Le royaume est bien malheureux

Chômage, corruption, tyrannie… Tous les maux qui révoltent les peuples sont bien présents dans le royaume, affirme Royaah, le site des opposants salafistes.

Un automobiliste tend un billet à un mendiant, dans la ville de Dammam.

Il y a une question urgente à se poser : notre situation en Arabie Saoudite est-elle meilleure qu’en Tunisie ou en Egypte ? Qu’est-ce qui a provoqué la colère de ces deux peuples au point qu’ils ont fait chuter le régime ? C’est le chômage, la corruption et la tyrannie qui permettait aux hommes d’influence de commettre en toute impunité leurs forfaits à l’égard du peuple. Tout cela est également présent chez nous. Quant à la liberté d’expression, la situation en Arabie Saoudite est bien pire que dans l’Egypte de Moubarak. Si quelqu’un osait écrire ici au sujet d’un prince ce qu’on pouvait lire là-bas au sujet du président, il disparaîtrait tout simplement dans l’une de ces prisons où des gens croupissent par milliers.

Depuis Adam, que la paix soit sur lui, jamais rien n’a atteint les proportions de la corruption saoudienne. Certains individus détiennent des propriétés privées si vastes qu’il faut un hélicoptère pour se rendre d’un bout à l’autre, alors que les deux tiers de la population ne parviennent pas à obtenir le terrain nécessaire pour y construire de quoi héberger leur famille ou doivent se contenter d’une boîte à sardines où l’on grille l’été et où il gèle l’hiver.

Quant aux milliards des revenus pétroliers, le peuple n’en perçoit qu’un tout petit peu. Une grosse part est engloutie dans des projets d’infrastructures au bénéfice d’entrepreneurs véreux. Mais le summum de l’avidité est atteint par le premier cercle, à savoir la famille régnante et ses proches. Les grands de l’Etat et certains hommes d’affaires comptent parmi les plus grosses fortunes de la planète. D’où vient leur richesse ?

Pour l’Egypte, on parle de soixante-dix milliards de dollars volés par la famille de Hosni Moubarak. Cette somme correspond probablement à ce qu’auraient à verser certains de nos riches en zakat [impôt annuel islamique, correspondant à 2,5 % de la fortune d’une personne physique]. Quelles sommes atteindrait-on si l’on mettait ensemble les richesses de ces voleurs ? En plus, ils ne paient ni électricité, ni eau, ni téléphone, ni leurs billets d’avion, ni leur hôtel, rien du tout.

Le favoritisme règne partout, dans toutes les administrations, où l’on nomme les proches, les amis et les enfants d’Untel. Des journalistes, des poètes, des religieux, des intellectuels : ils sont de toutes sortes ceux qui s’inclinent devant tel prince ou tel ministre. Il suffit que quelqu’un soit investi d’un pouvoir pour qu’ils lui attribuent des qualités qui vont de la pureté de caractère à la grandeur d’âme, en passant par la sagesse et la supériorité intellectuelle. L’hypocrisie est sans limite.

La clientèle du régime se bouscule pour inaugurer des projets au nom d’une poignée de grands du royaume. Les rues telle et telle, les universités unetelle et unetelle, les instituts untels, les chaires unetelles, les hôpitaux untels… Partout, des grandes villes au plus petit bourg, on retrouve les mêmes noms, jusqu’à la nausée.

Ailleurs [en Tunisie], les gens ont réussi à renverser un régime parce que quelqu’un s’est immolé auprès de son chariot à légumes, mais, chez nous, on n’a même pas su pousser le pouvoir à renvoyer un gouverneur de province après que des centaines de personnes se sont noyées, deux années de suite, pour cause d’inondations [à Djeddah, deuxième ville du royaume].

Et que dire de ces Saoudiens détenus depuis des années sans avoir été jugés et sans avoir commis de crime ? Même les bêtes ont leur dignité. Pourquoi les citoyens de ce pays et bons musulmans n’en auraient-ils pas ? Nous devrions craindre Dieu de nous taire face à tant d’injustice. Nous vivons dans la peur permanente. Tout nous donne l’impression d’être des étrangers dans notre propre pays. Nous nous sentons comme des intrus qui encombrent la maison de la famille régnante.

Assez de servilité ! Parier sur la patience des peuples s’est déjà soldé par deux révolutions [Tunisie et Egypte]. Parier sur l’absence d’alternatives, sur la peur des divisions tribales, régionales et confessionnelles a échoué. Ces deux révolutions ont montré que le peuple pouvait à la fois lancer l’étincelle et éteindre l’incendie de la division. Aucun pays n’est à l’abri.

Avec mes meilleures salutations révolutionnaires,

Note :*L’auteur de cet article publié le 21 février sur le webzine Royaah et qui appelle les Saoudiens à réclamer la chute du régime, a été arrêté le 23 février.

10.03.2011 | Khaled Al-Majed* | Royaah

Article publié sur courrierinternational.com

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