Et si DSK ne représentait que la personnification du rôle du FMI ?

25.05.2011 | Flavia Dzodan  |  The Guardian  via Courrier International 

La main trop sévère du FMI

L’intervention de l’institution a naguère été perçue par
les Argentins comme un “viol de la nation”. Une formule
qui sonne étrangement aujourd’hui…

Le Fonds monétaire international (FMI) est dans le collimateur des médias, et pas seulement à cause de son ancien directeur. A en croire certains de ses salariés [cités par un article du New York Times], l’institution serait des plus laxistes à l’égard du harcèlement. Mais malgré tout le retentissement de l’affaire DSK, peu d’Occidentaux savent vraiment comment opère le FMI dans les pays sur lesquels il exerce son emprise. En tant qu’Argentine, j’ai l’impression d’avoir toujours été au fait des subtilités du fonctionnement du FMI dans notre région [dans les années 1990, le pays était perçu comme un élève modèle du FMI]. Nous savons tous qu’il impose aux Etats des “ajustements” pour leur consentir un nouveau prêt, accepter des délais de paiement, renégocier leurs taux d’intérêt.

L’histoire de ma vie a été rythmée par ces interventions. Ainsi mon père, sur son lit de mort, s’inquiétait encore des éventuelles fluctuations du dollar consécutives aux exigences du FMI, fluctuations qui auraient rogné un peu plus nos modestes économies. Mon oncle s’est déclaré en faillite et a fermé son entreprise après trente ans d’activité parce qu’il ne pouvait plus faire face à la concurrence des pays industriels à faible coût de main-d’oeuvre, le FMI ayant imposé la parité avec le dollar et une levée des barrières douanières. Ma mère n’a pas pu obtenir de pension de réversion après la mort de mon père, qui avait pourtant cotisé pendant plus de vingt-cinq ans – le FMI avait exigé une réforme des retraites. Tout ayant été privatisé, il n’y avait plus aucune protection sociale.

En 2000, l’hôpital public où j’ai été admise en urgence ne pouvait fournir qu’un morceau de pain rassis pour le petit-déjeuner. Quand mes jours n’ont plus été en danger, on m’a invitée à terminer la nuit sur une chaise pour libérer le lit. Les coupes budgétaires dans la santé publique, exigées là encore afin de maîtriser le déficit, avaient transformé le travail hospitalier en sacerdoce. Aussi loin que remontent mes souvenirs, l’action du FMI est associée à des métaphores d’agression sexuelle. “Le viol de la nation”, telle était la formules employée par les médias sud-américains pour parler de la politique du FMI.

Aujourd’hui, semble-t-il, la boucle est bouclée. Ce ne sont plus nos nations qui sont souillées. Le corps d’une femme, originaire du monde en développement, comme par hasard, est aujourd’hui au coeur d’un scandale international. Une femme qui n’aurait peut-être pas été une immigrée économique sans les mesures que le FMI impose au Sud. Les formules des tabloïds de mon enfance ne désignent plus l’action d’une institution inféodée à des intérêts financiers internationaux, néocolonialistes. Elles ont pris un sens plus grave et plus sordide. A l’heure où j’écris ces lignes, les débats vont bon train quant au successeur de Strauss-Kahn. Sera-ce encore un Européen ? Viendra-t-il d’un pays émergent ? On dit que le candidat devrait être choisi en fonction de sa compétence et de son CV. On dit aussi que le Sud devrait enfin être le chef de file du FMI. Si vous voulez mon avis, ce n’est pas le plus important. Cette institution a besoin d’une bonne dose d’empathie et de compassion. Telles sont les qualités qui devraient être exigées de son prochain directeur

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Un commentaire pour Et si DSK ne représentait que la personnification du rôle du FMI ?

  1. med dit :

    Article qui n’apporte rien de nouveau, car nous savons tous les méfaits du FMI et ses PAS sur les pays du tiers monde. Les crises qui ont secoué bon nombre de pays, à une certaine époque, tels le Mexique ou le Maroc en sont l’exemple. Si les paramètres initiaux étaient à caractère économique exclusivement, le FMI a voulu redorer son blason en introduisant des paramètres nouveaux. Lifting marketing oblige, pour paraître plus humain. A côté du PIB on a adopté l’IDH. Mais la finalité est restée la même. Assujettir les autres pays en les ligotant par de lourds empreints. Les pays ne sont plus souverains des décisions qu’ils prennent. Ceci est un stratagème utilisé et depuis longtemps. S’il a été pratiqué naguère ouvertement par les États, actuellement ces mêmes États le pratiquent mais sous couvert d’organisations supranationales qui portent divers acronyme:FMI, BM, FAO et j’en passe. Car ils se veulent démocratiques et ne veulent donc pas exhiber leur appétit colonisatrice. Dans ce cas, les moyens diffèrent, évoluent, mais la finalité est la même. C’est l’histoire qui se répète mais avec un décor et un scénario différent.
    Le glaive d’hier est devenu une mitrailleuse aujourd’hui, le cheval un tank, l’arc l’artillerie, le catapulte un avion, les bateaux de guerre ont été rénovés…. L’aspect économique de la guerre est resté le même lorsqu’on y pense de près. Il a évolué lui aussi, mais son utilisation comme arme de guerre est restée la même. Comme disait Toffler dans la théorie de trois vagues: »notre manière de faire la guerre est à l’image de notre manière de créer les richesses ».
    A+

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