De l’Etat de droit au Maroc

28.06.2011 |  Moaad Boussekri  |  eplume.wordpress.com

Il n’est pas étonnant que la soif démocratique ne se soit pas encore calmée au Maroc. L’unanimité n’étant que de façade, une large partie des Marocains continuent à scander le besoin de réformes. Il est vrai que la réussite de toute transition ne constitue pas une réponse directe à une sorte de rationalité politique, transformant par là la notion de  démocratie  en un concept applicable à tout terrain, telle une recette magique. Néanmoins, ce n’est pas seulement le fond constitutionnel qui est remis en cause par les contestataires, mais toute la procédure, allant de la nomination de la Commission Menouni[1] jusqu’au résultat référendaire.

Une rapide comparaison des Constitutions Française et Marocaine nous placent face à un constat pour le moins étonnant. La nouvelle réforme Constitutionnelle consacre au Roi les mêmes pouvoirs que ceux accordés au Président de la République Française[2]. Cela va sans dire qu’il serait vicieux de s’atteler à un jeu de comparaison. Chaque pays est unique de par son histoire et sa tradition. En réalité, le Roi n’est pas soumis à une autorité l’obligeant à réduire son autonomie décisionnelle. En sa qualité de légitimateur suprême, il est le – seul –  tournant de l’espoir démocratique immédiat au Maroc. Le formalisme autour de sa personne figure parmi l’un de ces points encore peu soulevés de manière concrète, bien qu’indispensables à la construction efficiente d’un pouvoir juste et démocratique.

Revenons-en maintenant à l’application tendancieuse de cette démocratie. Longtemps légitimée par sa marocanité, et donc son unicité, elle a su être perçue comme étant fidèle aux principes de l’Etat de droit.[3] Cependant, une des faiblesses constitutives propres au Maroc réside dans sa capacité à se soustraire du droit, puisqu’étant à l’origine de la majorité des normes juridiques et, qui plus est, chargé de veiller au respect de celles-ci. La socialisation de l’intérêt politique[4] par le Makhzen représente une de ces failles structurelles, et l’apparition des Baltajis reflète cette peur du pouvoir à être pris au piège de la démocratie, lequel serait, dans ce cas précis, la victoire de la volonté du peuple. Le pouvoir excède les limites traditionnellement assignées à l’Etat de droit, puisqu’étant le théâtre d’une contestation où le mouvement de l’opposition a été tacitement réduit à silence. Un quart de la population Marocaine serait allé voter « oui », de manière consciente et convaincue, pour cette nouvelle offre politique. La notion de conflictualité citoyenne n’est pas encore introduite sur le territoire, et les partis politiques sont à l’antipode de ce que devrait être une vraie démocratie. A défaut d’être adversaires, ils servent à légitimer le pouvoir. [5] Questionnons-nous alors : Où est l’USFP des années 1970 ? Il n’est pas besoin de rappeler que l’échec de l’alternance en 1998 a été causé par la négociation excessive des partis politiques qui, traditionnellement, devaient faire pression sur le pouvoir pour obtenir plus de présence sur la scène politique.

Le mouvement de l’opposition aura souffert jusqu’au bout, d’abord à cause de la politique interne, et maintenant en raison de la réaction de la Communauté Internationale, satisfaite unanimement du projet de réforme « établit par Sa Majesté ». Le Maroc devient même un exemple de démocratie à donner aux autres dirigeants des pays arabes. Peut-être est-ce celui qui a su le mieux répondre aux soulèvements populaires, mais encore une fois, il est impératif d’étudier les circonstances de manière absolue, car jouer au jeu du « meilleur élève » n’apportera aucune solution efficace au pays.


[1] Commission chargée de rendre le dossier final du projet de réforme, présidée par Abdellatif Menouni.

[2] Le Roi nomme les ministres sur proposition du Premier Ministre (issu du parti vainqueur des législatives), il peut dissoudre le parlement, il préside le conseil des Ministres. Il est le seul décideur en matière de politique étrangère et de défense.

[3] Succès de cette Constitution à l’échelle internationale.

[4] L’Etat a payé des gens très pauvres pour soutenir publiquement le Roi.

[5]  30 partis politiques ont incité les Marocains à aller voter « Oui » à la nouvelle Constitution

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Un commentaire pour De l’Etat de droit au Maroc

  1. dima dit :

    أحداث جمع الدار البيضاء، اليوم.. عاش الشعب

    بقلم حمزة محفوظ – حركة 20 فبراير

    أريد أن أنتهي هنا، لأن -رحلة واشنكش البيضاء – كانت مرهقة
    فقط أريد أن أبعث برسائل قصيرة، على أساس أننا سنبعث
    بالطويلة للمخزن الأحد القادم، وكل أحد، وكل مرة:
    لليسار الموحد: كمستقل، أريد أن أعتذر بشدة، من هذه البلطجة التي
    تٌمارس بإسم المستقلين.. وأولئك بلطجية وبزاف عليهم مستقلين.. وأنتم تعرفون ذلك
    للجزء اليقض من شعبنا: إلى الأمام، اليقظة والحوار، وشرف لنا أن نصنع
    تاريخنا بأيدينا، هنا والآن في أفق بلد الحرية والكرامة والعدالة الإجتماعية..
    للمخزن: عاش الشعب

    http://www.mamfakinch.com/%d8%a3%d8%ad%d8%af%d8%a7%d8%ab-%d8%ac%d9%85%d8%b9-%d8%a7%d9%84%d8%af%d8%a7%d8%b1-%d8%a7%d9%84%d8%a8%d9%8a%d8%b6%d8%a7%d8%a1%d8%8c-%d8%a7%d9%84%d9%8a%d9%88%d9%85-%d8%b9%d8%a7%d8%b4-%d8%a7%d9%84%d8%b4/

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