Minuit moins cinq pour l’absolutisme

19.08.2011 | Salah Elayoubi |  eplume.wordpress.com

Il est, désormais, de notoriété publique, que le portefeuille du ministère marocain de la jeunesse et des sports n’échoit ni aux lumières, ni aux compétences.

Aucun de ceux qui furent, un jour, en charge de ce portefeuille,  n’auront marqué le sport, la jeunesse ou nos esprits de leur empreinte.  Jusqu’à Nawal El Moutaouakil, notre première médaille olympique féminine,  dont la lamentable  inclination à passer, à tout bout de champ, la brosse à reluire au roi et à la famille royale, n’avait d’égale que sa propension à l’opportunisme, au devoiement et détournement des moyens de l’administration, et des deniers de l’Etat, pour se mettre en scène,  auprès du comité olympique,  s’y assurant  ainsi, à moindre frais, le prolongement d’une  carrière sportive, sitôt entamée, sitôt avortée.

L’actuel locataire du ministère,  a assisté, lundi 15 août,  à la cent onzième séance plénière de l’Assemblée Générale des Nations Unies, consacrée à la jeunesse.

Il  n’a pas trouvé mieux que prononcer  un discours tellement pauvre et emberlificoté, qu’il en est devenu incompréhensible. Notre homme qui ne craint plus le ridicule, depuis fort longtemps,  a relevé, à titre d’exemple que les jeunes sont devenus une force essentielle, avec pour instrument de choix l’Internet.

Mazette, mes amis ! Quelle découverte !  Quelle éloquence !

Ainsi, le peuple marocain offrirait  un déplacement en classe affaires, agrémenté d’un séjour dans un hôtel  luxueux, repas inclus,  adjugerait une dotation de voyage journalière équivalant à plusieurs mois du SMIG marocain, pour voir notre piètre représentant et ses accompagnants,  jouer aux riches, se pavaner dans les couloirs de l’ONU et par-dessus tout, se fendre de lapalissades,  dignes d’un congrès de perruches sur les perchoirs de la canopée équatoriale.

Un peu plus loin, le ministre  poursuit :

« Ceci pose  la problématique des moyens modernes de communication et en particulier du recours à l’Internet dans le travail des institutions, de l’impact de ces effets sur la communication avec les jeunes et de la disposition à appliquer rapidement les politiques publiques voulues par les jeunes. »

Comprenne qui pourra et langue au chat !

Mais la perle  est à venir lorsque, enfin, tombe le masque et apparaît au grand jour, le véritable  but du périple américain et de cette intervention bidon :   « la nouvelle Constitution est plus réactive aux aspirations du peuple marocain, y compris les jeunes. ».

Ainsi, au lieu de se servir de cette prestigieuse tribune pour exposer des projets pour l’avenir du sport et de la jeunesse et tenter de lever des fonds pour les financer, notre ami  sillonne le monde pour la défense du régime et de ses théses absurdes.

Dans les coulisses des Nations-Unies,   les diplomates marocains, secondent le ministre et  hantent les couloirs et les sous commissions, pour expliquer les bienfaits de la nouvelle constitution, dont Ali Anozla, dit:

« La nouvelle Constitution renforce la structure du despotisme politique qui existait sous la précédente Constitution. Ce n’est qu’une question de temps avant que les Marocains ne réalisent qu’elle ne va pas changer grand-chose ».

A ceux de leurs interlocuteurs qui s’enquièrent des motivations de ces manifestants qui, depuis le 20 février, descendent dans la rue, dans une cinquantaine de villes marocaines, nos représentants, entonnent, à l’unisson, un « J’ignore ce qu’ils veulent !».

Pourtant cela fera six mois, ce samedi,  que le pays crie ses revendications, celles-là mêmes qui sont écrites, couleur sang larmes et courage, sur le mur de notre histoire, depuis que le protectorat français a cédé la politesse à son vassal, le colonialisme alaouite.

A présent, et  si, par équité, on donnait un droit de réponse à nos jeunes, en leur permettant l’accès à cette prestigieuse tribune, afin qu’ils nous  délivrent  une explication de texte de cette constitution prétendument démocratique .

Et si  on y écoutait s’exprimer,  ceux d’entre nous, que le régime darde de ses assiduités criminelles, au moment même où il prétend faire sa mue ?

Et si, enfin, pour une fois, au lieu de prêter l’oreille aux dictateurs,  beaucoup  trop nombreux à se succéder à cette tribune, on écoutait le peuple et rien que le peuple,  exprimer ses souffrances,  sous le joug d’un régime hypocrite et impitoyable ?

Tous ces intervenants raconteraient, sans doute, une toute autre histoire,  que celle de l’exception marocaine que colportent les affidés du régime.

Sur la constitution, ils dévoileraient  le mode opératoire,  l’identité de ses concepteurs,  et  rappelleraient l’histoire de cette monarchie qui, chaque fois, qu’elle a suscité indignation et levée de boucliers, s’est évertuée à nous resservir  la recette éculée d’une énième révision constitutionnelle et du référendum plébiscitaire, autant de plats réchauffés et de ruses effilochées, qui ne trompent désormais plus personne.

Nous donnerions la parole, par exemple à la jeune Ilham Hasnouni, qui nous raconterait son interpellation ou plutôt son enlèvement devant le domicile familial, ses nombreux  passages à tabac et séances de tortures et d’humiliation au commissariat et le calvaire de dix mois dans une prison, sans jugement,  pour avoir pris part à une manifestation dénonçant les conditions sanitaires du restaurant universitaire.

Ilham est libre depuis quelques jours. Curieusement, la peine prononcée couvre la période de la détention provisoire. Un verdict entaché de déshonneur, pour le système juridique marocain qui n’en sera pas à une injustice près. « Force doit rester à la loi !»,  expliquent les juges, peu scrupuleux de voir triompher le droit.

Nous pourrions également entendre Bouchta Charef, qui n’a jamais autant mérité son nom, que depuis son passage dans les geôles secrètes de Témara, où des monstres de sadisme et d’inhumanité,  lui ont administré les pire tortures, pendant dix jours interminables,  pour lui faire avouer, entre autres inepties………..son vrai nom, puis lui infliger vingt jours supplémentaires de détention secrète……..pour panser les blessures abominables qui lui font dire qu’il n’attend plus que la mort !

Il  fondrait en larmes, en évoquant comment,  pour les besoins de la fiche anthropométrique, ses bourreaux ont camouflé les meurtrissures et les hématomes, sur son cou et sa poitrine, avant de le prendre en photo. Il nous narrerait enfin, comment croupissent dans des cul-de-basse- fosses,  plus de cent cinquante de nos compatriotes, tous innocents et dont certains sont décédés de maltraitance, comme le Docteur Mohamed Bounit,le Cheikh Zakaria Miloudi, Abdelhak Moulsabbat, Cheikh Lamine. Autant de meurtres passés  sous silence.

Accéderaient également,  à cette estrade,  ceux à qui est donnée la mort lente, par l’exclusion, le  bannissement, et l’ostracisme,  pour avoir scrupuleusement accompli leur devoir professionnel  ou dénoncé la corruption, le népotisme et le pillage des ressources du pays. Certains d’entre eux, journalistes, ceux qui ne croupissent pas dans les prisons marocaines, pourraient méduser l’assistance à l’entretenir sur la façon dont  le régime les a harcelés, espionnés, pourchassés, poursuivis, éreintés, avant de leur préméditer un blocus et une mise au ban économiques, jusqu’à une faillite cousue de fil blanc !

Si nous étions en démocratie, Ahmed Benseddik n’aurait tout simplement jamais écrit cette phrase au roi:

« Faites ce que bon vous semblera.Tuez-moi autant de fois que vous le voudrez ! Sans vous soucier des conséquences…Comme, malheureusement, cela est dans votre habitude. »

Pas plus que cet autre exilé, Ali Aijjou, n’aurait écrit un beau matin du 25 juillet 2011, date anniversaire de sa fuite rocambolesque du Maroc, pour sauver sa vie:

« Mes deux parents, mes quatorze oncles, ma seule et unique tante, mes deux demi-frères ainsi que mon fils aîné sont morts. J’ignore jusqu’à l’emplacement de leurs tombes. »

« Si je veux bâtir une cité, je prends la pègre et la racaille et je l’ennoblis par le pouvoir. Je lui offre d’autres ivresses que l’ivresse médiocre de la rapine, de l’usure ou du viol »

En rédigeant cette phrase, Antoine de Saint-Exupéry, ignorait qu’il faisait la chronique prémonitoire de la monarchie marocaine et des crapules qu’elle a engendrées ou adoubées.

Il est minuit moins cinq dans l’échelle du temps de la monarchie marocaine. Et même s’il ne s’agit là que d’une allégorie, un jour nouveau se lève sur notre beau pays et le régime joue les cinq dernières minutes de son existence.

L’avenir qui s’annonce se conjuguera désormais avec des mots comme liberté, dignité, égalité, une trilogie qui fait encore tousser ceux qui ont fait de la défense  de la dictature leur cheval de bataille et leur champ d’honneur.

Et même si le chemin qu’il nous reste à parcourir est ardu et escarpé, il est tout autre chose que le combat d’arrière-garde que nous livrent les ennemis de la liberté !

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Illustration concernant le détenu « Bouchta Charef »:

[youtube:http://www.youtube.com/watch?v=vl-r6zV8vjw&w=400&h=300%5D

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Un commentaire pour Minuit moins cinq pour l’absolutisme

  1. mouka dit :

    Le probleme au Maroc, c’est que ce sont les pistonnes qui dirigent. Pas les comptents.

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