Mamfakach

28.06.2011 | Sonia Terrab |  eplume.wordpress.com

Je l’avoue, j’ai été parmi les premiers. En tête de fil. A attendre, imaginer la constitution. Perplexe depuis le 9 mars, je suis restée en suspens, me posant la question du futur, me disant : on verra bien, peut-être que, on ne sait jamais. Cela a duré 3 mois. Quelques coups d’éclats et de matraques plus tard, voilà le résultat : un texte, des articles, un referendum et beaucoup de blabla.

Depuis, j’ai le fou rire. Il me prend quand je m’ennuie sur facebook, ou je me perds sur twitter. Un fou rire à deux vitesses. Une blague éternelle. Un gag en continue.

Pourquoi ? Parce que la base est absurde. Comment pouvons-nous tous être focalisés sur un bout de papier. Un bout de papier indéchiffrable pour la majorité. Un vulgaire bout de tissu facile à déchirer. Et nous voila tous aux aguets, à frétiller, s’étonner, s’émerveiller ou s’offusquer, devant un produit d’Etat confectionné à la va vite, sur commande mais pas sur mesure.

Je ne nie pas l’importance d’un texte fondateur, d’un ensemble de loi auxquelles se référer, de la nécessité du partage et de l’équité. Non, ce que je nie, c’est le respect. Le respect des mots comme ils ont étés édictés. Le respect de la forme sur fond de réalité. Si la constitution de 1996 avait été « réellement » adoptée, on n’en serait pas là aujourd’hui. Et cette constitution, retouchée, ne va rien changer. Cette constitution, demain, dans quelques jours, va passer et ça ne va rien changer.

Je suis désolée pour les plus naïfs, ceci n’est pas un tournant historique.  Ce n’est qu’un acte surjoué dans une pièce pour grand public. Une scène bis repetita démontée et remontée sans que personne ne se lasse jamais. Une constitution bâclée d’un effet show off propre au royaume des mirages. De la poudre sur des débats creux, des mots qui volent et des yeux qui se ferment. Oui, désolée, car ce n’est qu’un texte, on peut l’encadrer, prendre la pose à ses cotés, le mettre là où on sait, il peut être de multiples utilités et d’utilité aucune, s’il n’est pas appliqué.

Que les gros titres nationaux : « Rendez-vous avec la démocratie » et les petits titres internationaux : « Le roi a donné le pouvoir au peuple » se calment et que cesse ce drame que nous vivant tous, éternelles marionnettes du jeu médiatique et de l’illusion politique, pris à parti, pris au piège, par un effet baguette, une action spectaculaire, quelque chose d’assez grand pour masquer la réalité et distraire même la lucidité.

Qu’on se réveille. Qu’on arrête de nous prendre pour des cons. Et qu’on arrête de faire les cons. La responsabilité de chacun dans cette mascarade sensationnaliste est de ne pas se laisser berner, ne plus se laisser leurrer. Le combat est ailleurs. Il est dans une prise de conscience généralisée, une volonté commune de changement, le rétablissement ou la création d’un contrat de confiance, non pas écrit, mais d’abord moral. La confiance du marocain en son prochain, du peuple en ses élus, de l’acte qui suit les paroles. Le combat doit continuer, coûte que coûte, demain, dans les rues, les mentalités. Il doit évoluer, marquer les priorités, demander du concret.

Et ce n’est pas une constitution customisée à fort budget mais seul un vrai débat, pour une vraie égalité, sur la durée, qui peut y arriver. Un débat dont le chemin est long, et pas encore tracé, mais qui a déjà commencé. Tant mieux si cette réforme ouvre une porte, mais ça ne sera qu’une issue. La solution miracle n’existe pas. La constitution miracle n’existe pas. Alors, par pitié, votez oui, votez non, ne votez pas, je m’en fous. C’est comment vous agirez demain qui importe.

 

Par Sonia Terrab, journaliste et écrivain ( Roman Shamablanca, éditions Séguier )

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Un commentaire pour Mamfakach

  1. dima dit :

    Concernant le roman « Shamablanca », cela donne envie de l’empiler,
    après avoir lu la critique « négative » de Salim Jay à son sujet, en vue
    de le lire/parcourir un soir d’ennui ou un temps de plaisir d’etre qu’avec
    soi. Posez la question aux écrivains si les mauvaises critiques les
    déçoivent et les mettent mal à l’aise par rapport à leurs plumes :
    ils vous répondront « pourvu qu’on ait une critique et qu’on parle
    de nous ». C’est un peu comme pour les hommes politiques et les
    émissions satiriques où ils sont brancardés comme « Les guignols ».
    Pourvu qu’on parle d’eux et que le quidam sache leur existence.

    Que pense Salim Jay de « Shamablanca » ?

    « … Voici que le romancier Abdellah Taïa dont Séguier révéla
    naguère «Le Rouge du tarbouche», heureux succès de librairie,
    proclame dans un magazine que «Shamablanca» de Sonia Terrab,
    « ravissante » journaliste, est un «beau roman». Alors, on s’y colle,
    et l’on déchante vite.

    L’une des premières phrases du livre est «Casa est vide». L’ouvrage
    aussi, mais on va vous répéter partout le contraire car la vacuité en
    question est celle de certain(e)s privilégié(e)s et il serait entendu
    que leur sort, même lamenté jusqu’à plus soif (de whisky), demeure
    enviable et envié, à moins que pitoyable et «romancé».

    Shama peste contre «ces femmes qui encore aujourd’hui, éduquées,
    expérimentées, apparemment cosmopolites, rivalisent de mensonges
    et maintiennent le pouvoir aux hommes…». Elle dira non à un mariage
    arrangé : «Je veux marcher pour l’indépendance. Entamer ma marche
    bleue, puisque le vert est déjà pris». Une note en bas de page, déjà la
    onzième de «Shamablanca» nous indique gravement : «En référence
    à la Marche Verte du Maroc, le 6 novembre 1975».

    L’héroïne sniffe-t-elle de la coke ? «Trop défoncée, trop larguée, trop
    bourrée», elle n’en témoigne pas moins d’un solide mépris pour sa mère
    qui «joue au scrabble tandis qu’il (Papa chirurgien) sauve des vies.»
    Hélas, il trompe maman…

    Au Festival d’Essaouira, Shama se décrit «tête haute parmi les têtes
    basses.» La grande affaire, dans ce texte naïvement prétentieux et fort
    ennuyeux, c’est de proclamer un refus d’obtempérer aux diktats de la
    coutume : «Je profite du spectacle, c’est tout et avance dans la vie sans
    avoir payé de billet, clandestinement, consciente de ma jeunesse, mon
    indécence, ma chance, en mécréante solitaire, car inavouée».

    Les compatriotes de Shama, celle-ci les regarde avec hauteur : «Et le
    sable me sort des yeux, le trop-plein du Maroc dégouline. Quoi qu’on
    en pense, quelle que soit la vie qu’on mène, ce pays est religieux et me
    saute au visage. Il est pieux, il est dévot et personne n’y peut rien. Reliés
    en un seul souffle par la force du Supérieur, les Marocains sont tellement
    croyants qu’ils croient tout ce qu’on leur raconte
    ». Sonia Terrab
    pense-t-elle qu’ils croient que Shamablanca est un «beau roman» ?

    Quelques pages encore et on lit : «Shama, il est temps que tu
    rencontres un bon gars». »

    Pour les gourmets insatiables, je leur conseille de regarder :

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