Le paradoxe de l’exception marocaine

09.03.2011 | khal9ollah |    eplume.wordpress.com

Je commencerai par un petit exercice de logique et de bon sens. Et si vous n’arrivez pas à cerner les contours de ce simple exercice, je vous conseille alors de ne pas aller jusqu’au bout de l’article. Car, à ce moment, il est certain que  votre cerveau ne soit pas fait pour supporter la gymnastique intellectuelle,  ce qui vous encourt le risque d’un dérèglement de l’esprit (Que la Censure vous protège !! Amen) 

Maintenant que vous savez ce que vous risquez, Abordons l’exercice :

Enoncé : On part du principe que l’univers est constitué de différentes créatures (ou de plusieurs espèces car chacun a son vocabulaire, et heureusement).   On a donc des  poissons, des insectes, des graines, plantes, des dinosaures, des fleurs, des reptiles, des mammifères et l’espèce humaine… etc.

Admettons qu’un entraineur d’une équipe de football X et un roi d’un royaume Y soient tous les deux des créatures appartenant à l’espèce humaine.

L’entraineur de cette équipe a été choisi après avoir fait ses preuves, démontrant sa compétence, son intégrité, sa volonté à toujours améliorer son équipe et la placer parmi les meilleures en compétition. Tout le monde s’accorde sur le fait que cet entraineur a été choisi à travers un système de méritocratie. Un jour, suite à un accident de route, l’entraineur meurt.

L’ensemble de son équipe ainsi que le comité concerné, se réunissent pour débattre de sa succession. Vous pensez qu’il est plus logique de chercher son successeur  parmi toutes les composantes  de son équipe, du comité concerné et des habitants de la ville en question ?  Et que le critère de sélection doit reposer sur la  compétence  et sur le sens de la responsabilité (et par conséquent, il ne sera pas à l’abri d’être remplacé au cas où les résultats ne seraient pas au rendez-vous) ? Ou bien vous me direz, NON: Cet entraineur était le meilleur qu’on n’ait jamais eu. Donc, comme il a un fils, c’est son fils qui doit devenir entraineur (indépendamment de l’intérêt du fils, et au sport et au sens de la responsabilité). Il sera entraineur juste parce que son père l’était auparavant. C’est comme si je vous dis, que puisque votre père est un commerçant ambulant, alors vous devez devenir comme lui, c.à.d. commerçant ambulant, et que celui pour qui le père est ministre de l’industrie, ben, tant qu’il est né sous l’étoile qu’il fallait … il peut à son tour être ministre. Bien évidemment ce raisonnement simpliste est complètement aberrant.

Nonobstant qu’il s’agisse d’une comparaison de créatures faisant toutes partie de l’espèce humaine, cela vous paraitra inconcevable à appliquer au roi du royaume Y.

Alors, on est donc confronté  à deux hypothèses: Soit le roi du Royaume Y ne fait partie de l’espèce humaine, et là je pourrai comprendre que le principe de gouverner par héritage puisse continuer éternellement. Soit, nous, citoyens que nous sommes,  n’appartenons pas à l’espèce humaine et par conséquent les rois du royaume Y pourront nous gouverner perpétuellement tout en ayant la conscience tranquille.

La conclusion admettant deux résultats faux car ils sont en opposition avec l’affirmation de l’énoncé à savoir que les deux appartiennent à l’espèce humaine, il est donc logique que la gouvernance d’une nation ne puisse admettre l’option héritage.

Certain me répondront,  que cet entraineur peut très bien avoir préparé son fils à sa succession.  Et ainsi  sa nouvelle responsabilité sera acquise  par le mérite et sera due à sa compétence. Certes, cela est vrai. Mais le problème c’est qu’on est limité à un seul cas, à savoir que  la succession soit exclusivement  par héritage, donc un marché fermé à toute concurrence.  Et quand il y a absence de concurrence, il devient inutile d’évoquer même le mot  « compétence »  car il est tout simplement vidé de tout sens. Notamment par l’inexistence  de moyens de comparaison.  Par conséquent tout être humain descendant d’une lignée autre que l’Entraineur ne pourra jamais devenir un jour entraineur  tout simplement parce que cette personne n’a pas eu les parents adéquats. Ce qui réduit la vie de tous les hommes à une vie semblable au système des  castes en Inde où chacun d’entre nous est condamné à accepter un destin prédéfini et irréversiblement prévisible.

Si vous persistez toujours à croire le contraire je vous renvoie vers la petite introduction de cet article tout en  invitant vos neurones tous neufs à continuer de sombrer dans l’hibernation. Inutile alors de lire la suite.

Pour ceux qui se considèrent être dotés du bon sens ainsi que pour mes chers amis adeptes de l’esprit cartésien. La suite est à nous :

Par pragmatisme, je commencerai mon analyse à partir de données rationnelles.  Le roi Mohammed VI est bien parmi nous et la transition démocratique est irréversiblement imminente. L’enjeu étant de savoir par quel moyen cette combinaison pourra-t-elle devenir  pertinemment  fructueuse.

Avant d’entamer la suite, si vous faites partie de celles/ceux pour qui la simple évocation du mot démocratie suscite systématiquement la réponse par «  vive le roi », je vous demande juste de vous poser la question nécessaire pour savoir si vous ne vous contrediriez pas en estimant que « démocratie » soit incompatible avec « monarchie ». Je vous laisse relire la phrase pour comprendre, les autres pourront continuer de lire.

Après le 20 février,  on a pu constater la démolition de l’ensemble des arguments  souvent mal intentionnés des opposants au mouvement du 20 février. On a également assisté à la démonstration de la nature malsaine des justifications des détracteurs dudit mouvement  notamment par leur refus aux citoyens marocains d’exercer un droit que leur garantit la constitution. En effet, la Constitution actuelle du Maroc, fût-elle contestée sur certains aspects, garantit néanmoins dans son article 9 « la liberté d’opinion, la liberté d’expression sous toutes ses formes et la liberté de réunion; en précisant qu’ »il ne peut être apporté de limitation à l’exercice de ces libertés que par la loi ». C’est dans ce cadre que s’inscrivent les appels aux manifestations du 20 février relayées par les associations et partis politiques qui y souscrivent. Elles sont donc tout à fait légales et légitimes. Ce qui ne l’est pas, par contre, ce sont les tentatives de « limitation » de ce droit.

Il est donc intéressant de rappeler ne serait-ce que brièvement les cinq arguments  souvent avancés par les opposants au #20fév  avant d’entamer le scénario du #20mars.

Argument  I : La monarchie Alaouite est là depuis 1636, c’est-à-dire,  plus de trois siècles et demi. Par conséquent,  on doit justifier l’existence de cette monarchie parce qu’elle est ancrée dans l’histoire du Maroc.

Donc, suivant ce raisonnement,  tout ce qui a duré quelques siècles pourra être considéré comme étant figé et  ne devra incontestablement pas être remis  en doute.

Par symétrie, l’esclavagisme a commencé, pour n’évoquer que l’exemple américain, en 1619  pour prendre fin après la guerre de sécession en 1865  par le vote du 13ème amendement. C’est-à-dire  246 ans d’esclavagisme immoral dont s’en est suivi un système de ségrégation qui s’est prolongé jusqu’aux années 60. Ce qui nous ramène pratiquement à trois siècles d’histoire.

Est-ce qu’à votre avis le fait que l’esclavagisme et son prolongement sous forme de système  ségrégationniste  durant trois siècles et demi  devra justifier sa continuité ou bien devrons nous donner raison aux citoyens américains d’avoir mis fin à ce système?

A moins d’être partisan de  la supériorité de certaines « races » par rapport aux autres. Je pense que,  pour une majeure partie d’entre vous, les américains ont agit justement en optant pour l’abolition. Par conséquent, vous pouvez en conclure qu’un  phénomène ayant duré longtemps ne signifie pas forcément qu’il est valide. Inutile de vous rappeler qu’avant Nicolas Copernic (Se basant sur les études d’Ibn Al-Shatir),  le monde entier croyait en l’exactitude  de la thèse aristotélicienne selon laquelle la Terre était au centre de l’univers et que tout tourne autour d’elle. Cette thèse a dominé les esprits même les plus critiques des siècles durant. Important est de souligner qu’en termes de durée de vie elle dépasse de loin l’âge de la monarchie Alaouite.

Se basant confortablement sur cette comparaison, on peut affirmer que cet argument est totalement obsolète.

N.B:  Je rappelle que la comparaison étant par symétrie , ce qui veut dire que je n’insinue pas une association de la monarchie à l’esclavagisme.

Argument II : Le contexte des réformes est mal choisi, car il y a risque de création d’un climat d’instabilité.

Mes chers opposants du 20 février, je comprends votre opinion  ainsi que le fait que vous ayez des craintes parfaitement justifiées de risque de dérapage (réticences appuyées par les faits en se réfèrant à ce qui s’est passé entre autres à Marrakech avec les magasins saccagés) … Mais dites-moi, chers Messieurs, Dames, que préconisez-vous à toutes ces personnes pour qui l’avenir est synonyme de mirage ?? Vous souhaitez qu’elles restent les bras croisés en attendant que la situation change sous l’initiative de ceux pour qui la situation a toujours été (et continue d’être) une machine à cash. Cela n’a pas de sens !!

Ce que je n’arrive pas à comprendre (excusez mon degré de brutalité, ou bien ma potentielle ignorance, tout dépends de l’angle de vue sous lequel vous me regardez),  Mais pourquoi vous associez systématiquement les revendications du 20 février (manifestations pacifistes) aux fauteurs de troubles ?!! N’essayez pas de me faire croire que la relation de causalité est intrinsèque !!! Si volonté y est de la part des décideurs politiques, les services d’ordre seront en mesure de bien traiter le problème de manière intelligente. C’est à dire que la police doit agir avec fermeté avec ces fauteurs de troubles…avec une tolérance Zéro. Et parallèlement, elle doit encadrer et assurer la sécurité de ceux qui ont fait le choix de manifester de manière pacifique.
Vous savez, et je ne passerai pas par quatre chemins, ce dont j’ai peur, et j’espére me tromper, c’est que la stratégie occultée soit de laisser faire les fauteurs de trouble agir, les mettre au premier plan, et par conséquent affirmer que les manifestations ne devront être autorisées, car inéluctablement aboutiront à un climat d’instabilité. De cela, bien évidemment, découlera l’aporie (imposée) : Stabilité/Injustice ou Instabilité/Justice.

J’ai l’impression, que pour vous, les gens ne doivent pas manifester leur mécontentement (Pour ne pas dire « Ras le bol ») car cela risque de produire un climat d’instabilité. En apparence, cela parait juste…sauf que vous omettez que la stabilité n’est pas envisageable au détriment de la justice.
Personnellement, tu ne me vendras pas la stabilité et l’injustice dans le même package.

J’aimerai juste souligner que j’ai employé le mot  » Aporie« , car c’est ainsi qu’on veut nous le faire comprendre, et vous savez aussi bien que moi que « Tout bruit écouté longtemps devient une voix ».

Argument III : L’exception marocaine.

On nous répète incessamment que le Maroc n’est pas la Tunisie, qu’il n’est pas l’Egypte non plus et ainsi de suite… Comme si, un jour,  nous avions déclaré croire en le clonage des Pays. Evidemment que chaque pays est différent, maintenant ce qu’on doit savoir c’est par quoi cette distinction devient valorisante. Cependant, au lieu de chercher la différenciation en ayant pour objectif l’amélioration et le développement, on nous fait subir un martèlement  avec les avancées marocaines dans tous les domaines notamment devant le Botswana et le Honduras.

Quand on se compare à pire que soit, on est toujours gagnant: « Au royaume des aveugles, le borgne est roi »

Pour ce qui est de l’exception marocaine je vous invite à lire deux articles écrits par deux marocains aussi patriotes que vous :

1.      L’exception Marocaine : tentative d’apagogie.

2.      Des véritables patriotes et défenseurs de la monarchie marocaine

Argument IV : Ceux qui sont derrière le 20# fév sont des traitres à la solde d’un ennemi de la  nation dont l’objectif est seulement de servir un calendrier étranger.

Cet argument étant tellement absurde  que je laisse le soin aux imbéciles de se réconforter dans leur servitude volontaire en y croyant pleinement.

Chacun a le droit d’exprimer son opinion, l’aberration incluse.

Argument V : Les marocains ne sont pas encore près pour la démocratie.

Je commencerai par citer Kant: « J’avoue ne pas pouvoir me faire très bien à cette expression dont usent aussi des hommes sensés : un certain peuple n’est pas mûr pour la liberté. (…) Dans une hypothèse de ce genre, la liberté ne se produira jamais, car on ne peut mûrir pour la liberté si l’on n’a pas été mis au préalable en liberté »

Affirmer que « Les marocains ne sont pas encore près pour la démocratie » représente pour moi l’argument typique du mépris à  l’égard de tout citoyen se proclamant être marocain. On nous dit qu’on ne doit pas réformer ni les institutions ni la constitution tant qu’on n’a pas d’abord réformé le comportement du peuple marocain. Car autrement, ce dernier  ne sera pas capable de comprendre les nouvelles réformes et encore moins pouvoir y bénéficier. C’est quoi cette logique [Voyez-vous de logique dans cette logique ?] ? C’est de  la pure Hégra (mépris), pourquoi est-il préférable de commencer par changer nos comportements avant de vouloir changer la constitution? Comme s’il est inconcevable de procéder à un changement simultané et de nos comportements et de notre constitution: La démocratie s’acquiert dans la pratique.

A mon sens, Il faudra  procéder aux deux changements non pas par hiérarchisation des priorités  mais plutôt  de manière harmonieuse. Car dans le cas inverse, ceux qui voudront protéger la constitution telle qu’elle est aujourd’hui, bénéficieront du cadre légal leur permettant le maintien du statu quo sans jamais travailler sur un changement de comportement de nos concitoyens. Car, tout simplement, il leur est plus facile de manier un peuple docilement rendu ignorant.

Sauf qu’il est temps qu’on leur rappelle que le fait qu’on nous  ait toujours ignoré, cela ne fait pas de nous systématiquement des ignorants.

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2 commentaires pour Le paradoxe de l’exception marocaine

  1. safi dit :

    bravo,bien dit et bien argumente.

  2. oui touts ce que vous avais dit et vrais mais ils faut prendre une chose en considération.
    la relation entre le peuple marocain et le roi et basé sur la confiance pas sur autre chose et si les marocain tienne pour que leur roi garde des pouvoirs politique c’est qui ils ne voient pas qui pourra le remplacer ni sera digne de gouverner le Maroc, en ce qui me concerne le jours ou je vairé des gents honnête qui veule du bien pour ce pays et qui sont prés pour s’engager a le servir je serais un des premier a réclamer la retraite pour l’institution royale mais pour l’instant il n ya que des profiteur assoiffer de pourvoir et que c’est pas forcement la volonté du peuple qui les intéresse

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