Législatives Marocaines 2011 : Le choix du changement.

17.07.2011 |  Moaad Boussekri  |  eplume.wordpress.com

Le but de cette analyse n’est pas de fournir une réponse péremptoire et définitive, ni de se  demander si les partis politiques font bien leurs travails, ou s’ils travaillent dans la bonne direction. Il s’agira simplement d’approfondir une des questions que nombre de Marocains se posent au sujet des prochaines élections : Et si l’on s’arrangeait autour d’un choix politiquement rationnel qui consacrerait la démocratie au Maroc ? Ce « et si » justifie le traitement en deux temps de notre étude : il invite d’abord à une interrogation sur la possibilité théorique d’un choix réfléchi et démocratique, avant d’enjoindre à analyser ses conséquences, partant d’un point de vue mécaniquement spéculatif. Quant à fournir une réponse à l’interrogation « quel parti politique l’emportera? », nous nous en priverons : il s’agit ici de domaines hors de portée de notre entendement.     Citons néanmoins le bilan du sondage informel effectué par les services du Ministère de l’Intérieur pour connaitre les intentions de votes de l’électorat marocain. Celui-ci s’énonce de manière étonnamment simple. D’après ces projections, si les élections se tiennent en Octobre, le Parti de l’Istiqlal l’emporterait, devançant le PJD, seul parti à référentiel islamique.  Le Mouvement Populaire obtiendrait la 3ème place. Le PAM et le RNI seraient au coude à coude à la 4ème  place, et arriverait ensuite l’USFP à la 5ème place, résultat de ses nombreuses divisions internes. Pour se convaincre de la pertinence d’une telle enquête, il suffit  de constater que cet aboutissement traduit les équilibres internes au sein de la société marocaine, puisqu’il se rapproche particulièrement  du dessein des dites élections de  2007, ayant offert 52 sièges au PI et 46 au PJD. Il faut dès lors porter la question non pas sur ces prévisions mais sur la manière dont aboutira le changement suite à ces élections.

Suite au schéma présenté ci-dessus, il conviendrait de s’atteler sur l’hypothétique existence d’un choix démocratique, allant dans la continuité du dynamisme que connaît le champ politique Marocain. On oppose à cette assertion l’impossibilité scientifique de poursuivre une telle chronique, puisque le vecteur même de la démocratie se divise entre plusieurs identités, mentalités, et opinions. De là naît une interrogation légitime : les composantes sociales, aussi divergentes soient-elles, ne peuvent-elles pas imaginer une même démocratie sans avoir à se retrouver prisonnières de leur vote ?

Commençons d’abord par le cas le plus polémique, celui d’un succès du PJD. Pour se fondre dans le paysage et s’y insérer durablement, le parti fît office de gages politiques, allant même jusqu’à prendre le risque de décevoir ceux qui voyaient en lui une formation de protestation capable de prendre en charge des problèmes non gérés par le pouvoir, et donc nuire à son image, laquelle est de refuser la négociation avec le Palais. Pour les mêmes raisons sous-jacentes, son secrétaire général n’hésitera pas à condamner ouvertement un éventuel succès du PAM, l’assimilant à un tsunami politique, puisqu’il renforcerait le conservatisme politique et nourrirait le royalisme. Sans remettre en question cette dernière affirmation, il est néanmoins dangereux de s’aventurer dans de telles considérations, quand bien même le PJD réussirait à se séparer de sa nature, et deviendrait un Parti  de politique, et non de morale. Il est vrai que le parti de Benkirane tend à devenir l’espoir démocratique immédiat au Maroc, ses exigences au sujet de la transparence et de la crédibilité des élections sont à la hauteur de son organisation. Seulement, nombre de citoyens soulignent encore le caractère paradoxal de cet engagement, faisant de ce vote un acte à moitié assumé : la démocratie et non l’Islam-isme.

La position de l’Union Socialiste des Forces Populaires (USFP) en 5ème place dans le bilan de l’enquête n’est pas étonnante. L’exercice du pouvoir a amené ce parti politique, pendant plus de trois décennies dans l’opposition de gauche, à adopter un discours plus réaliste, plus en phase avec la gestion de la chose publique, conduisant donc naturellement à la désaffection de ses électeurs. Son acceptation de la nouvelle Constitution figure parmi l’un de ces points ayant cultivé la déception de ses sympathisants, et ses nombreuses divisions internes nourrissent l’image d’un parti instable politiquement. Le Parti Socialiste Unifié (PSU) remplirait à posteriori davantage la fonction traditionnellement assignée à l’USFP. Il a été l’un des seuls partis, avec le PADS et le CNI, à refuser la nouvelle offre constitutionnelle et à appelé au boycott du référendum constitutionnel du 1er juillet dernier. Marginalisé jusqu’au bout, l’un de ses sièges aura même été victime d’une attaque à coup de pierres de la part d’inconnus alors qu’il s’y tenait une réunion du « Mouvement du 20 Février ».  Des pierres jetées sur son progressisme, son refus d’unanimisme, et son sens de la conflictualité politique. Ce parti aura donc été le martyr de 98.49% de la population. Peut-il encore espérer des sièges à la suite des élections ? Seulement si une mobilisation collective conjecturée lui serve de moteur.

Le positionnement du RNI en 3ème position posera nécessairement un véritable problème à certains hauts responsables, misant sur Salaheddine Mezouar pour devenir le Premier Ministre, pouvant ainsi exercer un rôle similaire à celui de Abbas El Fassi, dans les mêmes optiques politiques. Et pour cause, la nouvelle Constitution impose au Roi de choisir un Chef du gouvernement issu du parti ayant remporté la majorité aux élections. Les intentions de votes pourraient entrainer le PJD et l’Istiqlal à envisager un rapprochement stratégique en vue des législatives.

Ainsi voit-on que le Mouvement du 20 Février aura tout intérêt à créer un consensus autour d’un seul parti politique, toujours dans le même esprit démocratique. Lorsque l’on constate l’atonie des échanges politiques, qu’ils soient au sein ou entre les partis, et la motivation de leurs leaders à conserver le contrôle structurel du parti plus que sa dynamique d’action, il est alors aisé de comprendre le désintérêt croissant de l’opinion et la crise de la représentativité politique. Néanmoins, et il est nécessaire de le souligner, ces élections revêtent une importance considérable en ce sens que, maintenant, nul ne peut ignorer que la réussite de la transformation est dépendante de l’action, motivée par une réelle conscience citoyenne, de chacun et de tous.

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4 commentaires pour Législatives Marocaines 2011 : Le choix du changement.

  1. lovelysorrow dit :

    belle analyse, cependant, pense tu vraiment que le Mvt 20 février arriverait -il a s’unifier autour d’un seul parti politique, vue l’hétérogeniété surprenante de ses segments autour de la question de la représentativité??

  2. dima dit :

    Les postulats de départ sont biaisés. Les enquetes de l’intérieur
    n’engagent que ceux qui les font quand on sait que c’est le meme
    ministère qui a supervisé le dernier référendum dont les résultats
    ahurissants ont été sans aucun doute trafiqués et falsifiés.
    Le résultat des législatives de 2007 n’est pas un indicateur fiable
    vu le taux d’abstention flagrant de 63% et encore je suis généreux
    parce qu’à l’époque l’info d’un taux de participation d’uniquement
    5% a aussi circulé (Princesse Enchantée de Bakchich, où es tu ?)

    Et enfin je souhaiterais préciser deux choses :

    1- Le M20F est encore dans le stade des réformes constitutionnelles
    et le curseur de son logiciel ne s’est pas déplacé encore vers
    ces « fameuses » législatives. La cohérence, d’ailleurs, lui impose
    de les boycotter elles aussi.

    2- Que sont les partis de gauche au Maroc ? Le PSU est
    déjà l’USFP des années 70 si ce n’est l’UNFP des
    années 60. La vrai gauche au Maroc est véhiculée,
    entre autres, par le PSU.

  3. marokino dit :

    Le PSU, combien d’adhérents? Combien de militants? Même quand la gauche était au top de son top, le PSU n’a jamais représenté grand chose : alors, trève de plaisanterie! Sans le WAI et ses barbus-voilées le 20 fév n’a aucune présence sur le terrain! Ce n’est pas le Che de Salé ni les petites pin-up de Casa, ni quelques soutiens virtuels agissant à partir de l’étranger qui vont lui donner une consistance!

  4. Je suis admiratif devant tant d’intelligence dans l’analyse et les arguments « défendables » de cette jeunesse qui s’implique politiquement…Mais il reste que le « dossier Maroc » est lourd d’échecs patents dans la gestion de la « chose politique », tant par les partis dits traditionnels que ceux qui se prétendent progressistes…Le nœud du problème n’est pas tant la compétence avérée ou non des formations politiques en présence, mais leur inclinaison morbide à « jouer » plus royaliste que le Roi! Et ainsi dénaturer le rôle pour lequel ils ont été désignés pour gouverner: agir en conformité avec leur propre « feeling » et non sous l’injonction du Palais (ou de ses affidés). Cinquante ans de Pouvoir absolu ont laissé des marques (et une culture) indélébiles! D’où mon scepticisme sur les résultats des prochaines élections: sans une nouvelle génération de leaders politiques (sans accointances avec le makhzen) pas de renouveau politique à entrevoir ni de véritable démocratie à envisager, dans un pays qui pourtant présente tous les stigmates d’une ère nouvelle qui s’installe en douceur, véhiculant un espoir « raisonnable » de changement, dans les « habitudes » de gouvernance de nos dirigeants. Espoir, à l’heure où je parle, sans lendemain!

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