Nous sommes le lundi 23 mai 2011 et j’ai la gueule de bois


23.05.2011 |    F. El Idrissi | 24.mamfakinch.com

Que mes lecteurs éthylo-intolérants de tous bords se rassurent, je ne suis pas une adepte des boissons illicites.

Ma gueule de bois à moi est psychique, intellectuelle, humaine et donc aussi douloureuse qu’une fracture sous la matraque d’un agent de police, aussi durable qu’un cancer du colon,  aussi vive qu’une défaite 13 à 0.

Le dimanche 22 mai a été la plus longue journée de ma courte expérience de militante, et d’autant plus longue que je m’accrochais à l’espoir que le Makhzen avait peut-être changé, qu’il fallait lui laisser du temps, que la “bonne volonté” –quoique lente à la détente– nous gouvernait.

Le réveil est amer : force est de constater que le matraquage en règle auquel a droit la jeunesse démocrate du 20 février n’est ni isolé, ni spontané, ni même dicté par des impératifs de sécurité publique.

Les blessés de la rue d’Agadir en ce prémonitoire jour du 13 mars 2011, les traumatisés du 15 mai à Temara, ainsi que les rescapés des courses-poursuites et passages à tabac du 22 mai sont autant de doigts pointés vers l’ignominie : le Makhzen réprime délibérement sa jeunesse engagée.

Pourquoi donc ce pas-si-soudain revirement ?

Hormis l’hypothétique volonté de faire du « je te matraque, tu cours, je te rattrape, je te casse une cote » un sport national, j’ose avancer l’explication suivante : les feux des projecteurs occidentaux se sont reportés vers d’autres cieux plus sanglants.

Nul besoin de voyager pour faire ce constat. Dix minutes d’Al Jazeera suffiront à vous convaincre. La Syrie, le Yémen et la Libye valent bien plus le détour que les gentils contestataires marocains.

Silence on matraque.

Tel semble donc être le nouveau leitmotiv de nos forces du désordre. L’Etat a parlé, la récréation est finie, chacun doit rentrer chez soi, se taire et incliner la tête –en souriant de préférence- devant l’infinie miséricorde de nos gouvernants, qui ont promis démocratie, libertés individuelles, retraites au soleil et 40 houris par non manifestant.

Le Père-Nöel est mort, vive le Père Fouettard….

Le dilemme, pour les matraquo-resistants, est cruel : rentrer chez soi et assister à l’Etat de travers accouchant d’un sketch constitutionnel, tandis que la dignité collective et individuelle est violée au quotidien, dans l’espoir que l’Etat se réforme par lui-même ? Ou lutter, sourire au nez de la matraque, en se tenant debout, pacifique et enragé ?

Cette question n’appelle peut-être aucune réponse car nous n’avons pas le choix. Nous ne pouvons que continuer le combat et faire de l’indignation le moteur de notre mouvement, pour la mémoire des militants croupissant dans les fosses publiques des années 70, pour l’honneur de cette jeunesse contemporaine qui aspire à la dignité et pour le bien de nos enfants à qui nous ne voulons pas léguer un héritage d’esclave bienheureux.

Pour conclure, je vous laisserais sur ces petites citations, en espérant qu’elles donneront du grain à moudre à votre indignation quant au « retour » des années de plomb :

– 1980, Hassan 2 : « La Prison de Tazmamart n’existe que dans l’esprit des ennemis de la démocratie au Maroc ».

– 2011, M. Sebbar, président du Comité Consultatif des Droits de l’Homme nommé par Mohammed 6 : « Il n’existe aucun centre de détention à Temara ».

FEI, militante démocrate.


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Un commentaire pour Nous sommes le lundi 23 mai 2011 et j’ai la gueule de bois

  1. med dit :

    H2 layrahmo est un grand homme, n’en déplaise à ceux qui le dénigrent.
    Nos forces sont fidèles et téméraires, y a qu’à lire l’histoire. Ils se sacrifient tout le temps, sans compter ni réclamer. Ils doivent subir l’affront de la vie et les insultes des « insurgés ». Entre le marteau et l’enclume, ce sont des hommes d’honneur, qui aspirent eux aussi à un Maroc meilleurs. Ils sont ce qu’ils sont comme tous les Marocains. Avec leurs avantages et leurs inconvénients. Quoi de normal dans un pays, entouré partout d’ennemis. Que les « insurgés » se détrompent, nous sommes jalousés pour notre paix, quoi qu’on dise. Les contestataires y en aura toujours. On leur donne un doigt, il réclame toute la main, comme dirait un Marocain. Un vrai de vrai, celui là….. A+

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