Royaume uni : Comment un mot clé sur l’islam a été détourné de son sens sur Twitter

02.08.2011 | Ange Pambou |  Global Voices

Sanum Ghafoor qui répond sur Twitter au pseudo de @Strange_Sanum est une jeune étudiante musulmane de 19 ans vivant au Royaume-Uni. Irritée par la manière dont les musulmans sont systématiquement montrés du doigt au moindre acte de violence, notamment après les attentats d’Oslo la semaine dernière, Sanum s’est lâchée sur Twitter en postant à partir du mot clé #blamethemuslims (la faute aux musulmans) quelques messages acerbes et pleins de sarcasme, comme celui-ci :

 » @Strange_Sanum : Et c’est reparti ! Rejetons la faute sur les musulmans pour tout ce qui marche de travers dans le monde. »

Et elle a continué à envoyer un certain nombre de tweets en utilisant le mot clé #blamethemuslims :

« @Strange_Sanum : J’ai pas de boulot. La faute aux musulmans ! (#blamethemuslims) »

Ses amis et ses suiveurs se sont emparés du mot clé, suscitant un très grand nombre d’échanges qui l’ont rendu célèbre en Angleterre dans un premier temps et au-delà des frontières ensuite. Comme il arrive souvent avec les mots clés qui atteignent ce niveau de popularité, #blamethemuslims a commencé à être utilisé hors contexte, ne servant plus qu’à exprimer la frustration d’un grand nombre de twittonautes.

Sanum a commencé à recevoir des messages de haine et même des menaces de mort de la part de certains utilisateurs. D’autres ont pris le mot à la lettre et se sont mis à poster des messages anti- musulmans. Les échanges sont devenus incontrôlables, le fil est devenu l’un des plus suivis sur Twitter, de plus en plus d’utilisateurs sont venus s’y joindre en donnant leurs avis et en exprimant leur frustration.

Sur son blog, Clare Neruda décrit toute l’ironie de la situation et la manière dont ce mot clé a été détourné de son sens originel :

 » Malheureusement, il semble que beaucoup de gens n’ont pas compris l’ironie de l’affaire. Plusieurs internautes ont réclamé que le fil soit sorti des “trending topics”,  la liste des sujets les plus discutés sur Twitter (et parmi eux,  étrangement, un grand nombre de gens qui trouvaient injuste que #blamethemuslims y figure alors que le mot clé #justinbieber en avait été exclu). D’autres craignaient les conséquences que pourraient avoir ces échanges. La plupart des gens ne semblent avoir utilisé le mot clé #blamethemuslims que pour exprimer leur colère face à ce fil dont ils estimaient qu’il véhiculait des opinions racistes, sans chercher à connaître ce qui l’avait motivé au départ. La situation est devenue doublement ironique : en voulant débarrasser le monde (de Twitter) d’un “mal” qui n’était en fait que le produit de leur mauvaise interprétation, des millions de gens ont donné libre cours au type  même de comportements que Sanum cherchait à critiquer. »

Et voici une citation tirée d’un entretien avec Sanum par Nabeela Zahir :

« Sanum estime que le succès rencontré par le mot clé souligne un besoin latent dans la société de discuter de la perception que les gens ont des musulmans ainsi que de la popularité grandissante de l’extrême droite en Europe. Les reportages réalisés après les attentats d’Oslo participent d’une tendance générale à voir dans les musulmans des gens agressifs et fondamentalistes.

Après le 11 septembre, le ton général des médias vis-à-vis des musulmans a changé ainsi que la nature des reportages réalisés sur eux. Le problème, ce n’était plus des gens pas bien dans leur tête qui se servaient de  la religion pour justifier leurs actes de violence, mais l’islam lui-même. Et ça n’a pas arrêté depuis lors.

Sanum espère qu’à travers l’humour et la satire, elle pourra démontrer qu’un musulman n’est pas un terroriste. Elle espère qu’en démontrant que les musulmans peuvent aussi avoir de l’humour, les gens comprendront mieux  l’islam. »

Twitter est devenu un outil indispensable à la diffusion de l’information. Mais de même qu’il est important de vérifier ses sources, il faut de même garder à l’esprit que toute information doit être remise dans son contexte. Les discussions suscitées par le mot clé #blamethemuslims montrent bien comment une information lancée avec toutes les bonnes intentions du monde peut finir par être contre-productive.

« @Strange_Sanum : Ce sujet me dépasse. Les discussions qu’il a engendrées mettent en lumière les préjugés que de plus en plus de gens ont sur les musulmans. »

Continuez à poster des mots clés. Mais quoi que vous fassiez, réfléchissez-y à deux fois avant d’accuser les musulmans (#blamethemuslims)

Ecrit par Gilad Lotan · Traduit par Ange Pambou  . Lire Le billet original [en] : ici

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