Incroyable obamania européenne

22.05.2011 | Gary Younge  |  The Guardian  via Courrier International 

 

Depuis le début de son mandat, l’engouement des Européens pour le président des Etats-Unis ne se dément pas.


Barack Obama greets a Berlin audience during a visit in 2008, before he was elected US president. Photograph: Rainer Jensen/EPA

 

Une des choses les plus curieuses concernant les partisans d’Obama n’est pas la déception qu’ils éprouvent actuellement, mais le fait qu’ils lui vouent encore une admiration fervente en dépit des désillusions. C’est notamment le cas des électeurs noirs. Ils sont plus optimistes que jamais pour l’Amérique, alors que leur sort ne s’y est guère amélioré. Les taux de chômage, de pauvreté et de saisies immobilières ont beau avoir dépassé, et de loin, les chiffres qui avaient cours du temps de George W. Bush, les Noirs américains restent la base la plus fidèle d’Obama. Victimes d’un taux de chômage de 16 %, ils continuent de l’approuver à 80 % dans les sondages. On retrouve la même contradiction dans l’attitude des Européens vis-à-vis du président des Etats-Unis. Elle n’a pratiquement pas changé depuis sa candidature à la présidentielle.

Trois ans plus tard, la situation n’a pas évolué. Aux Etats-Unis, même après l’assassinat d’Oussama Ben Laden, la cote de popularité d’Obama se situe aux alentours de 50 %, alors qu’en Europe, plus de 70 % des habitants  estiment qu’il fait du bon boulot. Ce qu’il y a d’étrange, c’est que beaucoup de ce que les Européens détestaient du temps de Bush est toujours en place. Le centre de détention de Guantanamo n’a toujours pas fermé ses portes, les transferts clandestins de terroristes présumés se poursuivent, il y a davantage de troupes américaines déployées en Afghanistan et il y en a encore en Irak.

Pourquoi les Européens l’aiment-ils tant alors que son bilan est si maigre ? Pour une bonne part, ils aiment chez lui les qualités qu’ils lui ont toujours prêtées. Il n’est pas George W. Bush, même si l’on peut se demander combien de temps cette définition a contrario tiendra la route. Enfin, il est apparu à un moment où les dirigeants européens faisaient grise mine. Les Européens aiment Obama plus que les Américains. Mais surtout ils l’aiment davantage que leurs propres gouvernants. Moins d’un tiers des Italiens et des Français approuvent respectivement Silvio Berlusconi et Nicolas Sarkozy, seulement un Allemand sur deux trouve Angela Merkel crédible. La cote de David Cameron n’est pas tellement meilleure.

Brillant, charismatique, télégénique, Obama n’a aucun scandale à se reprocher, si bien que, par comparaison, il représente la possibilité d’une démocratie conduite par des citoyens intelligents et soucieux de l’intérêt général, par opposition aux opportunistes, aux égocentriques et aux dépravés.

Tout se passe comme si sa capacité démontrée à poser les vrais problèmes dans toute leur complexité avait permis à certaines personnes de tolérer son incapacité à y apporter des solutions. Mais, à bien des égards, l’obamaphilie européenne a toujours reflété aussi bien les faiblesses que les forces du continent. Tels des royalistes en quête d’un monarque éclairé dans lequel ils pourraient placer de grandes espérances, mais sur lequel ils n’auraient aucun contrôle démocratique, ils ont décidé de ne pas se servir de leur propre pouvoir mais au contraire de compter sur celui d’un autre.

Et ces faiblesses se sont aggravées. Tandis que les effets de la crise financière continuent de se faire sentir, le continent s’efforce de rester uni. La Grèce et l’Irlande sont au bord du défaut de paiement, le Portugal va devoir être renfloué, les Espagnols sont dans la rue. L’avenir de l’euro a été ouvertement

remis en cause. Tandis que bon nombre des problèmes touchant les relations transatlantiques demeurent, presque tout le reste a changé. Le printemps arabe a mis à nu le déclin de l’influence des Etats-Unis et de l’Europe sur le monde, tandis que la volonté des Européens de conserver la présidence du FMI a quelque chose d’anachronique face à la montée en puissance d’économies en développement plus dynamiques. L’attitude des Européens envers Obama en dit plus long sur l’Europe que sur le président des Etats-Unis. Ce qu’elle révèle, que ce soit sur les Européens ou sur Obama, n’est pas vraiment glorieux.

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L’auteur « Gary Younge » : Installé aux Etats-Unis, Gary Younge est l’un des chroniqueurs réguliers du quotidien britannique The Guardian. Il écrit également pour la presse américaine, en particulier pour l’hebdomadaire de gauche The Nation.

Il est notamment l’auteur de Stranger in a Strange Land: Travels in the Disunited States [Etranger dans un pays étrange : voyages aux Etats désunis, inédit en français].

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2 commentaires pour Incroyable obamania européenne

  1. dima dit :

    L’Obamania n’est pas qu’Européenne et le printemps Arabe est content
    de l’avoir comme fervent soutien…

  2. med dit :

    On a même cherché ses origines parentales qu’on a trouvé en Irlande. Obama est un blanc a crié le commentateur. Par ailleurs un chercheur a passé 2 ans en Indonésie où il a déniché les photos du président lorsqu’il était enfant, dans une mederassa coranique entrain de faire la prière.
    De plus Obama a toujours la côte chez les noirs américains quoique que leurs indicateurs sociaux (chômage, habitat…) ont baissé par rapport à ce qu’ils étaient durant le mandat de Buche junior.
    C’est ça le pays des rêves.

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