Nihilisme et béni-oui-ouisme les deux faces d’une même pièce

Karim Tazi |   02.09.2011  |   eplume.wordpress.com

Les attaques contre les nihilistes, récurrentes dans le discours du pouvoir marocain depuis 2004, ont connu, depuis le référendum constitutionnel et la fin de la « grande peur du Printemps arabe »,  une résurgence exceptionnelle. Consacrées à deux reprises dans les discours du Trône et de la fête de la Jeunesse, elles ont été depuis, reprises en chœur par le gouvernement pour faire taire tous ceux, PJD en tête, qui oseraient émettre des doutes sur la faisabilité d’élections honnêtes à la date du 25 Novembre.

Rappelons sa définition, le nihilisme est un « Système politique qui vise à la destruction de toutes les institutions religieuses, sociales, politiques. » Au Maroc , le mot a d’abord été utilisé en réponse aux critiques très dures d’une certaine société civile et de certains de ses portes paroles comme les journalistes AbouBakr Jamaï et Ahmed Reda Benchemsi. Il est d’ailleurs intéressant de noter que les premiers « nihilistes » étaient en fait d’ex fans du nouveau règne, déçus et désillusionnés.Puis, cette acusation de nihilisme a été  étendue à tous ceux, journalistes, militants ou politiques, qui étaient perçus comme des critiques systématiques du pouvoir.

Le concept a ainsi connu une première onction officielle dans une tribune de Khalid Naciri publiée suite à la réaction très vive d’une partie de l’opinion publique marocaine, défavorable à la saisie et à la destruction du n° de TelQuel contenant un sondage sur la popularité du Roi. Le nihilisme au Maroc est inséparable de son symétrique qui est le béni-oui-ouisme qui caractérise le discours des partis politiques et des médias officiels.

Il est possible que les discours sur le nihilisme et les attaques contre les nihilistes ont été développés comme une pathétique alternative aux pratiques de répression physique que  la fin des  des années de plomb a aboli.

On peut également penser que si « nihilisme » il y a, il n’ a été qu’une réaction au discours de ceux, très nombreux chez nous, qui approuvent systématiquement et bruyamment toute prise de position ou toute proposition de l’ autorité. Nihilisme et béni-oui-ouisme sont inséparables, et ceux qui attaquent aujourd’hui  les nihilistes seraient bien avisés de commencer d’abord par désactiver le zèle des applaudisseurs patentés et démanteler un système dans le cadre duquel les marocains n’ont d’autre choix que d’approuver sans réserve, ou se retrouver accusé de nihilisme. il m’est déjà arrivé de le dire dans cette page, au Maroc nous avons apporté des améliorations au vocabulaire français, ainsi, la modération est la qualité que l’on reconnaît à ceux qui ont appris à accepter l’inacceptable, quant au nihilisme, c’est la tare dont on affuble ceux qui n’ont pas encore réussi à s’y résoudre.

Pour revenir à cet « après 20 Février » , on ne peut que s’étonner de voir que le PJD qui a pourtant rendu un historique service au pouvoir en ne rejoignant pas le 20 Février et en appelant à voter « oui » à la constitution, se voit à son tour classer parmi « les ennemis de la patrie » pour avoir osé dire tout haut ce que la plupart des marocains pensent tout haut, à savoir que dans ces délais, cette précipitation et ce manque de préparation, les prochaines élections n’ont que peu de chances d’apporter le changement dont le pays a tant besoin.

Mais, las, le pouvoir est allergique à toutes les réalités désagréables et malheur à ceux qui osent les lui rappeler. il ne veut entendre qu’un refrain et c’est  « tout va très bien,  Mme La Marquise ». Le problème est que ces réalités sont non seulement désagréables, elles sont également têtues et se rappellent tous les jours à notre bon souvenir:

  • à trois mois des élections aucun de nos valeureux partis n’a de programme politique, ni la moindre idée de comment , une fois au pouvoir , il va faire face à l’état désastreux de nos finances publiques.
  • à moins de 100 jours de la date fatidique pas le moindre signe de renouvellement des instances qui permettrait de faire émerger de nouvelles têtes susceptibles de nous donner envie de les écouter.
  • à 12 semaines d’un rendez vous crucial nos chers médias officiels, SNRT en tête , continuent de nous chanter une chanson qui n’a pas changé d’un bémol  depuis des lustres. Combiné aux séries qu’elles nous ont concoctées pour ce Ramadan, ce cocktail n’a que peu diminué notre état chroniquement nauséeux.

On nous dit, cependant, que notre ministre des finances aurait très récemment confié à un cabinet d’études le soin de lui concocter un programme de gouvernement à nous présenter lors de cette campagne électorale qui promet d’être palpitante. Nous sommes impatients d’admirer ce prodige de Power Point qui est actuellement en gestation..

En attendant, et puisque la rentrée est toujours propice aux bonnes résolutions, je vais en ce qui me concerne en prendre une et essayer de m’y tenir: prendre acte , en fonction de tout ce qui a été dit plus haut, du fait que  JE SUIS UN NIHILISTE et que je n’ai aucune honte à le reconnaître.

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2 commentaires pour Nihilisme et béni-oui-ouisme les deux faces d’une même pièce

  1. Asçotta WellCaball dit :

    Nous sommes tous des NIHILISTES ! Nous sommes tous des ATHÉES ! Nous sommes tous des CROYANTS ! Nous sommes tous des islamistes ! Nous sommes tous des communistes ! Nous sommes tous des néo-con. ! Nous sommes tous des libéraux ! Nous sommes tous des MARXISTES ! Nous sommes tous des ADLISTES ! Nous sommes tous des VINGTFÉVRIERISTES ! NOUS SOMMES DES MAROCAIN(E)S !

  2. Hassan dit :

    « à trois mois des élections aucun de nos valeureux partis n’a de programme politique, ni la moindre idée de comment , une fois au pouvoir »
    Les marocains sont pleins de contradictions. Ils ont voulu un changement de constitution; ils l’ont eu. Ils veulent des élections libres; ils les auront. Maintenant qu’ils ne savent pas pour qui voter ? C’est leur problème.
    Ce serait bien que les 20 Février se présentent aux élections avec un programme. Le problème c’est qu’ils n’en ont pas et qu’ils ne sont parait il pas un parti poloitique. Je ne parle pas de « cliché, mais d’un programme chiffré et détaillé. Repousser les élections à plus tard ? Pour quoi faire. Les partis devraient avoir leur plateforme, leur candidat ou représentant. Qu’est ce qu’ils font toute l’année ? Cela ne changera rien de toutes les manières, car tous ces partis sont nuls et la seule chose qu’ils savent faire, c’est critiquer le système ou se cacher derrière.
    Le seul qui fait quelque chose c’est le Roi. Je sais, c’est ringard de le dire, pas dans le vent. Entretemps si on laissait tous les béni non-non gérer ce pays, ce serait Casa aux heures de pointe, à savoir l’embouteillage avec les insultes et la pollution.
    Les marocains adorent argumenter, même lorsqu’il n’y a plus rien à dire, critiquer, comploter et lorsqu’ils ont refait le monde à la terrasse d’un café pendant les heures de bureau, ils repartent sans avoir rien changé ancrés dans leur tradition et immobilisme.

    Appelez moi Ben Hi Oui Oui

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