste unifié), le mouvement islamique (Parti de la justice et du développement, organisation Justice et Bienfaisance), mais aussi les Sahraouis indépendantistes ouverts à des  négociations avec un gouvernement marocain démocratique doivent assumer leur responsabilité politique envers les générations présentes et futures.


Youssef Belal est l’auteur de l’ouvrage Le cheikh et le calife : sociologie religieuse de lislam politique au Maroc (Editions Ecole normale supérieure, 2011).

Youssef Belal, membre du bureau politique du Parti du progrès et du socialisme (PPS) et professeur des universités

08.03.2011 |  Youssef Belal Le Monde

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Un commentaire pour Le Maroc partage les mêmes maux que les autres régimes arabes

  1. hmida dit :

    Ton analyse est fausse dès le départ : le régime politique au Maroc ne connait pas de crise de légitimité, comme en Égypte, en Tunisie, en Libye, au Yemen et dans une certaine mesure en Jordanie.

    D4autre part, les structures devant servir de contre pouvoir à la monarchie ont toujours existé : elles ont été dévoyées par leurs propres dirigeants (partis et syndicats).

    Si tu zappes ces deux éléments, ton raisonnement ne tient pas la route et relève de la discussion du premier café de commerce de Paris.

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