Constitution marocaine : les partisans du non se mobilisent (I)

20.06.2011 |    Hélène Sallon    |  eplume.wordpress.com 

Azzouz Boukallouch / AFP

Dans son second discours sur la réforme constitutionnelle, vendredi 17 juin, le roi Mohammed VI a présenté le projet de nouvelle constitutionqui sera soumis à référendum le 1er juillet. L’auteur du blog The Moorish Wanderer, qui se présente comme un radical d’extrême-gauche et appelle à voter ‘non’, ne doute pas que cette constitution « est plus qu’assurée d’être approuvée avec une confortable majorité ».

Toutefois, au sein du mouvement du 20 février, ainsi que sur la Toile, les critiques se font entendre et les appels au non, voire au boycott, se multiplient. Une première série de critiques vise le processus de réforme lui-même. (Les critiques sur le fond feront l’objet d’une autre note).

Discours du roi Mohammed VI, premiere partie (arabe). La retranscription en français du discours sur le blog Moroccans for Change et en anglais.

Discours du roi Mohammed VI, deuxieme partie (arabe)

« UN PROCESSUS NON DÉMOCRATIQUE »

« Le début et la fin du processus sont loin de l’esprit démocratique qui devait prévaloir : on est bel et bien devant le projet de réforme de la monarchie, et non devant un texte collaboratif », observe l’auteur du blog le Politiquonaute marocain.

Larbi, qui tient le blog Comme une bouteille jetée a la mer, estime que « cette réforme était condamnée à l’impasse dès sa genèse. ‘Octroyée’ par le roi Mohammed VI, et délimitée dans ses contours par son discours du 9 mars, la réforme de la constitution a été conduite selon une méthode anti-démocratique ». Réda Chraïbi renchérit sur son blog : « Une constitution ne peut se prétendre démocratique si même son mode d’élaboration ne l’est pas ».

Tous deux pointent du doigt la commission ad hoc, chargée par le roi de préparer le texte constitutionnel sous la présidence de Abdelattif Mennouni. Celle-ci, estime Larbi, a été « concoctée » par le roi avec des personnes loyales au Makhzen. Cette« réforme [a été] élaborée en catimini sans réelles concertations et sous le cadrage strict du conseiller politique du roi », ajoute-t-il.

Bien que ce groupe de constitutionnalistes ait tenu à recevoir une variété d’acteurs politiques et de la société civile, renchérit Réda Chraïbi, « il demeure illégitime car il ne représente que lui-même ». Le blogueur estime que le texte aurait du être élaboré par des personnes élues, surveillées par un autre groupe d’élus, puis leur travail discuté par des élus devant le peuple.

LES JEUNES DU 20 FÉVRIER ÉCARTÉS

Le palais a ainsi « choisi d’ignorer royalement la contestation de ceux qui l’ont poussé à réformer et d’appuyer sa démarche sur une classe politique vieillissante et inféodée qui de toute façon n’en était pas demandeuse », juge Larbi. Le régime a, selon lui, fait fi « avec un cynisme incroyable » de la contestation du mouvement du 20 février qui n’a eu de cesse de dénoncer un processus de réforme qu’elle juge non démocratique.

Pour l’auteur du blog Eatbees, le fait d’avoir ignoré les demandes du mouvement du 20 février « pourrait mener à une impasse, entre une classe gouvernante qui souhaite seulement des réformes tièdes et un mouvement de jeunes qui réclame des changements fondamentaux », refermant ainsi la fenêtre d’opportunités pour des réformes consensuelles, ouverte avec le printemps arabe. Pour lui, « la faute revient en partie sur les partis politiques, qui ont participé aux récentes consultations avec un manque remarquable de courage et d’imagination« .

UN PLÉBISCITE ?

« Au final tout le monde a été mis devant le fait accompli, d’autant plus que le projet de constitution sera soumis au vote dans son ensemble et non article par article », conclut le blogueur Larbi. Par ailleurs, la date fixée pour le référendum -le 1er juillet- ne réserve qu’un « temps extraordinairement court pour le débat politique et la campagne, dont les règles du jeu sont déjà biaisées », estime le blogueur The Moorish Wanderer.

En 13 jours, difficile, estime Réda Chraïbi, de comprendre le texte, même pour les plus instruits, d’avoir un réel débat et de faire campagne pour ou contre. « Cette hâte à organiser le référendum pourrait s’expliquer par le fait que le régime marocain veut évacuer la question de vraies réformes à ce stage et trouver une nouvelle légitimité par les urnes sans avoir à exaucer les demandes urgentes qui ont été formulées par le mouvement pro-démocratique du 20 février », estime Hicham, auteur du blog Al-Miraat.

Campagne Noss-Noss dans les débats publics, entre le oui et le non. Référendum démocratique.

La campagne « Noss-Noss » (moitié-moitié) a ainsi été lancée par Mamfakinch, un site d’information en ligne proche du mouvement pro-démocratique. Ses initiateurs appellent à une répartition équitable du temps de parole lors de la campagne référendaire et notamment, à une représentation équitable des partisans du non et d’un référendum democratique.

Car, la campagne pour le ‘oui’ a été lancée dès le 17 juin, par un soutien de premier plan, dénonçent les blogueurs. Sur son blog Ibn Kafka Obiter Dicta, un avocat marocain commente : « Le roi Mohammed VI a fermement appelé à voter ‘oui’ , dans la lignée de son père qui lui non plus ne s’embarrassait guère de prétentions à la neutralité ou à un rôle de simple arbitre ». Or, note Réda Chraïbi, « si l’article 42 (2e moitié de l’article 19) fait du roi ‘l’arbitre suprême entre ses institutions’, les règles d’un jeu impartial auraient voulu qu’aucune consigne de vote ne soit indiquée par l’arbitre ».

Or, le monarque chérifien a exhorté la société civile à faire une campagne favorable au ‘oui’. Sans parler de son « invocation coranique de la fin de l’allocution, qu’une interprétation – peut-être excessive – pourrait faire passer pour une excommunication des partisans du ‘non' », commente Ibn Kafka.

Le site d’information en ligne Lakome, proche du mouvement pro-démocratique, reproche déjà au régime d’avoir mis en branle sa « machine pour le ‘oui' » et d’avoir rappelé les termes de l’article 90 du code électoral. Un article, qui comme l’analyse le blogueur Ibn Kafka Obiter Dicta), interdit tout appel au boycott des élections. L’appel au boycott, qui fait encore l’objet de discussions au sein du mouvement du 20 février, pourrait ainsi ne pas être relayé publiquement.

Boycott = abstention = inutile

Cet article est également publié sur:  Printemps Arabe Blog

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Un commentaire pour Constitution marocaine : les partisans du non se mobilisent (I)

  1. med dit :

    Le OUI l’emportera certainement, j’en suis plus que convaincu. Maintenant à vos trousses pour travailler sur le terrain pour appliquer ce qui a écrit dans la constitution. Cessons de pleurnicher. Il n’y a pas de constitution idéale faites par nous autres humains. Alors essayons au moins de mettre ce qu’y il y a de positifs comme plusieurs détracteurs disent. Avec les non ou pas nous continuerons notre chemin. Qu’ils continuent à camper ça et la……
    Notre modèle à nous mgharbas est ce que vous avez entendu, ce qui vous a été présenté. Une constitution faite par les marocains pour les Marocains. Ceux qui veulent autres choses qu’ils aillent ailleurs en attendant un autre printemps ou automne ou je ne sait quoi.
    Cessez de pleurnicher, de se plaindre, il y a du travail qui vous attend, si vous voulez servir votre pays.

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