Bob Woodward, l’un des tombeurs de Nixon, et la manière de travailler de Wikileaks

02.04.2011 | Le Monde Magazine N°81   (Introduction  de Dima)



Lors d’un entretien, accordé dernièrement à Le Monde Magazine numéro 81, Bob Woodward, le célébre journaliste du Washington Post, qui depuis son premier scoop sur le Watergate n’a cessé de traquer la vérité du Pentagone à la Maison Blanche, a émis plus que des réserves sur la manière de travailler du site Wikileaks surtout sur sa manière de publier en vrac les documents dits sensibles et secrets. Il pense aussi que Wikileaks a survendu l’opération.

Question : Que pensez vous de Wikileaks ?
B.W. : Deux choses. D’abord que c’est de la folie de publier des documents bruts sans prendre le soin de vérifier si des gens ne risquent pas d’etre tués. Supposez que la publication du nom d’un chef d’un village, informateur de l’armée, provoque son assassinat. Tout balancer est irresponsable, meme si les journaux associés [dont le Monde] ont, eux, parfaitement fait leur travail d’édition. Ensuite, je pense que l’opération a été survendue. On a annoncé  » les documents secrets les plus exceptionnels jamais publiés ».  Faux ! Il y avait certes de la matière mais contrairement à ce qu’écrivait le New York Times, les documents n’expliquaient pas du tout comment étaient prises les plus importantes décisions du gouvernement. D’ailleurs, les décisions sont prises à la Maison Blanche, et j’explique, dans Les Guerres d’Obama(*), la complexité du processus, les débats, les  renseignements, les positions de chacun, les émotions, etc. Sur le sujet de l’Afghanistan, Wikileaks n’offre qu’un petit résumé de ce que pense notre ambassadeur.

Question : L’ampleur des documents révélés et la diffusion internationale ne constituent-elles pas un moment clé dans l’histoire du journalisme ?
B.W. : Non ! Rien de comparable avec les documents du Pentagone publiés par le New York Times en 1971 sur la guerre du Vietnam. En tout cas, pas pour le moment. Aucune information de nature à intéresser ou inquiéter la Maison Blanche.

Question : Vous-memes, dans votre livre, publiez des noms, codes, mémos, confidences, comptes-rendus de réunions ultrasecrètes.
B.W. : Des éléments autrement sensibles que ceux de Wikileaks ! Certains veulent même me faire arreter !

Question : Personne ne l’a pensé sérieusement, et votre livre a été loué partout. En revanche, Julian Assange risque des poursuites et l’extradition ; des éditorialistes ont appelé à le tuer et à déclencher contre son site des cyberattaques. Quelle différence de traitement !
B.W. : Je ne publie pas, moi, des choses en vrac. Mais je ne peux pas parler d’Assange, je ne connais ni le sujet ni ses motivations. Ce que je sais, c’est que nous ne devrions jamais avoir peur de savoir la vérité. On peut meme dire que le pays se porte mieux si nous la découvrons. Au moment du Watergate, les gens disaient : « Mon Dieu ! Nous ne devrions pas savoir tout ça. cela va ébranler la présidence, saper toute confiance dans le gouvernement. » Nixon a démissioné, et les choses sont allées mieux. Nous devrions etre plus exigeants, plus batailleurs pour en savoir davantage. Avant de publier Les Guerres d’Obama, je suis allé voir les gens du renseignements en pointant les dix points que je jugeais les plus sensibles. « Je vais sortir ces dix trucs, et voilà comment ! » Ils se sont récriés :  « C’est fou ! On ne peut pas divulguer le nom de code pour les attaques de drones ! »  J’ai demandé pourquoi: « Ce sont nos codes secrets ! » Mais ils ne m’ont pas donné de raisons convaincantes et le code -« Sylvan Magnolia »- est dans le livre. Arrivés au point 10, ils ont été fermes : « Vous ne pouvez pas publier cela. » J’ai posé la question: « Où situez-vous cette information sur l’échelle de Richter ? » Ils ont répondu: « 9« , et ont révoqué le risque d’exposer des gens à la mort. Je me suis rendu à leurs arguments et l’information n’est pas dans le livre.

(*) A lire : Les Guerres d’Obama, de Bob Woodward, traduit de l’anglais (Etats Unis), Denoel, 2011, 528p.


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6 commentaires pour Bob Woodward, l’un des tombeurs de Nixon, et la manière de travailler de Wikileaks

  1. med dit :

    Il faudrait oser dire les 10 vérités, même si ça va causer du tort à certains. Sans cette vérité, nous ne vivons que dans le mensonge. Celui-ci s’écroule tôt ou tard; c’est une question de temps et c’est une fatalité.

  2. dima dit :

    « Ce que je sais, c’est que nous ne devrions jamais avoir peur de savoir la vérité. On peut meme dire que le pays se porte mieux si nous la découvrons » dixit Woodward. Assange, qui n’est pas de la corporation journalistique, n’a pas pris les précautions nécessaires pour protéger l’intégrité physique des sources citées dans les documents. Une erreur et un blasphéme pour Woodward. N’en demeure pas moins, qu’on restera redevable à Wikileaks et surtout… à un certain Mannings, officier des renseignements américains, embastillé en attente de jugement aux USA.

    • med dit :

      Certes, il y a un prix à tout, conformément au principe naturel et physique évident, action/réaction. Mais le dilemme c’est jusqu’où l’Homme pourrait-il aller? La recherche de la vérité est l’essence même de la vie, des Hommes et de l’humanité toute entière. En quête de cette vérité, l’Homme voudrait chercher sa destinée, pour évoluer et changer. Car in fine, le changement se confond avec la vie. Nul changement, tu meurs. L’être en ai la preuve indéniable: bébé, enfant, jeune, vieux, puis lorsque l’évolution de l’Homme se tue, la nature le tue. retour à la case de départ pour fertiliser cette terre qui nous a accueillie qui nous a tant donnée…

  3. dima dit :

    « En quête de cette vérité, l’Homme voudrait chercher sa destinée, pour évoluer et changer »

    Toute vérité est-elle bonne à dire ? Qu’est ce que le mensonge blanc ou mentir par omission ? Définitivement, l’Homme finira sa quete de vérité
    dans le doute car il n’arrivera jamais à se départir
    des procédés manipulatoires quand meme son tamis est un de ses meilleurs boucliers face à la propagande. Et comme L’Homme préfére se débarasser de son problème d’Oedipe sans tuer l’enfant en lui : Comme un bébé, on n’arretera jamais son éducation. C’est le principe meme de vie en communauté. Sinon il faut rentrer au couvent dirait l’autre…

  4. med dit :

    Sans foi, tu erras.
    Chercher la vérité, quoiqu’elle soit, vaut mieux que de s’enterrer la tête comme une autruche. Raisonner différentie les Hommes des autres êtres. Le faire, pourquoi? Pour le mensonge? blanc ou noir?. Non, pour chercher la réponse à une question. La réponse la plus proche de la vérité. La vérité tout simplement. Un esprit non éclairé donc, ne voit ou ne reconnait que l’obscurité, Dieu nous en préserve. Sans la recherche de la vérité, nous ne sommes pas dignes d’être des Hommes.
    Mensonge/vérité. tamis/boucliers. manipulations/propagandes. ……

  5. dima dit :

    Les dons destinés à WikiLeaks toujours bloqués

    L’horizon peine à s’éclaircir pour WikiLeaks. Le site spécialisé
    dans la diffusion de documents confidentiels ne peut toujours pas
    recevoir de dons via les principales plates-formes financières que
    sont MasterCard, Visa et PayPal. Plusieurs plaintes vont être
    déposées pour obtenir la levée de cet embargo financier.

    http://www.numerama.com/magazine/19310-les-dons-destines-a-wikileaks-toujours-bloques.html

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