Réponse à l’article de Karim Tazi sur « Les victoires historiques du Mouvement du 20 Fevrier »

Avant de répondre à Karim Tazi je voudrais au préalable dire que je ne m’oppose pas au fait qu’il exprime son point de vue. La liberté d’expression devrait devenir un acquis dans notre pays. Cela ne m’empêche pas de vouloir exprimer mes divergences de points de vue avec les positions exprimées dans son article intitulé : « Les victoires historiques du Mouvement du 20 Fevrier » (cet article est disponible sur la page facebook de l’auteur). D’ailleurs, l’unité du mouvement ne peut pas empêcher que chacun exprime ses points de vue et les confronte à ceux des autres. C’est à partir de cette confrontation qu’un mouvement se développe, se construit et évolue. Ceci étant dit, j’interviens à présent sur le fond : de l’article. Karim Tazi déclare :  » Cette libération [de la parole et la chute du mur de la peur] est le meilleur gage de réussite que l’on puisse offrir à une véritable transition démocratique, car il n’y a pas meilleur contre pouvoir que l’opinion publique elle-même surtout quand elle a grâce à Internet les moyens de faire entendre sa voix sans censure et sans pressions. » Je pense personnellement que la parenthèse peut se refermer à n’importe quel moment et tant que l’on n’a pas institutionnalisé cette libération de la parole aucune garantie n’est faite. Je rappelle, à titre d’exemple, la parenthèse qui a été vite refermé après l’alternance. Ceci m’amène au second point présenté par l’auteur lorsqu’il considère que « Du pont de vue institutionnel, le principal acquis est le discours du 9 mars. » Le problème c’est qu’au niveau de la forme et du fond ce discours ne rompt en rien avec le Makhzen et là je renvoie à ce lien : http://24.mamfakinch.com/feb20-relecture-du-discours-dun-roi

Karim Tazi continue son analyse en expliquant que « Quelles que soient ses limitations , le prochain « doustour » constituera une avancée considérable pour notre pays. » j’espère que nous allons enfin tirer les leçons de l’histoire de notre pays parce que si trois rois se sont succédés dans notre pays, il n’en demeure pas moins que le même régime makhzenien, modernisé et revitalisé par le protectorat français, demeure. Il faudrait ainsi rappeler que l’on parlait déjà d’un discours historique de mohamed 5 à la veille de l’indépendance qui évoquait une assemblée constituante, tout en restant évasif sur son mode de désignation, ce qui n’a pas empêché le régime de faire passer un « Doustour » rétrograde. Cet article est très instructif sur l’expérience constitutionnelle marocain :http://www.mamfakinch.com/petit-retour-sur-lexperience-marocaine-de-revision-constitutionnelle/

Là où je diverge complètement avec Karim Tazi c’est lorsqu’il passe du constat qu’il y a des avancées arrachées par la lutte du mouvement du 20 février et des organisations qui le soutiennent vers l’analyse des pas à faire maintenant. Il souligne que : « au fur et à mesure que les matchs les plus faciles ont été gagnés, il faut s’adapter aux matchs les plus difficiles et, d’une façon générale à la suite du championnat. Pour cela, le mouvement doit éviter de s’engager dans des batailles inutiles ou impossibles à gagner, ensuite réussir sa mutation d’une force de protestation vers une force de proposition ce qui ne se fera pas sans un minimum de structuration. Enfin, il doit se préparer à jouer un rôle de premier plan dans la prochaine échéance majeure QUI N’EST PAS le référendum , mais bien les législatives de 2012. »

Il déclare qu’il « faut s’adapter » aux matchs difficiles et explique qu’il faut éviter de s’engager dans « des batailles inutiles ou impossibles à gagner ». Est-ce qu’il faut comprendre par là que la lutte pour une assemblée constituante élue par le peuple est impossible à atteindre et qu’il faut se contenter de la commission nommée en essayant de faire pression pour arracher le mieux que l’on puisse avoir ? Mais ce qui est plus grave c’est la dernière ligne ou, non seulement, l’auteur évite de s’inscrire dans un rapport de force sur la question constitutionnelle (référendum) mais il voudrait déplacer les regards vers les échéances des législatives. Là il retombe dans le schéma classique de daba 2007

15.04.2011  |    Mohamed Oubenal 

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14 commentaires pour Réponse à l’article de Karim Tazi sur « Les victoires historiques du Mouvement du 20 Fevrier »

  1. dima dit :

    Je me permets, et toujours dans le cadre du débat,de décliner mon point de vue à la lecture des deux
    opinions. Je résume ma grille de lecture en deux mots : réaliste et idéaliste, autrement dit, l’avis de K.T. peut paraitre minimaliste mais il reste néanmoins imprégné de réalisme ; comment peut-on encore espérer une nouvelle constituant alors que le rapport des forces, actuellement, est en faveur du pouvoir et que ce qui nous reste à déployer comme moyen de pression, pour contrecarrer les desseins de l’aile faucon conservatrice du pouvoir, est le boycott de la dite commission controversée. Démarche, par ailleurs, déjà exercée par deux partis politiques de gauche et des ONG des droits de l’Homme.

    Sincérement je ne vois pas comment les choses pourront s’inverser tout en restant dans un cadre légal et pacifique. Le mouvement du 20 février étant pacifique, faut-il le rappeler.

    Les partis politiques, issus du mouvement national et qui devraient soutenir et relayer les revendications légitimes du mouvement du 20 Février, ont fait faux bond ou du moins se sont montrés décevants et timides dans leurs mémorandums présentés à la commission. Les différents syndicats des travailleurs ? Y’en
    a t’il qui valent la peine de se pencher sur leurs avis alors qu’on sait qu’ils sont, pour la plupart, domestiqués ou aux partis ou au pouvoir royal. Qu’est ce qui reste ? le référendum.

    K.T. le joue perdant pour le camp du NON. Et ce ne sera pas, à mon avis, à cause de la non-transparence des résultats mais parce que tout simplement rien ne peut prouver que les marocains seront en majorité pour le Non. Les causes de la victoire du OUI peuvent aller du désir de la stabilité, et bien d’autres facteurs qui rendent en ligne de compte comme la conscientisation et le niveau de l’instruction du citoyen (le Maroc ne se résume pas uniquement aux grandes zones urbaines. Les rurales et leurs résidents existent aussi), aux temps de parole au niveau des médias audio-visuels accordé au camp du NON. Clairement, le référendum est un
    combat difficile et peut etre considéré inutile.

    Je trouve l’opinion de M.B. idéaliste/maximaliste et je suis déçu par le manque de propositions concernant une nouvelle constituante. J’aurais bien aimé savoir comment inverser le rapport de forces pour contraindre le pouvoir tout en restant légal et pacifique.

    Par ailleurs S’adapter, devenir une force de proposition et constituer un nouveau parti ou intégrer ceux qui ont osé boycotter la commission sont des démarches plausibles afin de réintégrer le champ politique où chaque citoyen pourra user de ses droits civiques afin de faire gagner son parti. La nouvelle constitution ne sera pas certainement celle d’une monarchie parlementaire mais sera surement meilleure que l’actuelle.

    Mon avis n’engage que ma personne et ce n’est certainement pas de la vérité mais juste une opinion qui peut changer au gré des événements imprévus que le Maroc pourrait vivre.

    • karim tazi dit :

      Dima a parfaitement compris la position qui est la mienne et qui se veut 1)réaliste et farouchement opposée à ce que j’appelle le « romantisme révolutionnaire », 2)orientée vers le long terme. Je suis absolument persuadé que les marocains , pour toutes les raisons politiques et sociologiques si bien décrites par Dima, approuveront le texte qu’on leur proposera d’approuver et que toutes les concessions doivent être obtenues AVANT le référendum, ni pendant, ni après. Je rappelle à titre d’exemple et pour illustrer le conservatisme de la société marocaine que le sondage interdit de Tel Quel sur l’évaluation de l’action du roi avait montré que de toutes les réformes menées par Mohammed VI celle qui était la moins approuvée par les marocains est la réforme de la Moudawana pourtant unanimement saluée par le camp moderniste. Camp moderniste qui par égocentrisme ou manque de réalisme a tendance à oublier qu’il est encore minoritaire et que c’est une donne dont il doit toujours tenir compte chaque fois qu’il s’engage dans un rapport de force. Lorsque je parle de batailles inutiles, je fais référence à celles qui sont impossibles à gagner, comme le NON au référendum et à celles qui sont à la fois impossibles à gagner et qui ne valent même pas la peine d’être livrées comme l’annulation du Festival Mawazine. En effet il ne faut pas demander à un jeune Rbati de condition modeste de se priver de voir Shakira gratuitement au nom d’un principe politique qui lui paraîtra toujours très abstrait. Livrer cette bataille là c’est se condamner à perdre et prendre le risque d’un échec gratuit.
      Là ou je suis particulièrement choqué par l’argumentation de Mr Oubenal, c’est lorsqu’il dit que conseiller au Mouvement du 20 Fevrier de se structurer et de se concentrer sur les legislatives de 2012, c’est adopter une démarche à la Daba 2007! Mr Oubenal ne sait probablement pas que j’étais l’une des rares personnes qui ont décliné l’invitation à rejoindre 2007 Daba au motif que je trouvais très artificiel d’espérer faire adhérer les marocains à un processus électoral ou politique en utilisant des méthodes marketing et que tout le talent du monde ne peut pas prêter des qualités à un produit qui n’en a pas.
      Si je conseille à une partie des jeunes du mouvement d’envisager soit de rejoindre certains vrais partis politiques soit de créer le leur, c’est bien parce que je suis convaincu qu’ils peuvent, de par leur connexion avec la base, représenter une force politique équivalente à ce qu’a été l’USFP dans les années 70 et 80.
      je n’ai jamais fait mystère du fait qu’entre le romantisme révolutionnaire à la française et le réformisme pragmatique à l’anglaise qui consolide ses acquis avant d’aller plus loin, je préfère nettement le second. Mon principal reproche au romantisme révolutionnaire est simple: la confrontation pour lui est une fin en soi car sans elle il n’a plus de raison d’exister. La confrontation n’est pas pour moi une fin en soi et je ne pense pas que ce soit ce que les marocains attendent de leur jeunesse.

      Une fois que toute cette vertueuse et salutaire fièvre se sera calmée, il nous faudra bien revenir à cette simple et brutale réalité: le besoin d’efficacité dans la gestion des affaires du pays et la réalisation des réformes que les marocains attendent. Pour cela nous avons besoin d’un mouvement qui en plus de sa légitimité populaire soit une véritable force de proposition. Le Mouvement du 20 Fevrier regorge de jeunes femmes et de jeunes hommes qui ont non seulement des compétences mais aussi des valeurs. Pour ma part j’aimerai bien les voir mises à contribution tant dans la gestion de la chose locale ou régionale que dans la gestion des affaires à l’échelle nationale.

  2. marokino dit :

    Au risque de me faire censurer, je me permets d’émettre des réserves sur un billet qui commence par cette phrase terrible : « Avant de répondre à Karim Tazi je voudrais au préalable dire que je ne m’oppose pas au fait qu’il exprime son point de vue. »

    Ces mots m’ont dissuadé de continuer la lecture de la suite ..pourtant le titre était attractif!

  3. Mohamed Oubenal dit :

    Un grand merci à « Dima » d’avoir contribué à cette discussion. Concernant mon point de vue que tu vois comme idéaliste et maximaliste. Je trouve que les termes ne sont pas appropriés parce que comme tu dis to-même je n’ai pas encore dressé une liste de mes propositions. Cet article consistait d’abord à répondre à l’article de K.T et n’a pas été rédigé avec comme dessein de préciser mes propositions. Ma principale revendication réside dans une assemblée constituante élue par le peuple qui décidera des modifications à apporter au texte constitutionne qui pourrait lui être proposé. En ce qui concerne le contenu, je pense que la possibilité d’ouvrir le débat sur le fond permettra à chacun d’apporter des idées. Je pense d’ailleurs que ce n’est pas à moi de dire ce que sera le contenu, ça sera au peuple de délibérer et choisir. Plusieurs personnes m’ont déjà dit que les marocains sont, en majorité, analphabètes et qu’ils ne comprennent rien au texte constitutionnel. J’ai toujours répondu qu’il n’y avait aucun lien de causalité entre conscience politique et le passage par l’institution scolaire. L’école de la vie est le meilleur espace de l’enseignement politique. Le processus d’élaboration d’une nouvelle constitution fera rejaillir tellement d’énergie qu’il verra la conscience politique des marocains augmenter de manière exponentielle. Et le mouvement du 20 février y a d’abord bien contribué.
    Par ailleurs, j’ai beaucoup apprécié le fait que tu analyses la situation en terme de rapport de force. Mais je n’irai pas jusqu’à dire que le Makhzen est en train de gagner la bataille. Je pense que le mouvement est en train de s’ancrer partout dans le pays et qu’il est en train de gagner même des franges récalcitrantes au début. A présent l’important c’est que les travailleurs du pubic et du privé se joignent au mouvement et commencent à bousculer les directions sclérosés des syndicats.
    Je te signale également que des militants sincères au sein de syndicats comme l’UMT et la CDT sont en train de mobiliser les travailleurs dont le rôle pourra être décisif pour renforcer le mouvement du changement dans notre pays. D’ailleurs, je suis convaincu que le 1 mai de cette année sera tout à fait différent de ce qu’on a vu ces dernières années et ça ne sera que le début.
    Le deuxième point c’est que le travail que commence à faire le mouvement du 20 février au niveau de casablanca en ciblant les quartiers populaires est également déterminant pour mobiliser les couches populaires à travers des revendications sociales qui doivent être au centre des mobilisations pour le changement et une juste répartition des richesses.
    Walil hadithi bakiya si tu veux.

  4. med dit :

    Que d’idées. Détrompez vous les amis. Vous n’etes pas réalistes. Les changements sont initiés par SM, que vous le veuillez reconnaitre ou non, et cela depuis son intronisation. C’était doucement, à cause de plusieurs parametres endogènes et exogènes. Maintenant, il passe à la vitesse V, conjoncture internationale oblige. C’est cette meme conjoncture qui l’avait obligé d’y aller doucement. Plutot de gesticuler à droite et à gauche, physiquement et politiquement, aidons notre souverain. Med V a posé les jalons, son fils a continué malgré les gauchos qui voulait faire de notre pays une république, son fils continue cette marche de construction, qui ne se fait pas par baguette magique. C’est l’histoire et il faudrait un peu de patience, un tant soit peu de sacrifice. Une constitution ça devrait etre évolutif. Le maroc des années 60 n’est pas celui des années 90, pas celui d’aujourd’hui. Nous évoluons. Le peuple marocain est particulier. Lisez notre histroire et vous vous en rendrez compte. Ceux que vous désignez par analphabétes sans des Marocains et c’est eux qui se sacrifient pour cette grande nation et depuis des siècles. Ne la sous estimez point. Je m’arrete la. Signé un marocain du peuple.

    • Hamsek dit :

      « Med V a posé les jalons, son fils a continué malgré les gauchos qui voulait faire de notre pays une république »?
      Euh, pour le mot république, c’est une blague ou j’ai mal lu?! Expliquer cette phrase ne serait pas vraiment de refus!

  5. Abdullah Abaakil dit :

    Je souhaite avant tout dire que, même si je partage plutôt les opinions exprimées par Dima et Karim Tazi, je comprends la position de Mohammed Oubenal. Il est difficile de renoncer à une revendication aussi centrale qu’historique qu’est la constituante et je partage cette frustration de se voir forcé de négocier une constitution une nouvelle fois octroyée de par le fait du prince.
    Ceci étant précisé, si je me résout à renoncer à cette revendication, ce n’est pas parce que je considère que c’est une bataille perdue d’avance, mais parce que, de par la situation politique actuelle, obtenir l’élection d’une Assemblée constituante chargée de rédiger une nouvelle constitution irait à l’encontre de nos objectifs communs.
    La Constituante est une revendication qui a longtemps et principalement été portée par l’UNFP, puis l’USFP, parti fortement implanté, à l’époque où celui-ci jouait un rôle central dans l’opposition au Makhzen. Ce parti se savait capable de peser fortement sur un Assemblée élue régulièrement, afin de faire prévaloir son point de vue.
    Aujourd’hui, le champ politique partisan est en ruine et vous avez assisté, tout comme moi, au spectacle déplorable des « propositions » des partis pour la réforme de la constitution. Or, ne nous y trompons pas, tous discrédités dans l’opinion que sont ces partis, il reste que, par leur structuration, par leur maillage territorial en sections locales, leur captation des « notables » connus de l’électorat, leurs relais sociaux et syndicaux, ce sont bien eux que nous retrouverions aux commandes d’une Assemblée constituante élue. Est-ce bien ce que nous voulons? Non, et dans cette optique, je prends la commission Mennouni, même si je crois que nous aurions mieux fait d’en négocier une composition, avec, un exemple parmi tant d’autres, un Mohammed Sassi, constitutionnaliste et militant intransigeant sur les principes, qui nous aurait apporté une meilleure assurance quant au résultat plutôt que de nous crisper sur la constituante sinon rien.
    Vous me direz, dans ces conditions, des élections législatives, même dans le cadre de la monarchie parlementaire que nous voulons, produiraient le même résultat en reconduisant les mêmes élus béni-ouiouistes que nous connaissons et nous voilà revenus à la case départ, et vous auriez raison. La constitution n’est qu’un cadre général et la pratique constitutionnelle et politique est tout autre chose. Après tout, la constitution actuelle n’est pas si mal, à l’exception notable d’un certain nombre d’articles à caractère despotique, et à leur tête l’article 19, et l’absence de l’amazigh comme langue officielle. La constitution actuelle ne mentionne pas les ministères de souveraineté, ne dit pas que le programme du gouvernement est le-programme-de-Sa-Majesté-le-Roi, etc. C’est la pratique constitutionnelle et politique de nos partis qui en fait ce que nous rejetons aujourd’hui : les jurisprudences Youssoufi, Jettou et El Fassi, qu’il serait trop long de détailler ici.
    C’est pourquoi il est urgent d’accompagner la réforme ou le changement de la constitution, en fonction de ce que la commission Mennouni nous réserve (à ce propos, j’adhère sans réserves à l’opinion de Karim Tazi pour le résultat attendu du référendum), d’un véritable cahier de revendications pour une profonde réforme politique, incluant les modes de scrutin, les attributions, la loi sur les partis, les syndicats, intégrant des règles de démocratie interne, etc.
    Je rebondis sur le choix qu’expose Karim Tazi pour le Mouvement du 20 février, entre adhérer aux partis politiques ou en créer un, avec visiblement une préférence pour la seconde solution.Je ne cache pas ma préférence pour la première solution, à condition d’en créer les conditions favorables par les réformes politiques précitées.
    Primo, il est urgent que les jeunes du Mouvement du 20 février dégagent les dirigeants actuels des partis politiques afin d’en récupérer la machine électorale, ce qui serait un gain de temps considérable par rapport à la création d’un 35ème parti qui aurait du mal à s’imposer immédiatement (voir l’expérience du PSU).
    Secundo, le véritable tour de force du Mouvement du 20 février, et on ne saurait les en remercier assez, est d’avoir réussi, là où leurs aînés ont échoué, à rassembler une large coalition, d’apparence hétéroclite, d’individus venus d’histoires politiques différentes, voire opposées, autour de revendications nationales communes en faveur de la mise en place d’un cadre démocratique et d’un avenir commun (pas mal pour des fauteurs de fitna). Il serait naturel, une fois arrivé au bout, que chacun rejoigne la famille politique correspondant le plus à ses valeurs et ses orientations politiques, fort d’une expérience de tolérance et de respect de la divergence d’idées dans un cadre pacifié.

    • karim tazi dit :

      Je ne peux rien dire ni ajouter de plus à ca qu’ a dit Mr Abdullah Abaakil. Il a apporté à sa réponse la profondeur historique la profondeur historique qui manquait à la mienne, rédigée sans doute un peu hâtivement. Je vais d’ailleurs de ce pas publier son texte sur ma page FaceBook.

      • Mohamed Oubenal dit :

        Merci pour ce débat riche et passionnant. Je répondrais ici à la position d’Abdullah Abaakil :
        En ce qui concerne le rapport de force entre l’UNFP et le mouvement national (armée de libération nationale et une grande frange du parti de l’istiqlal de l’époque) d’un côté et le Makhzen (Palais et caids qui ont servi la colonisation) de l’autre, il faudrait rappeler qu’il était certes en faveur des premiers au niveau des villes. Mais les erreurs faites par le mouvement national lors des négociations avec le colonisateur et surtout la répression dans le rif en 1958 ont été fatales. Sans parler des options choisies par la suite par le Parti de l’Istiqlal qui a vite rejoint le camp makhzenien. Par rapport à la période 56-65, je trouve que ce que nous vivons aujourd’hui est complètement différents. Le fait que la majorité de la population habite aujourd’hui dans des villes fait que les obédiences tribales et des notables ruraux ne vont pas être déterminantes dans une assemblée constituante et il serait difficile de faire passer un découpage territorial à la « Basri ». Par ailleurs, je trouve que les partis classiques auront du mal à faire voter leurs notables locaux des villes dans un scrutin qui se rapporte à la rédaction de la constituante. Je ne pense pas qu’il y ait lieu de comparer le choix des élus qui vont siéger dans une assemblée constituante et le choix, lors de législatives, de parlementaires qui ne seront pas déterminants dans l’avenir du pays (vu que le Roi, in fine, dirige la politique du pays à travers la désignation du premier ministre et les décisions stratégiques prises par son cabinet). Je me suis toujours battu contre l’idée que le peuple s’en fout de la politique et ne s’intéresse qu’aux miettes qui lui est donné par les notables.
        Pour ce qui est de la situation actuelle des forces et organisations politiques, je rappelle que le fait que plus de 300000 personnes manifestent dans plus de 80 villes le 20 mars ne vient pas du hasard. Il s’agit d’un travail de longue haleine qui a été fait par plusieurs organisations : AMDH, Coordination contre la cherté de la vie, Attac, ANDCM, Annahj, PADS, PSU, Al adl, etc. Le mouvement du 20 février et la conjoncture actuelle a permis de faire travailler toutes ces forces en y intégrant des indépendants, des libéraux, des personnes de tout âge.
        Je rappelle que le point sur lequel je ne suis pas d’accord c’est le fait de se projeter sur un référendum qui conduirait à un vote massif pour le Oui. Je pense qu’il faudrait plutôt concentrer nos efforts sur l’isolement du Makhzen et faire échec à la commission Mennouni. A ce moment là nous pourrions envisager une commission qui représenterait les forces vives de la nation (peut-être Sassi, BenAmer, Amine, Harrif, Benajeh, etc.) ou encore une assemblée constituante. Mais la commission actuelle avec la manière dont elle a été composée et les propos tenus par certains de ces membres ne présage pas d’une rupture avec le Makhzen.

  6. trabelsi dit :

    Il y avait au départ un contexte politique complexe. Le mouvement du 20 février est né aussi de ce contexte en sus d’un contexte international et arabe libérateur. Une jeunesse brimée, sans travail, hétérogène, que l’on croyait sans conscience politique, désabusée. Aujourd’hui, elle est là et bien là, une force, surprenante à bien des égards. Dehors, quand on a été aux manifestations, on l’a constaté, et on a vu cette formidable libéralisation de la parole, la peur évacuée, la volonté de changement, une énergie contagieuse, et l’immense envie de vivre des jours meilleurs, débarrassés de tous les maux qui les rongent, corruption, abus de pouvoir, népotisme, clientélisme et manipulations de tout genre.
    Et puis il y a eu le discours du roi du 9 mars.
    Au-delà de l’euphorie qu’il a commencé par susciter pour la majorité, de vraies questions se sont posées. Faut-il accepter et composer ? Faut-il profiter des opportunités offertes grâce à cette « rébellion » ? parle-t-on de révolution ou d’évolution ? Sommes nous différents des autres pays arabes ? En quoi consiste notre singularité historique, politique et sociale ? Que voulons nous vraiment ? Une assemblée constituante élue par le peuple ? composer et jouer le jeu en participant à l’élaboration d’une réforme constitutionnelle délimitée par le discours du roi ? Ici et là, on a assisté à des nominations, des créations de conseils, économique, droits de l’homme, commissions, libérations de prisonniers politiques. Et on s’est tous demandé si ces actes étaient porteurs d’une véritable volonté de changement ou s’ils sont des réponses conjoncturelles à une situation d’urgence.
    Ce qui est sûr à mon avis aujourd’hui, et que nous avons en commun, c’est cette volonté de changement.
    Un changement qui devrait être perceptible dans notre quotidien, améliorer nos vies, libérer nos paroles et nous donner envie d’exercer notre citoyenneté pleinement. Et notre citoyenneté signifie notre engagement. Avec en épée de Damoclès, l’échéance des élections législatives 2012. Un immense chantier de réflexions d’un côté, et des perspectives de responsabilité citoyenne de l’autre.
    Pour certains, le choix est simple, intégrer des partis existants, eux aussi en pleine transformation, ou créer un nouveau parti politique. Oui, cela pourrait être simple, mais les échéances sont courtes, les partis existants doivent renaître de leurs cendres et dépasser leurs luttes intestines, et créer un nouveau parti exige un travail de longue haleine. Un parti politique, c’est un projet de société, une discipline, des engagements, une voix commune, au-delà des divergences. Et… ce serait le trente cinquième parti marocain. Peut-être que le débat est là : sommes nous prêts les uns et les autres à rejoindre un parti, sommes nous prêts à en créer un nouveau, sommes nous réellement convaincus de l’opportunité de le faire, croyons nous au véritable changement, sommes nous persuadés qu’à travers nos décisions, des uns et des autres, que nos vies, notre quotidien, vont changer, allons nous faire fi des revendications ignorées : le pouvoir économique dans la main d’une poignée d’hommes ?

  7. Abdullah Abaakil dit :

    A Mohammed Oubenal que je remercie pour ce débat passionnant.
    « Par rapport à la période 56-65, je trouve que ce que nous vivons aujourd’hui est complètement différents. Le fait que la majorité de la population habite aujourd’hui dans des villes fait que les obédiences tribales et des notables ruraux ne vont pas être déterminantes dans une assemblée constituante ». Je n’ai pas parlé d’obédiences tribales et de notables ruraux pour décrire la puissance des partis, mais d’appareils structurés et de machines électorales. En fait, si la situation sociologique du Maroc a changé, le champ politique paye le prix de toute une succession d’erreurs et de trahisons (vous en avez évoqué quelques unes des années 50) et, paradoxalement, le mouvement démocratique est plus faible électoralement qu’il ne l’a été à l’époque.
    « Je me suis toujours battu contre l’idée que le peuple s’en fout de la politique et ne s’intéresse qu’aux miettes qui lui est donné par les notables ». Sans aucun doute et je suis certain que tout démocrate sincère sait aussi que l’analphabétisme n’a rien à voir avec l’intelligence politique et la rationalité, la nature étant finalement plus égalitaire dans la distribution des qualités que notre système d’enseignement. J’ai, par contre, souligné que l’audibilité, la visibilité et la notoriété, une enseigne connue et reconnue si vous voulez, sont déterminantes dans les batailles électorales. Or, les partis qui disposent de ces moyens ne sont pas dans le camp démocrate sauf, peut-être, Al 3adl wal Ihssane, mais que je n’ai pas vraiment envie de voir me représenter, et sont « occupés » par des opportunistes.
    Les organisations politiques alternatives que vous citez, et pour lesquelles, je tiens à le préciser avant de les charger, j’ai le plus profond respect pour leur probité et beaucoup d’affinités sur le plan des idées, ne disposent pas de cette visibilité, à l’exception peut-être de l’AMDH et ses tansi9yates mais dont ce n’est pas la vocation, de structures organisationnelles fortes et des outils nécessaires à la bataille électorale. Si elles bénéficient aujourd’hui de l’aura du Mouvement du 20 février, il est nécessaire qu’elles réforment en profondeur leurs pratiques politiques et militantes, leur positionnement maximaliste sans concession, qu’elles renoncent à cette culture de l’échec, le refus d’exercer des responsabilités, une conception figée de l’histoire,etc. Ne nous y trompons pas, quelque soient les choix, du bon camp ou du mauvais camp, le Mouvement du 20 février, par sa créativité et son inventivité, est aussi la gifle salutaire d’une génération à ses aînées en décalage complet avec les attentes d’une société jeune et en phase avec le monde.
    Servir du panarabisme nassérien réchauffé, une analyse du congrès de l’UNEM dont la date a été effacée de ma mémoire sélective, quand un simple clic vous plonge dans le bond en avant qu’a fait faire le gouvernement de gauche de Lula à la société brésilienne, ou à l’expérience municipale de Porto Alegre, relève de l’autisme politique : Einstein définissait la folie par le fait de faire exactement la même chose en pensant que le résultat pourrait être différent. Si les dirigeants et les militants de ces partis ne révisent pas leurs fondamentaux, ils devraient sérieusement songer à prendre leur retraite, certes, plus honorable que leurs collègues corrompus par le Makhzen.
    « A ce moment là nous pourrions envisager une commission qui représenterait les forces vives de la nation (peut-être Sassi, BenAmer, Amine, Harrif, Benajeh, etc.) ». Oui, à la condition qu’ils le veulent bien, qu’ils admettent que le rôle d’un homme politique est aussi d’aller au charbon plutôt que de s’enfermer dans une posture intellectuelle, drapé de sa dignité, que le peuple a besoin d’espoir et du courage de ses représentants les plus sincères et dignes de confiance d’affronter les reproches de leurs amis et les accusations de trahison. Après tout, l’acceptation de la cooptation sans conditions et son refus intransigeant, enrobé de conditions du type « chourout al khouzayrat », ne sont que les deux faces de la même pièce qu’est la capitulation face à ses responsabilités. Ce n’est malheureusement pas ce sens des responsabilités que j’ai reconnu dans les arguments et les conditions appuyant le boycott de la commission Mennouni, à l’exception de l’exigence de la libération de tous les prisonniers politiques comme préalable à la confiance.
    « Je pense qu’il faudrait plutôt concentrer nos efforts sur l’isolement du Makhzen et faire échec à la commission Mennouni ». Vous mettez là le doigt sur le facteur clé du succès du processus en cours, à la condition de veiller à ne pas s’isoler soi-même et c’est sur cet aspect que j’appelle à la vigilance. Afin d’isoler le Makhzen, il faut que le Mouvement du 20 février continue dans cette bonne spirale de victoires tout en agrégeant, dans le soutien à cette démarche, de plus en plus de franges de la société. A ce titre, le travail qui est fait par le Mouvement du 20 février auprès des syndicats et dans les quartiers populaires, est positif. Les revendication d’une monarchie parlementaire, de la liberté, de la dignité et de la justice sociale touche au coeur la majorité de nos compatriotes par leur incontestable légitimité et, vous remarquerez comme moi que les adversaires du Mouvement du 20 février sont plus rares à s’exprimer et souvent réduits à scander « Allah, al watan, al malik » ou leur amour puéril pour Mohammed VI, se ridiculisant ainsi aux yeux de l’opinion au point que même le Makhzen n’en veut pas pour défenseurs. Par contre, se focaliser sur la constituante ou rejeter la commission Mennouni à coups d’arguments peu intelligibles viennent brouiller un message consensuel. Pire, la campagne contre Mawazine risque de nous aliéner une partie de l’opinion en mettant, comme l’écrivait avec humour un internaute, les fêtards contre nous, mais aussi le monde de la culture pourtant prédisposé à soutenir la liberté. Ce sont, à mon avis, autant d’erreurs qu’il nous faut éviter à l’avenir.
    C’est le prix à payer, tout comme ceux qui ont eu la sagesse de mettre leur républicanisme de côté, ou ceux qui ont mis la chari3a entre parenthèses, pour la bonne cause, afin de réaliser le désir de changement. C’est aussi l’apprentissage de la maturité du consensus démocratique à opposer à l’unanimisme makhzénien.

  8. Ping : Maroc: quelle constituante? | eplume

  9. dima750 dit :

    Karim Tazi veut contrôler les slogans du mouvement du 20 février

    « Après s’en être pris à Nahj Dimocrati (La Voie démocratique)
    et à Al Adl Wal Ihsane (Justice et spiritualité), deux des moteurs
    du mouvement du 20 février, l’homme d’affaires Karim Tazi prend ses
    aises et s’attaque maintenant ouvertement aux slogans scandés par des jeunes
    de ce mouvement de contestation.
     »

    http://www.demainonline.com/?p=4266

  10. dima dit :

    Débat autour de la stratégie politique du mouvement
    du 20 février.

    « Un débat sur les stratégies politiques (à l’intérieur ou à l’extérieur
    des institutions, rapport à la monarchie, réformiste Vs radicale) du
    mouvement du 20 février et des organisations qui le soutiennent a
    eu lieu dans plusieurs conférences et sur internet. Nous reprenons
    ici les articles de Youssef Belal, Younes Benmoumen ainsi que
    Abdellatif Zeroual. (…) »

    http://www.mamfakinch.com/debat-autour-de-la-strategie-politique-du-mouvement-du-20-fevrier/

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