La dangereuse influence iranienne

Mai 2011 | Hamed Ben Ouqail | Elaph  via Courrier International 

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Contre Point“L’idée d’intégrer la Jordanie et le Maroc au CCG est des plus étonnante”, estime Al-Hayat. Le Conseil de coopération du Golfe ferait mieux alors de s’appeler “club des rois”, ironise-t-il. “Cette stratégie, si elle vise un élargissement du rôle du CCG dans le monde arabe, risque d’empiéter sur celui de la Ligue arabe. S’il s’agit de contrebalancer le poids stratégique de l’Iran dans la région, l’intégration du Maroc, plus proche géographiquement de New York que de Téhéran, paraît sans fondement.”

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Avant les événements de Syrie, il y a eu ceux de Bahreïn [les manifestations ont commencé le 14 février]. Quand des forces saoudiennes y sont intervenues, le 14 mars, sur demande du gouvernement bahreïni, dans le cadre du Bouclier de la péninsule [forces communes du Conseil de coopération du Golfe] et considérant qu’il s’agissait d’une affaire purement régionale, l’Iran a versé dans la provocation, dénonçant une “occupation saoudienne”.

Pourtant, Téhéran n’a pas hésité à réprimer lui-même ses propres manifestations après les élections de 2009 et lors du soulèvement de la région arabophone de l’Ahwaz, au début de l’année 2011. Ce même régime iranien qui dénonce l’intervention saoudienne à Bahreïn apporte par ailleurs un soutien sans faille au régime syrien pour qu’il puisse “reconquérir” les villes, notamment sunnites, telle Deraa, ou des quartiers sunnites comme cela s’est passé à Baniyas.

Des Iraniens à Deraa

Il semble que le soutien iranien au régime syrien ne soit pas seulement politique et médiatique. Le 18 mars, c’est-à-dire trois jours seulement après le début des protestations, 3 000 éléments du Hezbollah libanais, allié fidèle de l’Iran, seraient en effet arrivés en Syrie afin d’y soutenir les forces de l’ordre. Le 26 mars, un témoin a affirmé à la BBC avoir vu des Iraniens dans la ville de Deraa. Ensuite, on a parlé de deux brigades du Hezbollah à Homs. Face à cette situation, la Ligue arabe est restée silencieuse. Quant au Conseil de coopération du Golfe (CCG), il a seulement expliqué qu’il ne prendrait pas d’initiative concernant la Syrie comme il en a pris pour le Yémen. Si, dans ce pays, il semble possible de trouver une alternative au régime, compte tenu du caractère pacifique des protestations et de la présence d’une opposition politique opérationnelle, en Syrie, il est difficile d’imaginer une solution de remplacement en cas de chute de Bachar El-Assad. Les pays du Golfe savent bien que la situation est terriblement compliquée puisque, depuis quarante ans, c’est une famille alaouite qui accapare le pouvoir dans ce pays peuplé à plus de 80 % de sunnites. A cela s’ajoute l’influence considérable que l’Iran exerce sur ce pays. La Syrie est bordée à l’est par le gouvernement proiranien de l’Irak et à l’ouest par le cancer iranien qu’est le Hezbollah libanais, auquel personne, pas même l’armée libanaise, n’ose contester les armes. En effet, le silence du CCG face aux événements syriens s’explique par les risques d’un scénario catastrophe où la révolution tournerait à la guerre civile confessionnelle et où l’armée syrienne massacrerait le peuple, et en premier lieu les sunnites, avec l’aide de Téhéran et de ses alliés.

Désormais, le CCG essaie d’intégrer la Jordanie, pays voisin de la Syrie, ainsi que le Maroc, pays important et dont le développement économique est à même de consolider le poids stratégique du CCG en vue d’un éventuel affrontement avec l’Iran dans la région. Une telle confrontation, qui représente un scénario des plus catastrophique, n’est nullement à exclure compte tenu de l’obstination du régime syrien à tuer son peuple et à permettre à l’Iran de fortifier l’axe Téhéran-Damas mis en place depuis la chute du régime de l’ancien président irakien Saddam Hussein et qui se prolonge jusqu’à la Méditerranée grâce aux appuis dont bénéficie l’Iran à Gaza, ainsi qu’au Liban. Dans ce pays, plus d’une guerre a été provoquée afin d’y justifier la présence des armes du Hezbollah et de pouvoir soumettre le pays aux intérêts iraniens.

Mater la révolution pacifique

Récemment, l’Iran a dû enregistrer un recul de son influence dans la bande de Gaza, le Hamas ayant fait le choix de la réconciliation avec le Fatah [en signant un accord de réconciliation le 4 mai au Caire sous l’égide du nouveau gouvernement égyptien]. L’Iran n’acceptera pas de céder du terrain une seconde fois et il mettra tout son poids dans la balance pour protéger le régime des El-Assad, au besoin par une intervention directe pour mater la révolution pacifique du peuple. Les pays du Golfe le savent. C’est pour cela qu’ils cherchent à parer à toute éventualité, et notamment la possibilité d’une guerre avec l’Iran, en élargissant le Conseil de coopération du Golfe à de nouveaux membres.

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