Le terrorisme hindou n’est pas une chimère !

27.01.2011 | Saba Naqvi |  Outlook

La mosquée Mecca Masjid, à Hyderabad, après l’attentat du 18 mai 2007.

© AFP La mosquée Mecca Masjid, à Hyderabad, après l’attentat du 18 mai 2007.

 

Pour nous, un terroriste est toujours forcément musulman. Avec une barbe fournie et des yeux menaçants, comme nos médias aiment nous le représenter. Ou alors il est rasé de près, et c’est pour mieux nous tromper. Les derniers aveux du chef religieux hindou Swami Aseemanand [le 18 décembre 2010 à la police indienne] sont pourtant en train de bouleverser notre discours sur le terrorisme. L’homme, arrêté en novembre 2010, a confirmé son implication dans plusieurs attentats, dont celui de la mosquée Mecca Masjid à Hyderabad et celui du sanctuaire soufi de Khwaja Moinuddin Chishti à Ajmer, tous deux perpétrés en 2007. Il faut donc se poser la question suivante : notre regard sur le terrorisme en Inde n’est-il pas complètement biaisé ?

Nul ne peut nier qu’il y a un problème lié à l’islam radical dans notre région. Mais à examiner de près le rôle des musulmans indiens dans les actes terroristes, on voit bien que celui-ci reste très sporadique et désorganisé. La série d’attentats de 2008 [à Jaipur, à Ahmedabad], imputée au groupe islamiste local des Moudjahidin Indiens s’est finalement avérée être en grande partie le fait d’individus influencés par l’idéologie hindutva [l' »hindouité« , exacerbation du caractère hindou de l’Inde et négation des minorités, notamment les musulmans]. Ce qui conduit l’analyste politique B. Raman à dire : « Aujourd’hui la menace terroriste est aussi forte du côté musulman que du côté hindou. Après la confession de Aseemanand, les groupes terroristes hindous ne doivent plus être pris à la légère. » Mais en tant que nation, nous avons du mal à nous débarrasser de nos anciens préjugés et stéréotypes. Et le contexte historique de la Partition [division de l’Inde en deux Etats en1947, l’un à majorité hindoue – l’Union indienne, l’autre à majorité musulmane – le Pakistan] et les récents événements en Afghanistan et au Pakistan, semble nous donner raison : les musulmans (qu’ils soient pakistanais ou indiens) sont les coupables idéals. Il ne nous viendrait jamais à l’esprit d’accuser les swami [titre honorifique hindou pour un moine ou un instructeur spirituel], les sadhus et les sadhvi [« saint hommes » et « saintes femmes », ascètes hindous].

« N’oublions jamais que le premier acte de terrorisme qu’ait connu l’Inde indépendante fut l’assassinat de Gandhi par un fondamentaliste hindou [en 1948]. Et c’est ce qui avait conduit Sardar Patel, l’homme de fer, [Premier ministre adjoint de 1947 à 1950] a interdire plusieurs organisations hindous. Pour lui, elles encourageaient les croyances fascistes et instillaient le poison du communautarisme dans les cœurs », rappelle l’historien Mahesh Rangarajan. Revenons un peu sur l’histoire du terrorisme et des assassinats en Inde. Gandhi a été tué par un fanatique hindou, Indira Gandhi par ses gardes du corps sikhs [en 1984], Rajiv Gandhi par une kamikaze de l’organisation indépendantiste tamoule des Tigres Tamouls [en1991].

C’est dans ce contexte que nous devons examiner la psychologie de Swami Aseemanand et ses amis. Selon Pratap B Mehta, à la tête d’un think tank de New Delhi, « toute idéologie fondée sur une profonde animosité à l’égard d’un autre groupe s’exprimera à un moment ou un autre par la violence ». Parallèlement, poursuit-il, il faut sortir du piège identitaire et revoir radicalement la question du terrorisme. « Ces terroristes hindous se considèrent comme des victimes, à l’instar de la droite chrétienne aux Etats-Unis ». Certaines spécificités existent. À la différence des maoïstes, des islamistes et des terroristes indépendantistes, les fanatiques hindous ne frappent ni l’Etat, ni les citoyens (qui sont considérés comme des dommages collatéraux). Leurs motivations sont plus complexes : les attentats de Malegaon (2006), Ajmer et Hyderabad (2007) étaient destinés à créer la panique. L’objectif était surtout d’instaurer un climat de peur dans les régions majoritairement musulmanes et d’attiser les tensions communautaires. L’extrémiste hindou ne se positionne pas contre le système ; il en fait souvent partie. L’étalage spectaculaire d’armes à chaque célébration de l’Ayudha Puja [fête religieuse hindoue] par les cadres du RSS [Rashtriya Swayamsevak Sangh, Association des volontaires nationaux, l’organisation mère dont dépendent tous les autres mouvements extrémistes hindous] devrait nous inciter à réfléchir. Pour le politologue français Christophe Jaffrelot [directeur de recherches au CNRS, spécialiste de l’Inde] : « Ces terroristes font partie de l’establishment, anciens officiers de l’armée, médecins à la tête d’hôpitaux réputés, anciens députés ». Mais personne n’a voulu ouvrir les yeux. « Les forces de police ont même attribué des attentats visant des mosquées ou des dargah[sanctuaire soufi] aux groupes islamistes sans que personne – ou presque – ne viennent contredire cette absurdité. Comme si dans l’Etat de droit indien, il était écrit que les musulmans étaient toujours les coupables et les hindous innocents. C’est la parfaite équation pour alimenter les troubles entre les deux communautés », poursuit le politologue français.

Et c’est bien l’objectif du terroriste. Ces prochaines semaines, les tensions communautaires pourraient bien monter d’un cran avec le procès de plusieurs musulmans jugés pour l’attaque du train Sabarmati Express à Godhra, en 2002 [59 pèlerins hindous furent tués]. Ils encourent la peine de mort. Dans ce contexte très tendu entre musulmans et hindous, la publication de la confession de Aseemanand n’est pas un hasard. Elle fait aussi partie d’une stratégie politique de la part du parti au pouvoir à New Delhi, le Congrès, afin de déstabiliser le BJP, parti nationaliste hindou au pouvoir dans l’Etat du Gujarat, où a lieu le procès…

27.01.2011 | Saba Naqvi |  Outlook

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