Les manifestions prévues le 11 mars en Arabie Saoudite inquiètent les autorités

Les manifestions prévues le 11 mars en Arabie Saoudite inquiètent les autorités. Celles-ci n’excluent pas le recours à la force pour mater les opposants. Mais une réaction trop violente risque d’embarasser au plus haut niveau l’allié américain.

Les forces de sécurité saoudiennes en démonstration avant le pèlerinage à La Mecque, en novembre 2010

 

Le 4 mars, le gouvernement saoudien a envoyé 10 000 membres des forces de sécurité dans les provinces chiites du nord-est, bloquant les accès à Dammam et à d’autres villes avec des bus remplis de soldats en prévision de la mobilisation que l’on appelle maintenant  » la révolution de Hunayn ». Le pire cauchemar de l’Arabie Saoudite – l’arrivée de la nouvelle vague de rébellion et d’insurrection dans le royaume – pèse désormais sur la Maison des Saoud. Selon plusieurs sources, le roi Abdallah, secoué par la révolte de la majorité chiite à Bahreïn – l’île voisine dominée par les sunnites où les manifestants demandent le départ dela famille régnante –aurait dit aux autorités bahreïniennes que si elles ne mataient pas leur révolte chiite, sa propre armée s’en chargerait.

Selon l’opposition, au moins 20 000 Saoudiens devraient se réunir le 11 mars à Riyad et dans les provinces chiites du nord-est pour exiger la fin de la corruption et, si nécessaire, la fin de la Maison des Saoud.[des édits religieux (fatwas) émis par les autorités religieuses affiliées à la monarchie saoudienne ont réclamé l’interdiction des manifestations]. Bien qu’ayant tout fait pour éviter les informations extérieures sur l’étendue de la vague de révolte, les responsables de la sécurité saoudiens savaient depuis plus d’un mois que la révolte chiite dans la petite île de Bahreïn risquait de se propager à l’Arabie saoudite. A l’intérieur du pays, des milliers de messages sur Internet et Facebook ont encouragé les sunnites saoudiens à se joindre aux manifestations organisées dans le royaume « conservateur » et hautement corrompu. Ils proposent – et cette idée a clairement fait l’objet d’une concertation – que les femmes soient placées au premier rang lors des confrontations avec l’armée ou la police saoudiennes pour les dissuader d’ouvrir le feu.

Si la famille royale saoudienne décide d’avoir recours à la violence maximale contre les manifestants, le président des Etats-Unis sera confronté à l’une des décisions concernant le Moyen-Orient les plus délicates de son mandat. En Egypte, Barack Obama a soutenu les manifestants seulement après que la police a fait usage des armes à feu sans restriction. Mais en Arabie saoudite – un pays censé être un « allié clé » des Etats-Unis et l’un des principaux producteurs de pétrole du monde –, il hésitera à protéger les innocents. Jusqu’à présent, les autorités saoudiennes ont tenté de dissuader la population de soutenir les mobilisations du 11 mars en affirmant que beaucoup de manifestants sont « Irakiens et Iraniens ».  C’est le même vieux prétexte qu’ont utilisé Ben Ali en Tunisie, Moubarak en Egypte, Bouteflika en Algérie, Saleh au Yémen et les Al-Khalifa à Bahreïn. Leur argument serait que des « mains étrangères »  sont derrière toutes les insurrections démocratiques au Moyen-Orient.

La secrétaire d’Etat Hillary Clinton et le président Obama vont être sur des charbons ardents le 11 mars et espérer que les manifestants seront peu nombreux ou que les Saoud « retiendront » leurs policiers et leurs agents de sécurité. Mais l’expérience montre que ces scénarios sont peu probables. Par le passé, les intellectuels saoudiens qui demandaient simplement des réformes étaient harcelés ou arrêtés. Bien que très âgé, le roi Abdallah ne tolère pas que des seigneurs rebelles ou des serfs rétifs lui disent de faire des concessions aux jeunes. Son bakchich de 36 milliards de dollars [financement des réformes proposés par le régime pour calmer la grogne populaire] pour améliorer l’éducation et apporter une aide au logement a peu de chances de répondre à leurs demandes. Avec le prix du baril de pétrole atteignant 120 dollars et la débâcle libyenne faisant baisser sa production jusqu’à 75 %, la grande question économique – et morale, au cas où cela intéresserait les puissances occidentales –, est de savoir combien de temps le « monde civilisé » pourra continuer à soutenir le pays dont étaient citoyens presque tous les terroristes kamikazes du 11 septembre.

10.03.2011 | Robert Fisk | The Independent

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Un commentaire pour Les manifestions prévues le 11 mars en Arabie Saoudite inquiètent les autorités

  1. sidi hmed dit :

    Ne t’inquiète pas pour les américains. Ils ne bougent et ne parlent qu’en raison de leurs intérêts géopoliticoéconomiques. Donc, ils soutiendront coûte que coûte ce pouvoir d’un autre temps. Les américains nous ont habitué au double langage! Entre ce qu’ils disent dans les médias et ce qu’ils font en cachette, c’est le jour et la nuit.

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