11 septembre 2001, le tremplin pour la crapulocratie

06.09.2011 | Salah Elayoubi |  eplume.wordpress.com

Le 11 septembre 2011, le monde célébrera un triste anniversaire, celui des attentats terroristes, qui ont endeuillé les Etats-Unis, il y a bientôt dix ans.

Les images insupportables des deux avions de ligne,  percutant les Twin Towers, le feu ravageant les deux  tours, les dizaines de civils se défenestrant, pour échapper aux flammes et l’effondrement final des deux immeubles aux structures ravagées  par le feu, resteront, à tout jamais, gravées dans nos mémoires traumatisées.

Mais si les images abominables, passées en boucle, par les télévisions du monde entier, continuent de hanter les uns et les autres, le pire était à venir, lorsque Georges Bush,  poussé par les faucons de l’Administration et le complexe militaro-industriel américains,  prononçait cette phrase, qui en disait long sur le simplisme de ses mécanismes intellectuels, la primarité de son intelligence politique, la brutalité de sa détermination et la suite que l’Amérique, blessée dans son orgueil national, entendait donner à la lutte contre le terrorisme :

– « Either you are with us, or you are with the terrorists. »

L’acte perpétré par des terroristes originaires de pays arabes, contre des civils innocents,  sur les lieux de leur travail, aura, essentiellement,  eu pour effet immédiat,  de jeter une  lumière particulière sur nos pays, gouvernés sans exception, par des dictateurs. Ces derniers n’auront pas manqué d’interpréter  le discours du Président américain, pour ce qu’il était: un coup de semonce, sans frais,  destiné à leur rappeler que leur pouvoir avait, soudain, pris des allures de siège éjectable, sauf à souscrire, sans condition, à la guerre totale, que l’Amérique allait initier contre le terrorisme.

Pris de court, Mohamed VI, encore inexpérimenté,  n’aura guère tergiversé longtemps, avant d’emboîter le pas à Georges Bush. Alors même qu’il bénéficie d’un quitus d’honorabilité et d’un capital de sympathie indiscutable, Il mettra autant de zèle à conforter sa condition de vassal de  l’Oncle Sam, qu’à asseoir son autorité de suzerain brutal et sanguinaire sur ses compatriotes.

Privé de l’artisan du tout sécuritaire et  du champion de la coordination des services,  qu’était un Driss Basri, débarqué brutalement, en novembre 1999, le roi s’en remet, naturellement,  à la grâce de ses services de sécurité pléthoriques et à l’aile absolutiste de son administration, qui prennent aussitôt, au pied levé, les commandes de la lutte anti-terroriste.

Lâcheté et compromission du régime

Le régime jette le masque et révèle sa véritable nature, un mélange de lâcheté et de compromission.

En effet, autant les autorités marocaines semblent empruntées, face au puissant allié, dont elles doivent satisfaire les exigences, autant elles s’enhardissent, face à des activistes  pacifistes, pour leur grande majorité.

Atterrée  par l’ampleur des attentats du 11 septembre et la folle témérité de leurs auteurs, la communauté internationale observe, en silence,  la tragédie qui se déroule sous ses yeux, rentre la tête dans les épaules et prie tous ses dieux pour qu’ils lui épargnent le prochain coup d’Al Qaida.

Pour s’être allié aux USA, le Maroc fait, lui-même, l’objet d’attentats islamistes, le 16 mai 2003. C’est, à tout le moins, la version que nous sert le régime marocain.

L’opacité de l’enquête qui s’ensuit, la culture du secret et le mutisme des autorités, apportent de l’eau, au moulin des conspirationnistes.

Mais le régime n’en a cure.

Il ne s’embarrasse ni de préjugés, ni de préliminaires.

La loi anti-terroriste qui est votée, laisse les coudées franches, aux spécialistes de la torture et  justifie les graves atteintes aux droits de l’homme et les crimes, dont se rendent coupables les services de sécurité.

Hassan II avait ses gauchistes, Mohamed VI aura  ses islamistes.

Le  premier avait les points fixes et autres Dar El Mokri, le second aura le centre de la DST de Témara.

Un pas supplémentaire est franchi par le régime, dans l’échelle de  l’ignominie lorsque, non content de torturer ses propres citoyens,  celui-ci  sous-traitera la question,  pour le compte de ses « alliés », que les basses besognes répugnent.

Acheminés depuis l’Afghanistan, tels du bétail,  par ces charters de la honte que sont  les 130 de l’armée américaine, des  citoyens  de différents pays, échouent au centre de la DST de Témara,  où,  pour leur arracher d’hypothétiques révélations, sur la cache d’Oussama Ben Laden ou les plans d’action d’Al Qaida, d’abominables tortures leur sont infligées, sans répit,  jour et nuit.

Aucun aveu déterminant ne sera jamais arraché à ces pauvres bougres, dont beaucoup, n’avaient effectué le voyage en Afghanistan, que pour ressourcer leur islam et parfaire leurs connaissances théologiques, auprès de ces coreligionnaires, dont le monde entier admirait la victoire,  sur les soviétiques et dont on disait qu’ils la devaient à leur  foi inébranlable.

Notre pays se sera, une fois de plus, fourvoyé dans une indignité supplémentaire. Inutilement

Les journalistes « à la presse »

Conforté par le soutien indéfectible, des puissances occidentales et le silence gêné d’une communauté internationale tétanisée par la peur du terrorisme, le régime étend son bras séculier, à tous ceux qui dénoncent ses errements. Les journalistes indépendants sont en première ligne, et subissent la vindicte du pouvoir pour avoir, simplement, voulu informer le lecteur. Dans ce que Ahmed Benchemsi avait qualifié de «logique de vengeance et d’intimidation», Leur outil de travail subit toutes sortes de tracasseries administratives, de blocages ou de boycotts, qui, avec les condamnations exorbitantes, prononcées par une justice aux ordres,  les obligent à mettre la clé sous le paillasson et les employés au chômage. Ali Lmrabet, Taoufiq Bouachrine, Idriss Chahtane, Ali Anouzla, et d’autres gardent un cuisant souvenir de leur passage aux mains de la justice.

Les crapulocrates au pouvoir

Pendant que les tenants de l’absolutisme s’attaquent à nos libertés, ceux de l’affairisme, Mohamed VI,  en tête,  s’en prennent aux richesses du pays. Non content d’avoir la haute main sur tous les secteurs de l’économie, le roi inaugure une première, en ouvrant la prédation à sa famille, suivie de son entourage et de sa cour. Tout ce que Mohamed VI et sa famille ont raté,  dans un premier passage, est systématiquement ramené par les courtisans qui, en ratissant large, rapportent, comme des chiens de chasse,  jusque dans le giron de la monarchie, la moindre opportunité de faire du chiffre sonnant et trébuchant.

L’objectif tant vanté par le régime,  d’accueillir une dizaine de million de touristes en 2010, n’aura profité qu’à une minorité de crapulocrates qui utilisent les outils de l’administration, pour attirer les promoteurs du tourisme.

Nos ambassades à l’Etranger participent, bien souvent à leur insu, au rabattage des investisseurs qui se retrouvent parachutés dans les hautes sphères où, moyennant la dîme et l’association avec qui de droit, bénéficient de fabuleux sites à vocation touristique, à vil prix, de passe-droits et protections, qui leur permettent d’échapper aux procédures d’autorisations de construire, de prêts bancaires avantageux et d’autorisation de saccager impunément des sites écologiques d’une valeur inestimable.

Le menu fretin, échoit à une bande de faiseurs de bas étage, qui n’ont rien à envier aux héros du film, « l’arnaque ». Tout est bon pour soutirer à l’investisseur étranger, une partie de son capital et de son bénéfice.

Ainsi,  pendant que le régime se fend de beaux discours sur la corruption, ou met en place des instances de lutte contre celle-ci, au sommet de l’Etat, un tout autre signal est envoyé aux amateurs de coups fumants :

–          « il suffit d’avoir le bon parapluie et de payer le juste prix »

Dix ans après le 11 septembre, la guerre contre le terrorisme est un cuisant échec, pour le camp des démocraties, qui évoquent un retrait d’Afghanistan, au moment même, où les talibans s’enhardissent jusqu’à Kaboul, pour y mener d’audacieux coups de mains, contre le gouvernement d’un Hamid Karzaï, champion des corrompus.

L’Amérique aurait pu s’éviter  l’élection d’un Georges Bush, aussi stupide que cynique, inculte et  brutal, s’épargner tant de morts, de blessés et de dollars dilapidés, qui  n’auront, au  final,  servi à rien d’autre, qu’à creuser, encore plus,  le déficit américain et le fossé entre les trois religions monothéistes, qui s’en seraient bien passés.

Quant à nous, certains affirment que le printemps marocain trouverait ses origines avant le  20 février 2011.

Assurément !

Les marocains n’ont jamais cessé de revendiquer leur liberté et leur dignité,  perdues avec le retour de la monarchie, qu’ils avaient, pourtant,  largement contribué à remettre en selle.

Mais en déclenchant chez les dictateurs arabes, un sentiment d’impunité, la guerre contre le terrorisme aura surtout dévoilé leur lâcheté, leur affairisme criminel et leur compromission, autant de « qualités » dont notre peuple ne veut plus !

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