#FEB20 Relecture du « discours d’un Roi »

J’entame cet article en espérant qu’un jour une vraie constitution démocratique et sociale marocaine permettra aux élus de la nation de discuter le discours du chef de l’Etat sans risquer la prison, ce qui signifierai que l’article 28 aura disparu (Le Roi peut adresser des messages à la Nation et au Parlement. Les messages sont lus devant l’une et l’autre Chambre et ne peuvent y faire l’objet d’aucun débat.). Très inspiré par cet article, le législateur marocain a prévu des sanctions à tout citoyen qui critiquerait le discours du Roi. Ceci dit je compte me lancer dans une lecture critique (au sens positif du terme) du discours adressé par le chef de l’Etat à la Nation ce mercredi 09 mars 2011.
Le Roi annonce dans son discours que le Maroc est « apte à entamer la consécration constitutionnelle de la régionalisation avancée » même si la commission chargée de la régionalisation n’a proposé qu’une simple loi. Mohammed VI motive sa décision par les avancées réalisées par le pays en matière de démocratie, or il oublie de signaler, au passage, que les manifestations populaires de ces derniers jours ont accéléré cette prise de position (ce discours aurait pu être mieux accueilli le lendemain du 20 février).
Il faut tout de même concéder que le discours de ce soir comporte plusieurs aspects positifs notamment : l’augmentation des pouvoirs du premier ministre élu démocratiquement ; la consécration de l’identité amazighe ; l’élargissement du champ des libertés individuelles et collectives ; la prise en compte des recommandations de l’Instance Equité et Réconciliation (IER) ; l’indépendance de la justice et la possibilité pour la commission chargée de rédiger la nouvelle constitution de « se concerter avec les partis politiques, les syndicats, les organisations de jeunes et les acteurs associatifs, culturels et scientifiques qualifiés, en vue de recueillir leurs conceptions et points de vue à ce sujet. »
Je vous suggère, tout de même, de relire entre les lignes le discours, disponible en intégralité, sur le site de mamfakinch ou sur celui de la MAP. Il n’est aucunement mentionné que l’Amazighe deviendra une langue officielle au même titre que l’Arabe. Par ailleurs, ie me pose la question quant au choix de ne constitutionnaliser que les recommandations judicieuses de l’IER ? A ma connaissance tous les démocrates marocains considèrent que les propositions de l’instance sont toutes judicieuses. Rappelons, au passage, que l’Association Marocaine des Droits Humains considère ces dernières comme un strict minimum et demande également le jugement des responsables des violations des droits de l’Homme ainsi que les excuses de l’Etat pour la répression des marocains durant les années de plomb.
Plusieurs personnes se félicitent de la possibilité d’avoir un premier ministre provenant directement de la volonté populaire. Mais à y voir de plus près, les termes choisis pour le discours du chef de l’Etat risquent de décevoir plus d’un : « la nomination du premier ministre au sein du parti politique arrivé en tête des élections de la Chambre des représentants et sur la base des résultats du scrutin. » C’est-à-dire que le fameux article 24 où le Roi nomme le premier ministre et les autres membres du gouvernement (sur proposition du PM) risque d’être, uniquement, remanié. Non seulement le parti arrivé en tête des élections ne pourra pas choisir son premier ministre mais le Roi pourrait se préserver le privilège de sélectionner le plus dévoué serviteur du Makhzen au sein d’un parti politique pour faire figure de PM « marionnette » (C’est-à-dire qu’au temps de Abderahmane El Youssfi on aurait pu choisir Radi comme premier ministre même si l’USFP est arrivé en tête des élections ; au temps où Saâd Eddine El Othmani était SG du PJD et si, hypothétiquement, ce parti avait le score le plus élevé du scrutin, on nommerait Benkirane PM. D’ailleurs comme par hasard ces deux personnages, fidèles serviteurs du Makhzen, trônent à la tête de leurs formations politiques respectives. A force, je deviendrai adepte de la théorie de l’exception marocaine).
Il faudrait également signaler que le discours du Roi maintient l’inscription de sacralité dans la constitution. En d’autres termes, le « mal nommé » article 19 que veulent supprimer une grande partie de ceux qui sont sortis le 20 février risque de perdurer des années encore.
En matière de marge de manœuvre, le Roi compte mettre un cadre de travail à la commission qu’il va nommer mais il leur a, tout de même, laissé la possibilité d’aller « très loin dans ses propositions puisque la créativité n’a pas de limite. » J’espère juste qu’il ne bridera pas leurs innovations constitutionnelles à la fin du processus. Parce qu’il ne faut pas oublier que le dernier mot sera celui du monarque. Ainsi, il déclare lui-même que la commission va « soumettre les résultats de ses travaux à Notre Haute appréciationdans le courant du mois de juin prochain. »
L’avènement d’une réelle constitution démocratique ne dépend pas de la créativité d’une énième commission consultative quelque puisse être les talents de ses membres nommés par Dahir. Elle dépend de la détermination du mouvement du 20 février à continuer, de façon unie, la lutte jusqu’au bout pour la satisfaction des revendications démocratiques et de justice sociale. N’oublions pas que ni les tentatives de décrédibilisation et d’intimidation des jeunes qui ont initié le mouvement, ni la répression que celui-ci a subit depuis le 20 février et ni les réformettes en trompe-l’œil n’ont arrêtés le processus de changement enclenché.
Aujourd’hui encore une certaine circulaire du ministère de l’intérieur inciterait ses agents à user de la force partout au Maroc pour disperser tout type de rassemblement même les sit-in. Or cette circulaire non seulement ne respecte pas la jurisprudence du Conseil Supérieur de la Magistrature (qui autorise les sit-in, même non déclaré lorsqu’ils ne perturbent pas l’ordre public) mais elle entre en contradiction avec l’esprit du discours royal qui sacralise le choix démocratique du Maroc et élargit le champ des libertés collectives.
C’est pour toutes ces raisons que le mouvement du 20 février continuera sa lutte pour un Maroc démocratique et de la dignité. D’ailleurs, des manifestations sont prévues partout au Maroc le dimanche 20 mars.
الشعب يريد إسقاط الاستبداد يوم 20 مارس
10.03.2011 |  Auteur anonyme |  mamfakinch.com
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