Les FAR : Armée ou milice ?

28.03.2011 |   Aboubakr Jamaï   |  lakome.com

                               

Lors d’une rencontre organisée à la Brookings Institution à Washington le 23 mars, le ministre marocain des Affaires étrangères a affirmé qu’à l’issue de la réforme constitutionnelle, le roi garderait le contrôle de la diplomatie et de la défense. Il faut ajouter ici qu’il n’a guère édifié son audience sur les prérogatives que le roi abandonnerait. Les Affaires étrangères et la Défense sont donc, AU MINUMUM, deux secteurs de gouvernance auxquels le roi n’est pas prêt de renoncer. Doit-on prendre El Fassi au pied de la lettre ? C’est un ministre dit « de souveraineté », réputé proche du roi et à ce titre, sa parole engage la monarchie. Mais on sait aussi que le processus de prise de décisions au sommet de l’Etat n’est ni clair ni fluide. Les assertions du ministre peuvent donc être mises sur le compte des dysfonctionnements de l’institution monarchique. Il convient tout de même de s’arrêter sur la question de l’Armée et par extension, celle de la police. Elles seront probablement un des points d’achoppements de la réforme constitutionnelle.

Peut-on imaginer une démocratie digne de ce nom où les forces armées, les forces de l’ordre et les services de renseignement ne sont pas sous le contrôle de civils comptables devant le peuple ? La réponse est non. Le sociologue allemand Max Weber avait défini l’Etat comme « le détenteur du monopole de la violence légitime ». Cette violence légitime est précisément celle qu’exercent les forces armées et la police en respect de la règle de droit. Elles doivent donc être sous le contrôle d’instances élues. Quand ce n’est pas le cas, leurs fonctions sont « privatisées ». Elles deviennent des milices au service des élites qui contrôlent l’Etat.

En prétendant que le Maroc se démocratisait alors même que l’Armée resterait sous le contrôle du palais, Taieb Fassi Fihri, maltraite les Sciences politiques et insulte notre intelligence. Mais il n’y a pas que la théorie et les concepts démocratiques qui plaident en faveur d’un contrôle des « détenteurs de la violence légitime » par le peuple. L’évolution de l’armée marocaine et de son environnement laisse entrevoir un nouveau rôle pour cette institution. Un rôle en conformité avec les aspirations de démocratisation qui animent notre pays.

Dans un long câble révélé par Wikileaks, l’ex-ambassadeur US Thomas Riley, trace un tableau globalement négatif de l’état de l’Armée marocaine. Parmi les points saillants de son rapport, l’ambassadeur cite la corruption qui toucherait quelques haut-gradés. Il souligne aussi l’impatience de nouvelles générations d’officiers dont l’horizon est bouché par des caciques hérités des années Hassan II et dont Mohammed VI s’accommode. C’est une armée qui fonctionne mal. Toujours selon Mr. Riley, seulement 40% des équipements des FAR au Sahara sont opérationnels.

L’environnement international a aussi changé. Il existe aujourd’hui une Cour pénale international qui juge entre autres crimes, les crimes contre l’Humanité. Des crimes comme la torture, ou comme ceux que l’on commet lorsque l’on tire sur une foule de manifestants civils désarmés. A cause de l’affaire Benbarka et alors qu’il n’est même pas encore accusé du moindre crime, le militaire marocain le plus gradé, le général Hosni Benslimane, est sous le coup d’un mandat d’amener international. Il ne peut quitter le pays sans être arrêté. On peut imaginer un scénario où la monarchie présente une réforme constitutionnelle cosmétique, refusé par les démocrates avec intensification de la contestation, manifestations géantes, blocage du pays et finalement ordre de réprimer la contestation. On n’est plus en 1981 et les responsables sécuritaires réfléchiront à deux fois avant de s’exécuter.

L’estime de soi de l’armée est aussi ébranlée par la prédation économique autour du roi. Cette situation la réduit au rang de milice protégeant une clique de profiteurs. Jusqu’à quand avant l’émergence des nouveaux Medbouh, Amokrane et autre Kouira?

Et puis, il y a les précédents tunisiens et égyptiens. Quelles pensées ont traversé l’esprit de nos militaires, quelles émotions les ont étreints, lorsqu’ils ont vu les citoyens tunisiens et égyptiens fêter en héros leurs soldats ? Des soldats qui ont choisi l’intérêt général contre celui des élites mafieuses…

 

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6 commentaires pour Les FAR : Armée ou milice ?

  1. marokino dit :

    Mon petit BOBO, vérifie le sens des mots que tu utilises car c’est important : ton obsession anti Mohamed VI te fait dire n’importe quoi! Comparer les FAR à une milice : du n’importe quoi, qui montre ta subjectivité ridicule, malgré tes références fallacieuses !

    Tu ne changeras pas, mon petit Boubker! A moins que que tu sois appelé à un poste auprès de tex ex copains Azoulay ou Himma!

    • eplume dit :

      Je pense que Aboubakr Jamai,par son article, essaie tout simplement de faire une étude de scénarios possibles…ce qui est tout à fait légitime.Et je n’ai pu voir de ridicule en lisant l’article contrairement à votre constat.

  2. cela démontre tout simplement que cet enfoiré ne connaît à l’Armée MAROCAINE
    a-t-il d’ailleurs jamais été dans l’armée et qu’est-ce qu’il y connaît ???
    il aurait dû savoir, que juste le fait d’avoir le régime algérien dans le voisinage, et son appendice le poliso, rendrait de la plus endormie des armées, la plus éveillée, alors que dire de l’Armée Marocaine, qui veille sur nos frontières jour et nuit, et n’a aucunement le temps de lire les khouza3bilate d’un boubakour déphasé,
    il faut aussi remarquer, que ce raté de la politique et du journalisme, fait feu de tout bois, et plagie chaque événement,
    il parle des armées tunisienne et égyptienne qui sont devenues aussi inutiles pour leur pays que « tesbi7 al9awada », mais qui attendent leur heure pour installer leurs sbires, le moment venu avec l’aide de l’occident, qui s’y emploie avec effervescence,
    il parle de « milice », car c’est un terme qu’on emploie actuellement à l’encontre de gaddafi,
    et c’est toujours cela son ignoble tactique qui démontre, si besoin, que n’est qu’une coquille vide,
    ce qui fait que le boubakour rêve de sa sale odyssée,
    tu peux toujours rêver, minus, ce n’est pas demain la veille que des malfrats et des traîtres de ton espèce , qui gouverneront le ROYAUME DU MAROC

    • eplume dit :

      Je pense que Aboubakr Jamai,par son article, essaie tout simplement de faire une étude de scénarios possibles…ce qui est tout à fait légitime.

  3. dima dit :

    Le 13 janvier 2011 Rachid Ammar, Chef d’Etat major de l’armée tunisienne, a refusé de tirer sur les manifestants tunisiens suite à un ordre de Ben Ali. De ce fait, l’armée tunisienne a protégé les citoyens tunisiens.

    Le 21 Juin 1981, l’armée marocaine, commandée par le général Dlimi, a tiré sur les manifestants casablancais sur ordre de Hassan II et a fait beaucoup de morts. Ainsi, elle a suppléé la sureté nationale pour mater la contestation et la révolte du peuple marocain. Les morts seront honteusement baptisés « Chouhada dial koumira » à l’assemblée nationale par le puissant ministre de l’intérieur d’Alors, Driss Basri.

    On ne parlera pas du 23 Mars 1965 où le général d’armée Oufkir, perché en personne à partir d’un hélicoptére, a tiré sur les manifestants et fait aussi des morts sur ordre de Hassan II.

    Tous ces faits font parti de l’Histoire marocaine et on ne peut pas les nier à moins d’etre taxé de révisioniste et de menteur.

    Aboubakr Jamai émet l’hypothése où si les manifestants radicalisent leurs contestations à cause de la non-réponse du discours du 09/03/2011 et que si la sureté nationale se retrouve dépassée et débordée, est-ce que l’armée marocaine répondra favorablement aux ordres du palais de mater la rebellion en tirant sur la foule des manifestants ? Dans le cas positif, elle peut etre considéré comme une milice à la botte d’un chef d’Etat qui fait tirer sur son peuple. Dans le cas négatif, elle restera avec ses honneurs comme une armée dans son role de protection du peuple marocain et de l’intégrité territoriale du Maroc tout en demeurant respectée par le peuple marocain.

    Voilà le sens des interrogations de l’éditorialiste Aboubakr Jamai.

    • eplume dit :

      Je suis assez d’accord avec ton approche.
      Je pense également que Aboubakr Jamai,par son article, essaie tout simplement de faire une étude de scénarios possibles…ce qui est tout à fait légitime.

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