Beat Generation : Lenny Bruce, le père du Stand-up

Dans «Plans rapprochés» (éd. Stock) paru le mois dernier, Guy Bedos   raconte qu’après avoir découvert Lenny Bruce sur les conseils de l’écrivain noir américain James Baldwin, il s’est employé, dans les années 1970, à réveiller l’humour politique laissé en jachère par les chansonniers d’antan. Placé sous l’étroite surveillance du FBI, conspué par les ligues de vertu, poursuivi en justice et arrêté à de multiples reprises, Lenny Bruce continue d’incarner l’esprit contestataire et la contre-culture des années 1950. S’il a impressionné Guy Bedos ainsi que Coluche, Pierre Desproges autant que Thierry Le Luron, Lenny Bruce demeure, depuis sa mort par overdose survenue en 1966, une référence majeure pour les humoristes américains qui le considèrent comme leur maître, en tout cas le pionnier du stand-up. Richard Pryor, Eddy Murphy, Robin Williams, Jerry Seinfeld se sont considérés comme ses héritiers, tandis que la jeune génération continue de visionner ses sketches sur YouTube et d’y apprendre son métier. Aussi donc, avant de répondre à la sempiternelle question «peut-on rire de tout ?», question sans fin et au final, sans pertinence, faut-il se replonger dans l’oeuvre laissée par ce sociologue caustique qui s’appelait Lenny Bruce et dont l’influence fut immense aux Etats-Unis.

Simon et Garfunkel, Nico, Keith Richards, Bob Dylan, tous composèrent une chanson en souvenir de l’humoriste : « Lenny Bruce est parti mais son esprit continue de vivre… Il a combattu sur un champ de bataille où chaque victoire fait mal » fredonnait Bob Dylan. Sur la pochette de l’album Sergent Peppers des Beattles, Lenny Bruce, quatrième en partant de la gauche, figure au premier rang. En 1974, le cinéaste Bob Fosse porta sa vie à l’écran, sous le titre Lenny. Dustin Hoffman a conféré une énergie doublée de désespoir à cet homme lucide, follement drôle et prématurément usé. « Ce fut le premier à parler sur scène de la religion, de la sexualité, du racisme alors qu’à l’époque les humoristes gentillets sévissaient à la radio et la télévision. Le premier aussi à avoir subi les foudres médiatiques, policières et judiciaires », résume Steve Krief, spécialiste de l’humour juif, auteur d’une thèse sur Lenny Bruce dont il a introduit en français l’autobiographie en vue d’une publication.

Pour faire redécouvrir cette figure tout à la fois marginale et centrale, l’universitaire organise jusqu’à vendredi les «Beat generation days», deux jours de projections, de lectures et de discussions au cours desquels il s’agira de débattre de l’héritage vivace de Lenny Bruce, Jack Kerouac et Allen Ginsberg. Qu’ont en commun l’humoriste, l’auteur de Sur la route et le poète de Howl ? Avoir connu, comme soldat, les horreurs de la Seconde Guerre mondiale, et milité chacun à leur façon pour les droits civiques, la libéralisation des moeurs, scandalisant par leur langage cru une Amérique corsetée de pudibonderie et repliée sur ses sectarismes. Assoiffés d’expériences, tous trois se sont attachés à déconstruire les préjugés. Qu’un hommage leur soit rendu !

Macha Séry pour Le Monde ( Via Directmatin 13.04.2011)

13.04.2011 |  Dima |  eplume.wordpress.com

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