Du pain et des jeux de cirque

Les débats comme celui-ci sur Mawazine en disent plus sur la psychologie des gens que sur le Festival lui-même. La seule chose qui justifie la passion avec laquelle les uns et les autres défendent leurs positions est la conviction intime qu’ILS ou ELLES ont raison, comme si il existait quelque part des critères objectifs et universels pour apprécier l’utilité ou la dangerosité d’un tel évènement. Or il n’en existe pas. Personne en la matière n’est détenteur de la vérité ultime, tout le monde a raison et tout le monde a tort et c’est pour ça que pour ma part, je me suis contenté de dire ne livrons pas ce combat, non pas parce c’est un mauvais combat mais juste parce que nous n’avons aucune chance de le gagner. Depuis la Grèce et la Rome antiques, les dirigeants se répètent une même maxime:

« Du pain et des jeux » (Panem et circenses), expression de Juvénal qui résume ce que le peuple de Rome demandait à ses dirigeants. Lesquels assuraient régulièrement des distributions gratuites de pain dans la ville. Le salaire de Gerets relève de la même logique que le cachet de Shakira,  ce sont nos « jeux de cirque » et de la même logique que le doublement du budget de la caisse de compensation, et de la même logique que les promesses de baisse des tarifs de l’electricité, c’est là notre « pain ».

 C’est une logique démagogique, point.  Maintenant, est ce propre ou spécifique au Maroc ? Certainement pas. Fallait-il laisser les prix des denrées de base s’enflammer en même temps que Bouazizi ? Probablement pas . Vue du point de vue des gouvernants la logique du maintien de l’ordre et de la paix sociale à tout prix peut se comprendre et même se défendre.

Le vrai problème, c’est que personne ne nous dit la vérité sur ce que tout ça va coûter au bout du compte. Nous sommes dans la situation de celui qui émet des chèques en préférant ne pas penser à ce qui va arriver lorsqu’ils seront tous présentés à l’encaissement. Toutes ces questions  vont se poser plus tard, lorsqu’il faudra payer l’addition des hausses de salaires, des baisses de prix et de toutes les autres mesures démagogiques ou sages , qu’on a prise dans la panique pour que les masses populaires ne se joignent pas aux jeunes survoltés. Pour ce qui est de Abbas, je le comprend parfaitement, lui au moins il est sûr qu’il ne sera plus là quand tous ses/ces chèques se présenteront à l’encaissement. Les seuls qui sont sûrs d’être là lorsque tous ces chèques se présenteront à l’encaissement, c’est NOUS et M6. Connaissant le courage politique de nos partis , je n’aimerai être ni à notre place , ni à celle de M6. Lequel de ces partis sera capable d’administrer la purge sévère que la très probable déconfiture de nos finances publiques imposera? Faudra-t-il aller à un nouveau Programme d’ajustement structurel et désigner le FMI à la vindicte populaire? Faudra-t-il laisser se déprécier le dirham pour reprendre tout doucement d’une main ce qu’on a accordé de l’autre?

Une chose est sûre nous ne paierons pas la facture avec des slogans. Il faudra du courage, des idées, de l’abnégation et le sens du sacrifice politique car la cure sera dure.

27.04.2011  |    Karim Tazi

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