Pour une réconciliation nationale

29.06.2011 | Nawfel Chana |  eplume.worpress.com

« Nous devons apprendre à vivre ensemble comme des frères, sinon nous allons mourir tous ensemble comme des idiots » [Martin Luther King]

Cher Journal,

Je t’écris cette lettre parce que plus personne ne veut écouter. Et comme j’ai des choses à dire, autant que ceux qui ne cherchent que mon adhésion à leur camp, peu importe que je réfléchisse, j’ai décidé de t’écrire ces lignes. Parce qu’il faut que l’on se réconcilie, nous autres les marocains. Cela fait des mois que nous sommes en froid, à nous faire la guerre chacun dans sa tranchée. Chacun parlant de et au nom de l’autre, confortable dans son ghetto intellectuel, sans jamais avoir pris la peine d’échanger. Et je t’avoue que cela commence à peser lourd sur notre Maroc. Ce Maroc qui, au fond, nous a poussé chacun de son coté à sortir de l’anonymat pour le défendre, chacun à sa manière. Et c’est parce que je suis convaincu que nous partageons cette même motivation que je fais ce premier pas aujourd’hui, pour que l’on se réconcilie. Pardonne la longueur, c’est le cœur qui va prendre le relai.

Non pas pour que l’on partage, après ces réflexions, les mêmes opinions ou le même positionnement politique. La dualité des avis est nécessaire pour l’avenir démocratique de notre pays. Le but de cette lettre est uniquement un plaidoyer pour que cesse la diabolisation entre nous et que, au lieu de passer notre temps à nous tirer dessus, que l’on tire plutôt ensemble un trait sur les préjugés qui règnent de part et d’autre. Oui, nous avons besoin d’une réconciliation nationale pour que l’on construise le Maroc de demain. Pluriel. Détruisons des murs et construisons des ponts. Et si nous ne sommes pas obligés de nous entendre, nous devons tout de même nous écouter.

Il s’agira d’abord de mettre un terme à cette ambiance de tribunal qui règne entre nous depuis des mois. A ces accusations infondées, à ces réactions passionnelles et à ce chantage odieux qui nous prive de notre passeport marocain dès que l’on décide d’avoir un avis sur le mouvement du 20 février, nous devenons systématiquement le traitre de quelqu’un. Chacun étant convaincu que son camp détient le monopole du patriotisme. Si l’on est pour ce mouvement, c’est que l’on sert un agenda étranger, même à notre insu. Si l’on est contre, c’est que l’on est mkhazni, sans le savoir. Mais cher Journal, la grande majorité des marocains qui discutent et débattent sur les terrasses de cafés ou sur la toile ne sont ni des agents du Makhzen ni des complices du Polisario. Ce sont des marocains qui se sont forgé leur propre opinion sur l’idéal politique au Maroc en fonction des informations qui sont arrivées à leurs oreilles, et l’expriment librement. Et nous devons défendre et garantir ce droit à l’expression pour tous, sans être taxé d’ennemi du Maroc parce qu’on a osé discuter des pouvoirs du Roi ou parce que l’on est convaincu de la pertinence d’une monarchie exécutive. Notre marocanité se juge selon notre engagement, qui est le refus de jouer le rôle du spectateur et non pas selon notre positionnement dans le débat.

De même, le combat pour le changement au Maroc n’est pas une lutte des classes, il n’oppose pas les riches aux pauvres. Le 20 février n’est pas le camp des démunis qui réclament leur pain et ses opposants ne sont pas la caste des riches qui veillent uniquement à conserver leurs privilèges. Il y a de ça, évidemment, mais sur la question du changement la société marocaine n’est pas ainsi économiquement bipartite. Rien qu’à l’image de Miloud Chaabi le milliardaire, qui en a marre d’être le concurrent de celui à qui il est censé prêter allégeance, ou Karim Tazi le patron de Richbond et fervent militant des droits de l’Homme, qui sont sortis manifester au coté des jeunes le 20 février 2011. Et puis de l’autre coté, les vidéos de « moul cha9our » montrent très bien que dans le camp des anti-20 février ne résident pas que les bien-nés.

Les opportunistes existent partout et les 2 cantonnements ne vont pas faire exception. Al Adl wal Ihsane, la gauche radicale (Annahj) et les libertins ultra-libertaires surfent sur la vague progressiste du 20 février et ont tous les 3 mis de l’eau dans leur vin, pour essayer de diluer leurs revendications impopulaires dans celles du mouvement: les adlistes pour renforcer leur dossier de négociation avec le Palais, les léninistes qui jouent la montre pour convaincre de la nécessaire République marocaine et enfin les français du Maroc pour vivre dans le Royaume comme en Occident. Dans l’autre tranchée, beaucoup vont s’opposer au mouvement du 20 février et défendre le statu quo uniquement pour conserver leurs propres intérêts : la caste qui vampirise les richesses du pays, les pseudo-intellectuels et hommes politiques qui marchandent une place à la Cour et puis tous les petits hors-la-loi, qui à coups de fraudes fiscales, corruption et tous les autres moyens illégaux arrivent à arrondir leur fin de mois. L’instauration d’un Etat de Droit au Maroc les privera de tous ces extras, punissables par la Justice.

Cher Journal, quand je classe les Adlistes et compagnie dans le rang des opportunistes, c’est en prenant comme référentiel les revendications originelles du mouvement du 20 février qui ne correspondent pas au projet de société pour lequel ils militent. Néanmoins, toutes ces entités et ces courants idéologiques doivent avoir le droit à la parole, comme toutes les forces vives de ce pays : Nous ne devons plus avoir peur des idées.

Mais si tous ceux là existent au sein du mouvement, ils ne forment pas l’unanimité. La grande majorité des marocains qui descendent dans les rues sont les victimes du Système, qui souffrent du faible pouvoir d’achat, le non accès aux soins, la marginalisation et le chômage. Ce sont des intellectuels qui aspirent à un Maroc moderne où règne Justice et prospérité pour tous. Ce sont des militants pour les droits de l’Homme qui veulent un quotidien dans la dignité pour chaque marocain.

De même, je sais pertinemment que dans la foule des royalistes, rares sont les ennemis de la Nation. La grande majorité porte des aspirations très nobles. Ce sont des conservateurs, de toutes les classes sociales, qui défendent les constantes du pays – seules garantes de sa stabilité à leurs yeux. Ils veulent protéger ce qu’il ya de bon dans notre patrimoine et notre culture. Préserver cette flamme du Sacré et ces traditions qui animent notre vie sociale pour éviter qu’elle ne succombe aux torrents du libéralisme économique, responsable de cet individualisme nouveau, rongeur et consumériste qui rend le quotidien marocain de plus en plus matérialiste et le vide de toute spiritualité. Et Ils ont raison de se battre, seulement ils se trompent d’ennemis.

Ils ont tort de stigmatiser tous les marocains qui sortent crier leur misère dans la rue, tout comme beaucoup de jeunes du 20 février se trompent en ne brandissant pas le drapeau marocain dans leur manifestation, tout comme ils se trompent en traitant tous ceux qui veulent voter Oui lors du prochain référendum d’esclaves, d’idiots, de corrompus ou de soudoyés du Makhzen. Chacun des 2 camps entretient les craintes et les préjugés de l’autre. Et il est temps d’y mettre un terme.

Cher Journal, les anti 20F reprochent à ces jeunes leur jeune âge, alors que Abderrahim Bouabid n’avait que 17 ans quand il intégra les cellules nationalistes et Mehdi Ben Barka 22 ans quand il participa à la création du Parti de l’Istiqlal avec Abdellah Ibrahim qui en comptait 26. Et ce sont ces mêmes « brahch » qui vont oser réclamer par écrit l’indépendance du Maroc, signature qui leur coutera des années d’emprisonnement. Il est vrai néanmoins que le jeune âge de certains leaders du mouvement du 20 février est derrière cette nouvelle ivresse révolutionnaire qui a dilué leur discernement ; mais qui ne perdrait pas la tête à un si jeune âge s’il passait de l’anonymat à la célébrité en si peu de temps, grâce aux réseaux sociaux comme facebook ?

N’en demandons pas trop au mouvement du 20 février. Il s’est présenté comme une force protestataire et donc n’attendons pas de lui de devenir une force de proposition. D’ailleurs pour cela, le mouvement devrait se transformer en parti politique, hors cela est impossible pour la simple raison que les forces qui le constitue sont antonymes les unes des autres : les léninistes communistes qui veulent déchoir le bourgeois pour imposer la dictature du prolétaire, les adlistes partisans de la Khilafa légitimée de Abdeslam, les islamistes qui ont privatisé Dieu et comptent appliquer la charia, les laïcards qui veulent en finir avec la religion d’Etat, les monarchistes qui ne demandent qu’une réforme plus parlementaire, les progressistes qui rêvent d’un Etat de droit, les mouvements berbères qui réclament leur dus et puis des milliers de marocains derrière, qui savent ce qu’ils ne veulent pas mais ignorent encore ce qu’ils veulent.. Ces courants sont unis dans la contestation contre un ennemi commun le « Makhzen », mais ne convergent pas du tout vers un même projet de société. Je te laisse imaginer cher Journal si jamais l’on en arrivait à une destitution du Régime, comment ces courants – qui se présenteront tous comme légitimes – vont diviser le Maroc et les marocains. Voilà pourquoi je reste critique vis-à-vis du dernier virage qu’à connu le mouvement, et je ne partage pas certaines de ses décisions : Il a mal agit, à mon humble avis, en refusant l’invitation de la commission de Mennouni pour prendre part au débat sur la nouvelle Constitution. Même en guerre, on négocie avec son pire ennemi. Un citoyen a une démarche participative, un citoyen s’engage, il ne boude pas. Je me demande à quoi aurait ressemblé la nouvelle Constitution si le M20F, l’AMDH (l’Association Marocaine des Droits de l’Homme) et le PSU (le Parti Socialiste Unifié) avaient remis aussi leur mémorandum à la commission tout en continuant à maintenir la pression de la rue pour que leurs requêtes trouvent une place dans le nouveau texte ?.. Mais malheureusement le mouvement a refusé de s’ouvrir, il s’est transformé petit à petit en un plébiscite pour la démocratie mais sans démocrates. Il a hérité de la politique de la vision unique de nos amis communistes (annahj) qui a accouché de la décision du mouvement de boycotter le référendum. Aller voter pour un communiste, c’est comme assister au sermon du vendredi pour un athée. La position du mouvement est tranchée et tranchante : Si l’on ne boycotte pas le référendum, nous sommes un ennemi de la Nation, à poursuivre dans les tribunaux selon certains leaders. Le mouvement s’est sclérosé, n’accepte plus la critique. Il a hérité en plus de la politique de victimisation de nos amis adlistes au point que le mur du groupe officiel sur facebook n’est plus qu’un mur de lamentations où tous les maux de la société sont mis sur le dos du Makhzen, devenu omnipotent et omniscient au point qu’il se cache derrière tout « Oui ».. On ne prend plus la peine de recentrer les discussions, de rappeler les revendications originelles inchangées, il n’est presque plus question de monarchie parlementaire, on y discute maintenant de plus en plus de République. Les monarchistes du mouvement sont de plus en plus exclus des prises de décisions du Mouvement, dont la radicalisation et l’autisme lui font perdre chaque jour de sa crédibilité auprès du peuple marocain et son élite intellectuelle. Le mouvement est en crise et c’était probable : la protestation dure depuis plusieurs mois, les récupérations et la radicalisation donc prévisibles.

Quand on habille notre position d’un patriotisme moulant, notre adversaire idéologique est vite présenté comme l’ennemi de la Nation. C’était l’erreur des anti 20F, maintenant l’amalgame est bilatéral, et c’est notre Maroc qui va payer les pots cassés. Tout ce que l’on reprochait aux détracteurs du mouvement, est devenu le fusil d’épaule du 20F : propagande, désinformation, rejet et rabaissement de l’avis de l’autre. Le mouvement a besoin de se ressaisir, de s’entourer d’experts et d’intellectuels pour qu’ils l’encadrent, tout comme l’AMDH avait fait à ses débuts. Il ne faut pas laisser tomber ce mouvement contestataire, et il ne faut surtout pas le faire taire, on ne jette pas le bébé avec l’eau du bain. Le 20F a permis au processus démocratique au Maroc de renouer avec les débuts du règne de Mohammed VI (création de l’IER, libération des détenus d’opinion, le code de la famille, liberté de la presse..) avant que l’étau ne se ressert. Qu’on le veuille ou non, Mohammed VI n’est pas Hassan II. A la première demande populaire, il ouvre le chantier de la Constitution. Il n’a pas fait le choix de la répression violente, comme en Tunisie, Egypte, Lybie, Yémen, Bahreïn et Syrie, puisque l’ordre a été donné pour que les forces de l’ordre soient déshéritées de leurs armes à feu lors des manifestations. Une décision très sage qui prouve qu’au Maroc il existe (encore) des têtes bien faites. La violence a été de mise à un moment, et elle est condamnable et inexcusable, et devra faire l’objet d’une enquête quand la situation démocratique du Royaume sera plus sereine. Mais la monarchie, en acceptant de se réformer, aura permit au Maroc de se réconcilier avec la modernité. Et le mouvement du 20F se doit d’être salué pour avoir mis fin à une léthargie qui allait nous être fatale à cause d’un conservatisme d’intérêts, et pour avoir dépoussiéré et sorti sur la scène politique nationale, des dossiers oubliés dans les cartons des « futures réformes inshallah ». Mais je persiste à croire que les freins du mouvement, pour gagner en représentativité, sont ses forces vives: Al Adl wl Ihssane et l’extrême gauche qui n’aspirent pas à établir au Maroc le même mode de gouvernance que celui proposé par le mouvement, et le soutiennent donc comme la corde soutient le pendu. Il faut que le M20F sorte de cette spirale contre-productrice qui veut faire du militantisme pratiquement un métier dont l’activité principale est de marcher chaque dimanche, et veut nous convaincre que le boycott est une décision sage et contextuelle, alors qu’elle émane de personnes qui ont toujours refusé de voter (extrême gauche, Adl wl Ihssane et jeunes apolitisés jusqu’au 20 février 2011).

Cher Journal, il est temps aussi qu’on apprenne à parler en notre nom au lieu de nous accaparer la voix du peuple. Ce dernier n’a signé de procuration à personne. Les revendications socio-économiques du M20F sont certes celles du peuple, mais ces dernières décisions politiques sont loin de faire l’unanimité. Voilà pourquoi j’aimerai les rappeler à la raison, puisqu’il est plus légitime de scander « le M20F yourid.. » et non plus « Cha3b yourid.. ». Et suivront parmi le peuple, ceux qui se retrouveront dans ces revendications. Et ne suivront pas parmi le peuple, ceux qui ne s’y retrouveront pas.

Ainsi, les 2 camps s’arrêteront de spéculer sur le coté vers lequel penche la majorité des marocains. Déjà parce qu’il est déplorable de leur demander de choisir entre l’Amour pour leur Roi et l’instauration de réformes, comme si les deux ne pouvaient aller ensemble, et ensuite parce que l’avis des masses est pratiquement insondable dans des sociétés où la peurocratie est institutionnalisée. Craignant le régime en place, les individus se comportent comme s’ils y adhéraient afin de ne pas risquer des représailles. Et même convaincus du nécessaire changement, ils n’affichent aucun comportement qui serait susceptible de trahir leur position. Ce silence des masses donne alors l’apparence d’une société stable ou satisfaite jusqu’au soulèvement populaire, véritable raz-de-marée qui emmène tout sur son passage. Le déclic est parfois un simple détail – une goutte suffit à faire déborder le vase – et même le fatalisme religieux qui fait accepter au quidam la tyrannie du Pouvoir comme étant son destin, sera impuissant ce jour là pour contenir l’effervescence des foules.

Cher Journal, il faut que cette prise d’otage intellectuelle cesse et qu’on laisse les gens choisir. Il faut que certains révolutionnaires arrangent leur boussole sur ce qui se passe un peu plus loin dans le monde arabe, pour comprendre la nécessité d’aller vers la reforme pacifique. Ensuite ils devront se mettre à l’heure du Maroc, parce que leur horloge semble s’être arrêtée il y a plusieurs décennies : quand j’entends Benchemsi décrire le Maroc comme étant une dictature absolue entre les mains d’un seul homme, je ne peux y voir que de la profonde mauvaise foi ou une ignorance creuse de la gouvernance marocaine.

Aussi, beaucoup de ces jeunes se plaignent du manque de liberté d’expression alors qu’ils s’expriment à longueur de journée sur les pages des réseaux sociaux. Et aucun n’ose réclamer la liberté de pensée, plus capitale selon moi, car que vaut l’expression libre d’une pensée manipulée ? Voilà pourquoi je déplore les réactions passionnelles de part et d’autre : autant les partisans du béni-oui-oui que ceux du maudit-non-non. Et tous ces jeunes militants qui ne savaient quoi penser de la Constitution, attendant que l’ordre tombe pour qu’ils se lancent dans leur campagne. La sacralité du Roi contre la sacralité du M20F, sans la moindre autocritique. A croire que l’on est dans un vélodrome, obligé de soutenir son poulain du début jusqu’à la fin, vu que l’on y a misé notre argent. Et le constat est dramatique : la majorité de ceux qui iront voter Oui n’auront pas lu le nouveau projet de Constitution, la majorité de ceux qui iront voter Non auront lu les critiques de texte plus que le texte lui-même, et la majorité de ceux qui boycotteront le feront par caprice, tel un gamin qui crie en se bouchant les oreilles ; ne veut rien entendre tant qu’il n’a pas eu ses sucreries.

Cher Journal, personne n’a totalement tort, ni totalement raison. Personne n’est moins marocain que l’autre, ou plus. Nous avons tous raison, en tant que marocains, de nous engager pour l’avenir de notre Pays. Voilà pourquoi il est dans l’intérêt de chacun des partis de s’écouter mutuellement, de tenir compte des propositions des uns et des autres et d’œuvrer pour en faire la meilleure synthèse, qui accouchera, in fine, d’un nouveau souffle politique, économique et social au Maroc.

Cher Journal, nous sommes tous appelés aujourd’hui en tant que marocains à ne plus spéculer sur le patriotisme de nos adversaires politiques. Une voix et une voie commune doivent naîtrer pour faire passer l’intérêt du Pays aux dépends des intérêts étriqués. Tout en entretenant ce débat national naissant, heureux et indispensable. L’heure est à la réconciliation nationale, ce n’est pas l’heure de jeter l’anathème ou régler des comptes. Protégeons, ensemble, notre plus grande richesse: nous. Parce que le Maroc c’est nous, nous et personne d’autre.

Cher journal, nous sommes tombés bien bas, à essayer d’instrumentaliser même la mort ! Le drame national du décès de Kamal Amari a vu naître des débats pour le moins répugnants. Entre ceux qui semblaient n’attendre que cela, voire le souhaiter, pour élever le toit des revendications et ceux qui banalisaient cette tragédie, nous pouvons voir les dangers de la radicalisation idéologique. Kamal Amari est le défunt de tous les marocains, même s’il n’a pas été perçu comme tel. Ce n’était pas le bon mort, celui pour qui on ameute la terre entière. Invisible pour les médias car peu digne d’intérêt, vu qu’il appartenait à la mouvance d’Al Adl wl Ihsane il n’était pas un « bon » marocain, sa mort n’avait donc pas à être pleurée. Mais chaque goutte de sang versée dans ce combat pour la démocratie est une goutte de trop. Et une vie, une seule, n’est jamais banale. On se trompe quand on banalise la mort d’un citoyen, en pensant que ce n’est qu’une vie.. Ces criminels protégés par l’uniforme n’ont pas tué que Kamal avec leur matraque, ils ont tué ses enfants à naître, ses petits enfants et toute sa descendance jusqu’à la fin de ce triste monde. Ils ont tué de potentiels chercheurs, médecins, ingénieurs, poètes, sportifs.. Ils ont privé le Maroc de milliers de potentialités. Ils ont tué l’humanité. Voilà ce que signifie le verset coranique « Celui qui tue une âme est comme celui qui tue toute l’humanité, et celui qui sauve une vie est comme celui qui sauve les vies de toute l’humanité »..

Cher journal, j’espère que ce message de réconciliation trouvera écho chez mes concitoyens. L’indifférence est une infirmité, et il me plait à croire qu’elle tend à disparaître dans les rangs des jeunes générations. Toutefois je pleure le retour dans mon pays de la pensée unique, de l’intolérance politique la plus primaire motivée par l’ambition aveugle ainsi que de ces chasses à l’homme organisées chaque dimanche contre des manifestants pacifistes. Mais je n’oublie pas que nous en sommes à notre premier débat politique national, et comme nous manquons d’exercice démocratique, il est normal que les crampes et les déchirures marquent notre premier élan !

 

P.S : je prépare un billet sur le projet de la nouvelle Constitution, et peu m’importe ce que décideront de voter mes compatriotes au référendum. Parce que ce n’est pas le résultat du scrutin qui décidera si oui ou non nous serons une démocratie. La démocratie c’est la pratique de l’expression et le conflit des idées, et ça nous y sommes déjà.

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