Maroc : Déconstruction des raisonnements «anti protestataire»

20.05.2011   |     Yassir Kazar     |       eplume.wordpress.com  

Un ami m’a mis un commentaire sur un statut Facebook que j’ai publié. Un commentaire où (au-delà du fait qu’il me signifiait que les différents statuts que je publiais étaient le fruit d’une tentative de l’opportuniste carriériste que je suis et qui désire surfer sur la vague de protestations mondiales) il soulevait un certain nombre d’arguments pour me démontrer que ce qui se passait aujourd’hui au Maroc n’aboutirait pas à grand chose. Je vais essayer de répondre à ces arguments (loin des attaques personnelles et des débats sur ma personne et de mes volontés cachées pour me donner je ne sais quel rôle…)

Je décide d’y répondre sur mon blog pour deux raisons :

  1. Parce que ça nécessite beaucoup de développement
  2. Parce que ce sont des arguments récurrents (j’en rajouterais mêmes quelques uns que j’ai rencontré dans d’autres discussions) et l’idée de tous les compiler et y répondre en un seul article me travaillait de puis un moment.

Argument 1 : Ce qui se passe aujourd’hui au Maroc relève plus d’une campagne de dénigrement de l’Etat qu’autre chose…

J’ai encore le souvenir vif des premiers jours où la première vidéo du 20 Février a été publiée. Les injures, les insultes, les menaces, les stigmatisations et j’en passe et des meilleuresÇa c’est du dénigrement.

Depuis le 20 Février, des manifestations pacifiques ont lieu avec des revendications claires et précises (je parlerais des revendications un peu plus tard). Face à cela le gouvernement a répondu avec la matraque et la désinformation à l’image de ce qu’a subi Farah ou encore Nizar ou encore Oussam ou encore l’athlète Zakaria ou encore l’incarcération de Rachid NINY (bien que je sois contre l’éthique douteuse de ce Monsieur). Ça c’est du dénigrement.

La commission de révision de la constitution est définie par le roi et c’est lui qui validera ses propositions. Comment peut-on être juge et partie ? Ça c’est du dénigrement.

La visite du centre de Temara par le procureur du roi alors qu’il aurait fallu que ça soit entité indépendante qui visite ce lieu. Encore une fois, le même schéma : Juge et partie. Ça c’est du dénigrement.

Les deux télés marocaines ne donnent qu’un espace extrêmement réduit voire inexistant d’expression aux personnes qui soutiennent le mouvement protestataire. Ça c’est du dénigrement.

C’est plutôt le gouvernement qui joue la carte du dénigrement et qui attise la haine afin de scinder l’opinion publique et éviter ainsi qu’un consensus ne se crée, en s’appuyant sur des arguments aussi dangereux les uns que les autres :

  • Ce sont des séparatistes
  • Ce sont des islamistes
  • Soit on est marocain soit on ne l’est pas
D’ailleurs le Maroc suit le même schéma que la grande majorité des gouvernements face aux manifestations.
Non seulement le gouvernement joue le dénigrement mais il hattise la haine entre les citoyens marocains scindant l’opinion public à travers des arguments de propagande classiques :
– Ils sont les méchants, nous sommes les bons
– Celui qui les soutient est contre nous. le fameux soit on est marocain, soit on ne l’est pas.
– Les raccourcis: islamiste – terroriste – séparatiste…
Ceci dit, il y a et il y aura très certainement des gens qui vont essayer de profiter de la situation actuelle pour faire carrière, imposer leur idéologie ou autre… cela est inhérent à toute organisation humaine. Mais je préfère de loin que cela ait lieu dans un pays de droit plutôt que dans un pays de passe-droit.

Argument 2 : Même en Europe les gens se font matraqués alors pourquoi quand ça se passe chez nous on fait un scandale

ça n’est pas parce que notre voisin vole que nous devons voler.

ça n’est pas parce que notre voisin ment que nous devons mentir.

Si nous constatons des dérives dans un pays, nous devons être les premiers à dénoncer cela.

Et puis c’est toujours facile de tenir ce genre d’arguments quand on ne s’est jamais fait matraquer injustement alors qu’on défendait ses droits.

Argument 3 : Si on veut critiquer le Maroc il faut être sur place et non pas critiquer à partir de l’étranger…

Cet argument est décidément un des plus coriaces. L’idée comme quoi, si la personne n’est pas sur place elle ne peut pas servir son pays et ne peut y avoir un véritable rôle…

Cette idée semble viable mais dès qu’on se penche dessus on se rend compte que ce raisonnement n’est pas si pertinent qu’il en a l’air.

Tout d’abord cela constitue une insulte à tous les MRE qui finance 9% du PIB marocain.

Pour caricaturer c’est comme si une association disait à son plus grand donateur, vous nous donnez de l’argent mais vous n’avez pas grand-chose à dire concernant notre fonctionnement parce que vous n’êtes pas avec nous tout le temps et sur terrain vous ne faites rien.

En 2009, c’est grâce aux transferts des MRE que la balance des paiements enregistre un solde net positif de 18,857 milliards de dhs qui se transformerait, sans les transferts des MRE, en un solde négatif de 36,269 milliards.

Les transferts des M.R.E constituent aujourd’hui la première source de devises pour le pays et se placent devant les recettes de voyage.

Au-delà de l’aspect économique, les marocains à l’étranger sont les premiers ambassadeurs du Maroc à l’étranger, ce qui est extrêmement important culturellement, politiquement, socialement…

Sans parler des marocains à l’étranger sans qui des affaires comme celle de Kaddour TERHZAZ n’aurait jamais aboutie.

L’Histoire regorge de personnages qui ont travaillés leurs pays tout en étant à l’étranger à l’heure justement où leurs pays passaient par des moments difficiles, il n’y a qu’à voir la liste des grands exilés : de Victor HUGO à Sigmund Freud en passant par Léon Trotski sans oublier Mahmoud Darwich… Loin de moi l’idée de vouloir me comparer à eux, j’essaie juste de démontrer que cette nécessité d’être sur place n’est qu’un mythe et une méconnaissance des formes d’activisme, les exilés pouvant continuer à peser sur la vie politique interne depuis l’étranger, la notion renvoi également à l’activisme politique délocalisé qui prend des formes très diverses (partis à l’étranger, actions clandestines, polices secrètes…) mais dont la plus spectaculaire et de ce fait la plus connue, est celle du gouvernement en exil : groupe politique qui se proclame gouvernement légitime d’un pays, mais qui, pour diverses raisons, n’est pas en mesure d’y exercer son pouvoir et réside dans un autre en attendant de pouvoir retourner au pays reprendre le pouvoir.

Argument 4 : Le cyber militantisme, je n’y crois pas…

Pour ma part ce n’est pas une « croyance » c’est une conviction, le « cyber militantisme » est une réalité inhérente à la dimension qu’ont pris les nouvelles technologies dans l’organisation de nos sociétés. Alors qu’avant on se regroupait dans les amphis pour discuter et s’organiser, aujourd’hui on passe par les réseaux sociaux.

Les exemples d’actions de cyber militantisme sont légions :

Je citerais le premier exemple qui est un cas d’école et qui représente la première action à grande échelle planétaire organisée à travers le web :

[…] On a eu un exemple spectaculaire en 1998, avec l’Accord multilatéral sur l’investissement. Les multinationales y étaient favorables, les médias y étaient favorables, la Banque mondiale et le FMI y étaient favorables… La plus grande grosse concentration de pouvoir dans l’Histoire soutenait cet accord. Sachant que le public risquait de s’y opposer, les négociations s’étaient déroulées pendant trois ans dans le plus grand secret. Le monde des affaires et les médias étaient au courant, mais ils se gardaient bien d’en parler. Des fuites sont tout de même parvenues jusqu’aux organisations militantes. Celles-ci ont commencé à se mobiliser, en se servant de façon très efficace d’Internet. Finalement, l’OCDE a dû reculer et retirer son projet […][1]

Que dire des câbles de Wikileaks ? Que dire des révolutions Tunisienne et Egyptienne qui se sont organisés à travers Twitter, Facebook et la blogosphère ?

Pourquoi le pentagone aurait créé le « Bureau d’influence stratégique » (OSI : Office of Stategic Influence). En tant que subdivision du « Bureau des opérations d’information » dépendant de l’état-major interarmées dont la mission principale est la conduite de campagnes de désinformation auprès des presses étrangères dans le cadre de la guerre contre le terrorisme international ?

En parallèle au cyber activisme, nous parlons aujourd’hui de cyber-citoyenneté car comme je l’ai dis plus haut nos sociétés s’organisent autour des réseaux sociaux. A ce titre je reprends ici une conclusion d’un article assez intéressante : Pour conclure, il faut comprendre que nous pouvons tous être des cyber-citoyens ou des cyber-activistes à notre manière. La plupart d’entre nous, ont désormais un compte sur Facebook. Nous pouvons l’utiliser autant de manière citoyenne que sociale. Nous avons le pouvoir de faire véhiculer l’information que nous jugeons pertinente. Chacun peut librement exprimer son point de vue et en faire part au monde entier grâce aux blogues et aux médias sociaux. Peu importe le statut de la personne dans la société, elle peut écrire et publier à propos d’une idéologie qu’elle préconise. Le cyberespace est définitivement un outil qui facilite grandement le partage et la sensibilisation pour les organismes activistes. Nous avons tous une liberté d’expression qui est notre pouvoir afin de se mobiliser contre les inégalités que nous n’acceptons pas collectivement dans notre société. La parole est à nous !

Argument 5 : Il ne faut pas tout déballer sur la place publique…

Effectivement je pense qu’une phrase comme «Cher Yassir on ne se crée pas un destin d’opposant en surfant sur l’actualité internationale…» n’a pas grand-chose à faire sur la place publique pour des raisons évidentes.

S’agissant des actions du gouvernement et de ses membres, de la corruption, de l’utilisation de l’argent des contribuables…etc. Tout, absolument tout doit être dit dans la place publique.

Les gouvernements maintiennent cette idée, comme quoi il ne faut pas aborder certains sujets ou certaines idées, poussant ainsi les gens à l’auto censure :

Tout gouvernement a besoin d’effrayer sa population et une façon de le faire est d’envelopper son fonctionnement de mystère, c’est la manière traditionnelle de couvrir et protéger le pouvoir : on le rend mystérieux et secret et au-dessus de la personne ordinaire. Sinon, pourquoi les gens l’accepteraient-ils ? [2]

Argument 6 : Personne n’a le monopole de la Raison…

Nous sommes d’accord mais cela ne doit pas nous ramener à un relativisme absolu. Le fait que personne n’ait le monopole de la raison n’empêche pas non plus que certains aient plus raison que d’autres. Chacun peut avancer des arguments des faits pour soutenir sa position. Cet exercice est inévitable et salutaire. Et cet exercice commence à peine au Maroc avec les voix qui s’élèvent et qui créent à présent un véritable contre pouvoir sans lequel tout jeu démocratique est impossible.

Argument 7 : L’état marocain fait de son mieux, il fait même mieux que ses voisins…

Avec tout ce que j’ai cité plus haut, avec les rapports accablants d’Amnesty International, avec les rapports alarmants de Human Rights Watch, je ne vois pas en quoi l’Etat marocain fait de son mieux et il n’y a ici aucun dénigrement.

En comparant les différents indicateurs sociaux-économiques du Maroc avec les pays voisins on se rend compte que la seule spécificité du Maroc c’est l’attachement du peuple au roi. Pour le reste le Maroc souffre des mêmes problèmes structurels que ses voisins : taux de corruption élevé, taux de chômage similaire, problèmes des libertés, système juridique défaillant…

J’ai rédigé un article détaillé sur la question dont je reprends ici deux passages à titre indicatifs :

L’agriculture, qui contribue à 50% au PIB, ne se relève que difficilement de longues années de sécheresse et entraîne une augmentation de l’exode rural vers d’improbables eldorados urbains alors que le taux de chômage dans les villes dépasse les 20%. Les inégalités ne cessent de s’accroître : près de 50% de la consommation nationale sont le fait de moins de 20% de la population.

Mohamed VI dilapide par exemple 40 millions d’euros par an en frais de voyages, 1 million pour la nourriture des animaux du Palais, 6 millions pour le renouvellement de son parc automobile, près de 2 millions en dépenses vestimentaires chez les grands couturiers comme Gianfranco Ferre ou des stylistes en vogue comme Holland an Sherry, qui a annoncé en 2008 sur le site stv.tv que le roi faisait partie des dix-huit personnalités à lui avoir commandé l’habit le plus cher au monde : un costume en laine de lama des Andes, pour la coquette somme de 35 000 livres sterling. La marque qui habille les grandes stars comme George Clooney et Tom Cruise précisait que le vêtement de Mohammed VI nécessiterait un travail de dix-huit mois pour sa confection.

Il faut aussi comprendre une bonne fois pour toute que le « printemps arabe » est un concept réducteur qui nie l’étendue des soulèvements actuels, je préfère parler de « printemps de la dignité ». L’occident préfère surement la première appellation pour donner l’illusion qu’il n’est pas concerné. Mais je pense qu’aucun pays n’échappera au « printemps de la dignité » ! Nous vivons un véritable changement de paradigme dans la relation des peuples à leurs gouvernements.

La notion par exemple de travail autour de laquelle s’organisent nos sociétés pose de sérieux problèmes :

il ne semble pas y avoir un rapport logique entre la pénibilité du travail que fournit un individu et le revenu qu’il en tire. Certains ne travaillent pas et sont pauvres et d’autres, qui ne travaillent pas plus, sont riches. Il y a des gens qui travaillent dur aussi bien parmi ceux qui gagnent 15000 dollars par an que parmi ceux qui en gagnent 100000. Comment peut-on comparer le travail fourni une femme de ménage et celui du patron dont elle nettoie le bureau ? Dans notre culture quelqu’un qui gagne beaucoup d’argent est par définition quelqu’un travaille dur. Définition étrangement circulaire qui nous épargne la tâche d’analyser ce que font précisément les gens.[3]

Argument 8 : il faut proposer des choses concrètes…

Cet argument s’accompagne souvent de phrases du style : « arrêtez de parler et retroussez vos manches ! ».

Or travailler sans protester a du sens quand les instituions du pays sont en bonne santé et qu’elles garantissent un Etat de droit. Dans le cas où ces institutions souffrent de dysfonctionnements graves, le premier devoir d’un citoyen devient à ce moment là de s’attaquer à ces institutions. Ce qu’il peut faire de plus concrets c’est justement exprimer son mécontentement et de proposer des pistes de réformes. Le mouvement du 20 Février, a par exemple proposé sans jamais imposer des revendications discutables certes mais qui constituent une base de concrète pour un projet de société pour le Maroc :

Les revendications politiques sont comme suit :

  1. Dissolution du Gouvernement actuel.
  2. Dissolution du Parlement.
  3. L’organisation d’élections équitables et transparentes, managés par des instances indépendantes et non gouvernementales.
  4. Amendement de la Constitution visant à réduite les pouvoirs du Roi, et à donner plus de prérogatives au Parlement.
  5. Les Marocains sont égaux devant la Loi. Personne n’est au dessus de la Loi, y compris la personne du Roi et de la famille royale.
  6. Amendement de la Constitution permettant le vote au suffrage universel d’un Premier Ministre ayant toutes les prérogatives pour choisir les membres du Gouvernement. Il est élu pour une durée de 5 ans, renouvelable une seule fois.

Les revendications sociales peuvent être résumées comme suit :

  1. La priorité des priorités est l’organisation d’une journée nationale pour la démolition des bidons villes dans tout le territoire national, et le relogement temporaire des familles dans des pensions et des maisons secondaires non occupées. L’Etat se charge de subventionner les frais de loyer, en attendant la construction de logements économiques, offrant ainsi un habitat digne aux marocains lésés
  2. Garantir le droit du Travail pour tous, et création d’une caisse d’indemnisation des chômeurs.
  3. Réforme profonde de l’éducation et la lutte contre l’abandon scolaire par la création d’un fond exclusif de soutien scolaire, permettant d’aider les familles lésées.
  4. Eradication définitive du fléau de l’analphabétisme dans une durée ne dépassant pas cinq années, avec la participation de tous les acteurs du Gouvernement, des organismes internationaux et de la Société Civile.
  5. Réforme profonde de la Justice, garantir son autonomie vis-à-vis du Gouvernement. Poursuivre tous ceux qui sont impliqués dans le détournement du denier public.
  6. Sont considérés comme une Trahison à la Patrie, passibles de la peine maximale, les crimes suivants : La corruption, l’industrie et le trafic de stupéfiants. Le trafic d’êtres humains, cette section comprend l’immigration clandestine organisée et la prostitution organisée.
  7. La mise en place de ‘comités populaires’ dans le but d’alléger le fardeau de l’Institution judiciaire, en traitant des conflits au niveau des quartiers. Les comités populaires sont composés de Sages de quartiers élus démocratiquement, examinent les plaintes des habitants des quartiers et rédigent des rapports envoyés à l’Institution Judiciaire Indépendante.
  8. Réforme en profondeur du secteur de la Santé, sous le slogan « Santé pour tous ».

Les exigences économiques peuvent être résumées comme suit :

  1. La mise en place d’un impôt sur la fortune, à réinvestir totalement dans la construction de logements économiques, des hôpitaux, des écoles et des universités.
  2. Lutte contre l’évasion fiscale. Punir les fraudeurs fiscaux.
  3. La mise en place de moyens de financement alternatifs, y compris le financement islamique.
  4. Octroi de prêts aux jeunes porteurs de porteurs de projets à des taux de 0%. Les encadrer et les encourager.

Au-delà des éléments ci-dessus, on peut citer comme réalisations concrètes du mouvement du 20 Février et de tout ce qu’il a engendré :

  • Les augmentations dont ont pu bénéficié certaines tranches de la société
  • La révision des prix des aliments de base
  • La révélation d’affaires douteuses où sont impliqués des Responsables et le maintien d’une pression constante pour faire éclater la vérité
  • La création d’espaces de communication et de discussions jusque là impensable au Maroc
  • Libération d’un certains nombres de détenus politiques

Il faut être profondément cynique ou « makhzeniste » pour ne pas voir du concret dans toutes ces réalisations et aussi pour ne pas avouer qu’il aurait fallu des années pour réaliser une bonne partie de ces demandes dans un contexte normal.

Argument 9 : Soyons fiers de ce qu’on a et ne crachons pas dans la soupe…

Je me méfie toujours de ce type de discours qui voudraient que l’on doit se sentir fier du drapeau marocain et d’être marocain…etc. Ce nationalisme exacerbé ne porte en lui que crispation, autocensure et conflits frontaliers. Etre fier d’un pays n’a pas de sens pour moi.

Par contre je suis fier de pas mal personnes de mon pays comme je ne suis pas fier de certaines autres. La « fierté » ne peut être un sentiment absolu que nous ressentons tous le temps…

Argument 10 : Beaucoup de marocains ne méritent pas encore la démocratie

Voilà que la démocratie et tous les droits qu’elle offre deviennent une récompense, un privilège…

Il faut d’abord démontrer que nous méritons potentiellement nos droits avant de pouvoir en jouir. il faut d’abord montrer qu’on est en mesure d’être liber avant d’être effectivement libre. Il faut démontrer qu’on est en mesure de faire un bon usage de la liberté d’expression avant même d’avoir le droit à la liberté d’expression… Une classification pure et simple de l’Homme.

Certains vont beaucoup plus loin et considère que c’est le niveau d’études qui est l’unique critère pour un accès à la démocratie. Comme si seules les personnes qui ont fait des études savent et comprennent ce que le terme « citoyen » veut dire…

Très souvent ceux qui ne vont pas jusqu’au bout de leurs études ne le font pas de gaîté de cœur, très souvent c’est pour subvenir au besoin de la famille qu’il ou qu’elle tournera le dos aux portes de l’éducation.

Etudes ou pas, les exemples d’actions citoyennes menées par des villageois existent et ceci à travers le monde comme celle des habitants de douar Alkalkha ou encore le combat historique des paysans en Bolivie pour l’eau. Pourtant dans ces deux exemples ce sont des Bac+5 qui sont aux commandes des multinationales qui agissent de manière criminelle.

Se pose aussi la question : Qui va décider quand est-ce que les marocains seront enfin prêt pour cette fameuse démocratie ? Pour finir, je ne peux m’empêcher d’imaginer ce que serait la France si les français avaient attendus qu’ils soient tous au même niveau avant de faire la révolution ?

Argument 11 : Vous étiez où quand les gens demandaient ça il y a des années ?

Ce raisonnement sous entend que toute personne qui n’a pas été engagée par le passé est condamnée à ne plus être, ce qui est juste aberrant.

Comme si nous naissions engagés et qu’on nous ne le devenions pas.

Comme ci nous devions tous apprendre des choses au même moment de notre vie.

Comme ci il y avait un âge légitime pour devenir engagé et qu’il y avait un âge légitime à partir duquel on ne peut plus espérer s’engager : Ha vous avez 28 ans et vous commencez à militer pour telle cause ? Trop tard, les gens ont commencé à militer pour cette cause il y a 5 ans, trouvez-vous un autre chose…

Cet argument n’est pas valide ne serait-ce que parce que nous avons le droit à un moment ou un autre de notre vie de ne pas connaître un sujet ou de nous tromper sur un sujet, ou même de changer d’opinion concernant un sujet.

Le plus important étant de chercher continuellement à s’informer.

A la fin de son commentaire, mon ami m’avait incité à méditer sur ce qu’il avait écrit, voilà qui est fait ! Je lui demanderai de faire pareil à présent …

Cet article est également publié sur le blog :  Carnet de Beur

Sources :

[1] : Deux heures de lucidités avec Noam Chomsky
Entretiens avec Dennis Robert et Weronika Zarachowicz
Les arènes

[2] : Comprendre le pouvoir
L’indispensable de Chomsky
Premier mouvement
Edition originale Peter R. Mitchell et John Schoeffel
Traduit de l’américain par Thierry Vanès
Aden

[3] : « Nous, le peuple des Etats-Unis… »
Essai sur la liberté d’expression et l’anticommunisme, le gouvernement
Représentatif et la justice économique, les guerres justes, la violence et la nature humaine.
Howard Zinn
Contre-Feux
Agone
P.234


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7 commentaires pour Maroc : Déconstruction des raisonnements «anti protestataire»

  1. marrokino dit :

    Bravo!

    Excellent texte argumentgé, bien construit, reprenant tous les points que le l’on reprocher aux 20 FEV et les défendant avec intelligence!

    Cela donnerait presque envie de rejoindre ce mouvement dans la minute , sauf que il y a un hic, un gros hic qui permet de douter du sérieux de la démarche :

    a) parmi les revendications politiques, on demande la dissolution du gouvernement et du parlement : excellent!

    b) on demande aussi la réduction des pouvoir du roi et l’élection d’un PM par suffrage universel : excellent!

    c) il faut avoir le courage politique, intellectuel et citoyen de dire que cela représente une REVOLUTION et que ce n’est pas en jouant sur internet que vous y arriverez!

    Alors arrête de tourner autour du pot et fais ta révolution si tu en es capable!

    • Karim Mustapha dit :

      Cher Marrokino,

      En réponse à votre question au sujet de ce que propose M20: Révolution ou Evolution , vous pouvez l’appeler comme vous voulez! L’essentiel c’est d’arracher la Démocratie et redonner la Souveraineté et la Liberté au Peuple Marocain !

      Par contre, je peux vous assurer que nous sommes déjà engagés à faire cette « révolution », comme bon vous est semblé de l’appeler, sur Internet et dans la Rue!

      Et vous dans tout ça Marokino, vous n’êtes pas concerné?? Ou bien vous savez ouvrir votre « bouche » pour critiquer?? Qu’avez vous fait pour ce pays ? Qu’avez vous fait pour le changement ou même une réformette pour ce pauvre pays???

      Marocainement,
      Karim

  2. Abdellah Zaâzaâ dit :

    J’ai beaucoup aimé. Mais l’affirmation suivante: »En comparant les différents indicateurs sociaux-économiques du Maroc avec les pays voisins on se rend compte que la seule spécificité du Maroc c’est l’attachement du peuple au roi »me paraît trés légère.

  3. Karim Mustapha dit :

    Excellente analyse Yassir, surtout pour les amoureux du Makhzen et qui hésitent encore à rejoindre le MOV20FEB !
    Je partage sur Face, si tu me le permets bien sûr !

  4. Ping : Au Maroc, les jeunes du 20 février restent mobilisés - #Printemps arabe - Blog LeMonde.fr

  5. s.taz dit :

    certaines revendications d’ordre sociale notamment sont des plus farfelues : »le relogement temporaire des familles dans des pensions et des maisons secondaires non occupées. L’Etat se charge de subventionner les frais de loyer, en attendant la construction de logements économiques, offrant ainsi un habitat digne aux marocains lésés »
    je crois rêver…….

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