Au Maroc, la vie est un long fleuve tranquille

28.06.2011 |  Moaad Boussekri  |  eplume.wordpress.com

Ils l’ont fait.  Cet article n’a pas  prétention à  livrer une affirmation dogmatique, et accessoirement fausse, puisqu’il ne peut y avoir de réponses exactes au sujet de la légalité/légitimité de cette constitution, mais il tentera, au mieux, d’oser certaines propositions, aussi hasardeuses peuvent-elles être. Il convient d’abord de préciser que cette analyse se fera sous le prisme d’un citoyen marocain lambda. Seule sa nationalité sera l’objet de notre intérêt, fut-il islamiste ou athée, académicien chercheur ou chauffeur de taxi. Un Marocain inscrit, possédant sa carte d’électeur, et appeler à voter le Vendredi 1 juillet. Si vous n’acceptez pas ce point de départ, ce qui suit ne vous concerne pas. Si vous l’acceptez, bien d’autres questions surgissent.

Commençons d’abord par l’éveil politique des Marocains. Il serait certes incorrect de condamner toute la population à l’éloignement de la sphère politique, à la vie sous tutelle, et à l’absence de culture démocratique. Considérons alors cette démocratie sous ses seules structures techniques, et faisons abstraction sur tout ce qu’elle décèle comme débats, tant éthiques que politiques. Il apparaît alors surprenant de constater que même les classes les plus apolitiques se mettent à débattre (ou à se battre, au choix) avec leurs voisins au sujet de réformes politiques annoncées par sa Majesté. Attention, il convient également de préciser que l’idée ici n’est pas de soumettre le débat politique à la classe instruite. Seulement, lorsque ce débat se retrouve prisonnier d’une société qui réduit à silence l’avis de l’autre,  jusqu’à le plonger dans un pessimisme qui le pousse à remettre en question l’utilité de son vote, les stratégies se doivent alors d’être modifiées. Lorsque, par une logique presque religieuse, le résultat du référendum est connu par tous, sans même l’once d’un doute ou d’un faux espoir, il s’agit alors de  s’arrêter. Et se demander s’il l’on a vraiment avancé pour pouvoir continuer.

Si l’on veut expliquer maintenant le réservoir de sympathie dont disposent les politiques marocaines, y compris au sein des couches les plus politisées, il faut partir de l’acharnement du Makhzen à vouloir faire du Maroc un pays où les réformes sont unanimement acceptées, où l’Etat-Gendarme-Providence-Démocratique-Constitutionnel-Social-Parlementaire ne laisse que très peu de citoyens insatisfaits. Pour cela, l’affaire est simple. Il suffit pour l’Etat de monopoliser les espaces publicitaires, de couvrir les transports publics de marques d’allégeance, de supprimer certaines dettes, de mettre en figure certains visages dans des panneaux publicitaires, sourires aux lèvres, respirant l’optimisme et incitant les citoyens à voter. Qui irait voter « Non » avec le sourire jusqu’aux oreilles ?

Jusqu’au bout, le Makhzen n’aura pas joué le jeu. Il aura simplement joué de nous, Marocains. Ce n’est pas tant l’absence de réformes structurelles qu’il s’agit maintenant de dénoncer, mais l’incapacité pour un citoyen marocain lambda de pouvoir récuser ces dernières. Il est un paradoxe dangereux qui s’expose, celui de devoir légalement accepter le refus des autres à la démocratie.  Soit, mais que faire dans la situation présente ?

 

S’agit-il de poursuivre les manifestations en vue d’obtenir une nouvelle offre politique, au risque d’être à nouveau sommaire ? Sûrement est-ce là la réponse la plus adéquate à la circonstance. Néanmoins, et il faudra s’y attendre, l’Etat continuera de noyer la révolte, jusqu’à faire des demandes sociales une affaire classée. S’agira-t-il alors de témoigner fièrement de son appartenance au  9%, cette fois pour un contexte légèrement différent ?  Cela n’apportera rien de nouveau, puisque l’expérience en témoigne. Même les partis politiques, dont la foi sert à représenter les divergences sociales, se retrouvent plongés dans une sorte d’unanimisme politique qui ne laisse même plus place à une quelconque représentativité. S’agira-t-il d’utiliser le 4ème pouvoir en tant que contre-pouvoir ? Non, la division sociale est déjà creusée, ceux qui sont convaincus du « Oui » ne le regretteront pas, et ceux optant pour le « Non » le sont déjà assez.

C’est par une note pessimiste que se termine cet article. Elle n’est même pas l’objet d’un débat quelconque. Au Maroc, la vie est un long fleuve tranquille. Le Makhzen en a voulu ainsi. Oui Maître !

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2 réponses à Au Maroc, la vie est un long fleuve tranquille

  1. C’est quand le débat s’éternise, que tout est dit ou presque, c’est lorsque les opinions s’entrechoquent à force de "tourner en rond", c’est parce que l’on part de rien et que tout nous paraît possible, c’est quand l’Amour de notre cher Pays nous étrangle tant il nous tient à coeur, bref parce que nous sommes tous encore "sonnés" depuis l’emballement (qui nous a pris en surprise) du Mouvement du 20 Février et ses répercussions sur notre mental, que nous nous perdons à "polémiquer" sur ce syndrome singulier qui nous à pris sous sa "tutelle": la Démocratie!
    Alors soyons indulgents entre nous et acceptons nos divergences, car la Démocratie est une "oeuvre fragile" et difficile à "manipuler"! Et je termine en remettant l’expression dans son écrin qui lui sied bien: "La vie n’est pas un long fleuve tranquille…" Mais bravo l’ami pour votre "cri du coeur"!

  2. dima dit :

    Un article déjà intéressant à lire dés sa génése mais il faut
    bien le mettre à jour au vue du nouveau comportement
    de nos hommes politiques pourtant on reste toujours
    perplexe en lisant ce passage :

    "S’agit-il de poursuivre les manifestations en vue d’obtenir
    une nouvelle offre politique, au risque d’être à nouveau sommaire ?
    Sûrement est-ce là la réponse la plus adéquate à la circonstance.
    Néanmoins, et il faudra s’y attendre, l’Etat continuera de noyer la
    révolte, jusqu’à faire des demandes sociales une affaire classée.
    "

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