Maroc: quelle constituante?

21.04.2011  |  eplume.wordpress.com

Lors du  débat sur les victoires arrachées par le mouvement du 20 février et sur les perspectives à venir de ce mouvement ayant eu lieu sur facebook ainsi que sur ce  blog, un commentaire très intéressant de Richard Greeman m’a interpellé et je vous le fais partager.


Maroc: quelle constituante?

A mon avis le mouvement 20 février est l’incarnation marocaine d’un mouvement international en pleine expansion, et il aura tort de s’auto-limiter d’avance (comme ont fait les révoltes est-européens avec des résultats désastreux). On ne devra pas non plus avoir peur d’un ‘echec’ (la révolution n’est pas après tout un match de foot!). Une fois encaissé, une revendication qui n’a pas abouti pourra servir de repère pour la prochaine vague montante (ainsi « l’échec » de la révolution russe de 1905 a préparé la victoire de 1917).

Ainsi, l’idéé d’une assemblée constituante me semble une revendication fondamentale et même pratique — du moment qu’elle permet de mettre en avant l’ensemble de toutes les autres revendications politiques, sociales, de droits humains qui seront à résoudre, et de projeter l’image de la société future que nous voulons. Evidemment, ‘la Constitution’ pourrait être une revendication stérile si on se borne à demander au pouvoirs existants de l’organiser dans le cadre de partis. En revanche, si la Constituante est imposée par les mouvements populaires et si les délégué/es sortent de ces mouvements, alors cette Constituante deviendra une grande force de transformation sociale.

Comment préparer cette deuxième solution? Une idée possible, inspirée par les ‘Cahiers de doléances’ de la grande révolution française, serait d’organiser dans les quartiers ainsi que dans les village ruraux, des assemblées où les populations seraient invitées à exprimer leurs ‘doléances’ et revendications. Les résultats de toutes ces assemblées (comptes rendus et même des vidéos) pourraient être mis en ligne. Ces assemblées pourraient aussi envoyer des délégué/es pour participer à des assembles régionales, sectoriales et éventuellement nationales afin de réunir l’ensemble des revendications en un programme populaire, autour duquel on pourra organiser des manifs, etc.

L’organisation de telles assemblées en vue d’une Constituante serait en elle-même un grand pas en avant. Je suis entièrement d’accord avec Mr. Oubenal que le gens du peuple ont une grande connaissance des choses, malgré un manque d’instruction scolaire. Il faut que nous, les intellectuels, aillent vers eux pour les écouter et les aider à s’exprimer à se relier par les médias (à commencer par l’écriture) que nous maîtrisons. Ainsi pourra s’installer un dialogue fructueux (comme c’était le cas en Pologne vers 1981 où les intellectuels ont participé à la création du syndical autonome Solidarité qui a ébranlé les bases de l’état totalitaire).

Ce processus de préparation de la Constituante serait en même temps la création des réseaux populaires indépendants des partis et des syndicats liés au pouvoir actuel. Si les assemblées locales deviennent permanentes, elles pourraient prendre la forme de conseils qui pourraient se fédérer en ‘contre-pouvoir’ et appuyer des luttes ponctuelles. On pourra même imaginer d’organiser une ‘constituante populaire’ symbolique nationale en dehors des rouages de l’Etat.

Tout cela devra se faire assez rapidement, car il faudra profiter de cet éclairci — la liberté de la parole et de l’écrit — grande victoire du mouvement du 20 février mais qui pourra, comme le craint Mr. Oubenal, ne pas être durable. Mes instincts d’historien des révolutions me rappelent que dans l’euphorie et l’idéalisme des moments de marée haute, il faut prévoir la marée base. Plutôt que marquer quelques buts temporaires dans le match avec le pouvoir, on ferait mieux d’avancer dans l’esprit des gens l’objectif final de la Constituante et de mettre en place des réseaux populaires revendicateurs qui pourra garder ces contacts jusqu’à la prochaine montée.

Enfin, il ne s’agirait pas de choisir entre “travailleur dans les partis” ou en créer un autre, mais d’inviter les militants des partis à participer à un processus démocratique et populaire pour jeter les bases d’une Constituante véritablement représentative.

Richard Greeman

L’auteur, militant internationaliste né à New York en 1939, est secrétaire de la Fondation Victor Serge et co-fondateur du Centre Praxis (Moscou, RU –http://www.praxiscenter.ru). Il blog sur http://www.zcommunications.org/ et  http://www.stateofnature.org/ ainsi qu’à http://www.invisible-international.net


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3 commentaires pour Maroc: quelle constituante?

  1. Robert G dit :

    C’est une approche lénino-trotskiste complètement dépassée !! On est au 21ème siècle! On veut pas de dictature du prolétariat, encore moins manipulé par de pseudos intellectuels !

    • omar khayam dit :

      « C’est une approche lénino-trotskiste complètement dépassée !! »
      Pas d’accord. La constitution actuelle est totalement octroyée par la monarchie, malgré le simulacre de referendum organisé par Hassan-II. Pour avoir une legitimité reelle, la Constitution doit emaner d’une assemblée souveraine elue democratiquement, et non d’un palais royal. La reforme en cours d’elaboration se situe egalement dans un cadre defini et octroyé par le Roi. Elle ne saura donc repondre aux revendications du mouvement ( 20 Fevrier ) ni meme au « minimum syndical » reclamé par la société civile ( AMDH par exemple… ). Renoncer a la Constituante a mon avis, ne fera que retarder l’echeance qui tot ou tard finira par arriver. Gagner encore du temps sur le temps, mais jusqu’a quand ? Les generations futures le feront a notre place, mais cela ne fera que les retarder dans la marche en avant vers le progrés humain ineluctable.

  2. dima dit :

    La nouvelle constitution octroie de nouveaux pouvoirs au roi

    « Rabat.– Le mardi 7 juin, les responsables des partis politiques conviés
    au cabinet royal pour prendre connaissance des prémices de la nouvelle
    constitution marocaine ont eu cette semaine la mauvaise surprise de se
    faire délester de leurs portables à l’entrée du palais. L’instruction émanait
    du duo formé par le conseiller royal Mohamed Moâtassim et le constitutionnaliste
    Abdellatif Menouni, qui ne voulaient en aucun cas prendre le risque d’une fuite
    des propositions sur la nouvelle charte. »

    http://www.demainonline.com/2011/06/10/la-nouvelle-constitution-octroie-de-nouveaux-pouvoirs-au-roi/

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