B comme Bush ou comme Belhaj

12.09.2011 | Mohamed  Larbi Ben Othmane  |  eplume.wordpress.com

Wikileaks contient beaucoup de choses. Un vrai  capharnaüm. Une réelle caverne d’Ali Baba quand on sait avec quoi et par qui elle a été remplie. Depuis qu’elle a commencé à délivrer ses secrets les confidences, d’ici et d’ailleurs, le disputent aux révélations. Récemment, – c’est l’objet de cette contribution,- elle nous a même parlé du sentiment amoureux des islamistes à l’égard des américains.

En fait, ce grenier est une idée géniale fait d’investigation, de courage politique, de divulgation et de recherche de la vérité. Wikileaks est comme un bon flic doublé d’un greffier attelé à constituer un grand archive. Ces deux-là n’obligent personne à parler. Mais, ce qui y est dit et consigné dans certains lieux ou devant des officiels qui relèvent du contribuable américain peut être mis en ligne et porté sans trop de censure à la connaissance de l’opinion publique. Une bonne pratique démocratique mais pas  seulement. C’est aussi une invitation à parler à ces gens avec intelligence. Une façon de dire aux amateurs des cénacles fermés que tout ce que vous dites peut en sortir avec perte et fracas et vous en serez tenus devant cette même opinion publique.

 Une Puissance si aimable

L’opinion publique marocaine a ainsi appris dernièrement, en plus de ce sentiment amoureux des islamistes, que les américains ont empêché  la visite au Maroc de Khalid Méchaal, numéro un élu du Mouvement Hamas  et qu’ils sont aussi à l’origine de la rupture des relations diplomatiques de notre pays avec l’Iran. Suite à une  pression aimable d’une  Puissance si amicale qui ne peut être contrariée. Une puissance qui ne nous veut, ainsi qu’aux Arabes en général, que du bien. N’a-t-elle pas annoncé sans état d’âme et avant discussion qu’elle utilisera son droit de veto au Conseil de Sécurité contre la demande de la Palestine visant à être reconnue comme Etat membre des Nations Unies. Ouf ! Heureusement que le Maroc n’est pas membre de ce Conseil en ce  moment.

Pour revenir à ce sentiment amoureux des islamistes, le Maroc a donc exprimé, selon la presse locale, de la sympathie et de la commisération en avouant à un représentant américain mandaté que les islamistes ne les aiment pas du tout, et cela qu’ils soient radicaux ou modérés.  C’est une confidence un peu forte de café.  Soit ! Mais, ce type d’interlocuteurs américains savent-ils du moins globalement ce que « islamiste » veut dire ? Ignorent-ils, par ailleurs, les bras de fer dont ils sont coutumiers à l’égard de tout ce qui leur portent la contradiction ?

Sans abonder dans les arguties, l’idéologie islamique dans son ensemble se nourrit et s’appuient en matière de gouvernance sur deux principes ; plus un qui trace la frontière entre radicaux et modérés. Les trois principes sont tirés du Saint Coran. Le premier commande de « Juger d’après ce qu’Allah a fait descendre » au risque d’être considérés comme « mécréants » et comme « injustes » (V. 44, 45). Cela mène tout droit à la Choura(concertation/démocratie) comme pré requis de la relation gouvernés – gouvernants. Le second dit « Ne vous appuyez pas sur les injustes, de sorte que vous serez atteint par le feu (de l’enfer)… Et vous ne serez pas secourus » (XI. 113).

Pour les croyants en quête de récompense divine, ces deux principes sont une ligne de vie et on ne peut sans bafouer leur foi les en extraire ou leur proposer de s’en détourner. C’est en cela qu’il tente de vivre et d’exister.

Le troisième principe énonce « Nulle contrainte en religion. Le bon chemin est distinct de l’égarement » (II, 257). La ligne de démarcation entre modérés et radicaux se situerait, suite à ce principe, par rapport au libre arbitre que le Livre Saint reconnaît à chacun et à la liberté de décider pour soi sans se croire investi  d’une obligation de soumettre quiconque à sa vision de la pratique religieuse. Les modérés seraient proches de ce principe, les radicaux  plus rigoureux. Par ignorance parfois, à l’excès.

Alors, si la foi est ancrée dans ses principes qui commandent 1) de gouverner d’après ce qu’Allah a fait descendre, 2) de ne pas s’appuyer sur  les injustes et les mécréants qui s’en détournent et cela 3) même si la règle est de refuser la contrainte en religion, comment demander alors sérieusement et sans rire  aux croyants de se mettre sous la bannière américaine aussi étoilée soit-elle. Comment les fustiger s’ils ne l’aiment pas ?

Le faire, c’est se mettre à des années lumières de la logique du croyant et du discours pour lui audible ou simplement déchiffrable. Surtout que les islamistes en question, radicaux comme les autres, demandent plutôt un dialogue franc et cartes sur tables. Surtout qu’ils ont eu plus que les autres à souffrir dans leur chair et au-delà, de la politique de l’administration américaine et de ses effets. Ils savent que cette administration avait besoin d’un ennemi. Qu’elle a fait d’eux un bouc émissaire partout dans le monde. Et, la part qu’elle a réservée en ce sens aux nôtres, avec le soutien local, n’est pas en reste.

Alors, comme dirait quelqu’un, comment on fait ? On leur dit quand même d’aimer ce sympathique Oncle Sam ? Parlons plutôt de l’administration de Mr Bush et du legs qu’il a laissé au monde. On va adorer.

           Que des intentions d’amour !

Mr Bush Jr est le fils de son père pétrolier du Texas associé à la famille Saoud et accessoirement pilier de la CIA. Après sa première élection présidentielle douteuse, il est installé à la tête de l’Exécutif  américain flanqué d’un certain Dick Chenney, Vice-président,  qui ne jure que par le pétrole des autres. Un super faucon parmi les faucons. C’est lui qui prend les rênes du pouvoir à la suite de l’attentat du 11 Septembre. Bush est abasourdi et éloigné mais se ressaisira. S’en suivra une lutte  sanglante dite contre le terrorisme, la guerre contre l’Afghanistan et la destruction de l’Irak qui n’avait rien à y voir mais qui regorge de pétrole. Jusqu’à aujourd’hui,  l’Amérique n’a pas fini de vouloir se dépêtrer de ces guerres meurtrières et injustes. Les morts de civils et d’innocents se comptent par millions. Les tragédies humaines qui s’en suivent, dépassent la descente aux enfers.

Le Patriot Act ou loi dite antiterroriste est prise dans la volée. Elle est considérée comme la loi la plus liberticide imaginée jusqu’ici. Elle justifiera toutes les exactions et les abus qui seront réservés en priorité aux prisonniers de  Guantanamo qui sont en totalité de confession musulmane. Beaucoup de pays dont le Maroc qui par excès de zèle la rendra plus insupportable, l’introduiront dans leurs législations internes. Ses victimes se compteront par dizaines de milliers. Certains condamnés de façon rétroactive contrairement et en violation des principes les plus universellement reconnus. Pour compléter ce paysage de cauchemar,  nul besoin de rappeler aussi la crise financière de 2008 due aux subprimes tolérés par son administration ou les  autres legs néfastes que la présidence Bush Jr  a laissé à son successeur : un pays quasi partout détesté et en quasi faillite financière. Et c’est cela que l’on voudrait voir aimé par les  islamistes en général ?

Ne comprendrait-on pas que les sympathies islamiques aillent plutôt aux antipodes de ce machiavélisme et de cette perfidie criminelle. Aimer  autre chose et regarder ailleurs, ne serait-il pas  justice et nécessité patriotique. Le printemps arabe leur en a donné l’occasion. Les exemples nés de ce printemps commencent à se multiplier et à s’imposer tout naturellement.

Celui issu de la révolution libyenne est typique et éloquent. Abelhakim Belhaj  est l’un des libérateurs de son pays. Il en a fini, en compagnie de ses camarades, avec la dictature de Kaddafi et ses complices occidentaux. Il est ingénieur et entre tôt dans la lutte contre le despotisme local. Il est entraîné en Afghanistan et participe à la libération de Kaboul en 1992. Arrêté par la CIA en 2004, il est livré à la Libye dans le cadre de la livraison des combattants aux pays qui pratiquent la torture. C’est la politique américaine de l’extraordinary reedition.  Libéré après six ans de prison, il apporte à la rébellion son expérience militaire, combat en première ligne et organise la prise de la forteresse de Bab Al Azizia, centre de pouvoir du tyrannique  libyen. Il a donc libéré son pays d’un pouvoir dictatorial et mafieux, et combattu auparavant une domination étrangère menée par des new cow boys qui s’imaginent encore dans un western où la spoliation est le credo ambiant, et où les autochtones doivent subir la loi du plus fort. Pour ces nouveaux colons, comme on disait au Far West, un bon autochtone est un autochtone  mort.

Deux exemples donc. Bush et Belhaj. B comme Bush ou comme Belhaj ? L’occupant et le patriote combattant. Belhaj  a reconquit  la capitale de sa patrie et rappelle calmement à qui veut l’écouter les souffrances et les tortures que lui ont fait subir, hors combat,  le MI6 britannique,la CIA et leurs complices libyens.  Bush est retourné à une vie pénarde. Personne ne parle plus de son alcoolisme ni de ses crises de mysticisme. Il a dit seulement regretter l’époque où il était bichonné à la tête de l’Exécutif américain alors que maintenant, selon ses propres dires, il ramasse les crottes de son chien.

Mais, l’histoire a une suite… Après que Belhaj soit devenu un exemple, les américains annoncent qu’il a été derrière les attentats du 16 mai 2006 de Casablanca. Tiens donc. Ils font savoir aussi qu’ils ont mené enquête. Une annonce qui tombe à pic et en tout cas, au moment opportun. Pas pour l’exemple, mais sans doute pour casser l’exemple.   Décidemment, entre les américains et leurs alliés d’une part, et les islamistes d’autre part, c’est une longue histoire qui n’a pas fini de recommencer. Elle ne se terminera pas pourtant comme celle des indiens avec les américains. Même si comme ils le disaient à propos des indiens, ils  ne devraient pas être peu nombreux à dire en off qu’un bon islamiste est un islamiste mort. Allez avec ça imaginer la profusion d’amour qui envahit les islamistes à l’égard des yankees.

Cet article, publié dans Maroc, est tagué , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Un commentaire pour B comme Bush ou comme Belhaj

  1. ... dit :

    08.09.2011 | Catherine Gouëset |  L’Express

    Libye: Abdelhakim Belhaj, l’islamiste qui remercie les Occidentaux

    Que sait-on du chef militaire de Tripoli, Abdelhakim Belhaj, soupçonné de liens avec Al-Qaïda? Arrêté par la CIA en 2004, il remercie désormais les pays occidentaux pour leur aide dans la chute du régime de Kadhafi.
    Le chef militaire de Tripoli, Abdelhakim Belhaj, inquiète. Ancien combattant en Afghanistan, arrêté par la CIA, il rend pourtant aujourd’hui hommage à l’Otan pour son action en Libye. Mais il est toujours montré du doigt pour d’anciens liens supposés avec Al-Qaïda. Pourtant, dans les interviews qu’il accorde aux médias occidentaux, Belhaj veut rassurer. « L’Occident n’a rien à craindre des combattants libyens », assure-t-il à l’AFP le 6 septembre.
    « Nous voulons un état civil en Libye », expliquait-il au Monde trois jours plus tôt. « Je peux vous assurer que les révolutionnaires libyens n’ont aucun agenda de nature à susciter les craintes de l’Orient ou de l’Occident », déclare le chef du Conseil militaire de la capitale, dans son QG dans l’enceinte de l’aéroport de Mitiga à l’est de Tripoli.
    Né en 1966 à Tripoli, ce diplômé d’une école d’ingénieur est l’un des fondateurs du Groupe islamique combattant (GIC) libyen, « une petite formation ultraradicale qui, dans les années précédant le 11 Septembre, possédait au moins deux camps d’entraînement secrets en Afghanistan », explique Libération. « En Libye, nous vivions sous un régime dictatorial (…) Il n’y avait pas d’autre choix que la lutte armée » plaide-t-il au Monde.
    « Nous n’avions aucun lien idéologique avec Al-Qaïda »
    Pour la suite de son parcours, si l’on en croit son entretien au Monde, Abdelhakim Belhaj quitte la Libye en 1988 pour l’Arabie Saoudite. De là, il raconte qu’il rejoint l’Afghanistan, pays qu’il quitte quand les Moudjahidines prennent Kaboul en 1992. Il voyage alors, en Turquie et au Soudan notamment.
    Interrogé sur ses liens supposés avec le groupe terroriste d’Oussama Ben Laden, Abdelhakim Belhaj rejette ces allégations. « Nous n’avions aucun lien idéologique avec Al-Qaïda. La seule chose, c’est qu’on s’est trouvé en même temps que cette organisation sur le même théâtre des opérations (l’Afghanistan) et cela ne veut pas dire qu’on a les mêmes affinités idéologiques », ajoute-t-il. « Au contraire, défend-il dans son interview au Monde, quand Oussama ben Laden a fondé le Front islamique mondial de lutte contre les juifs et les croisés, à l’automne 1998, nous avons refusé d’en faire partie ».
    Arrêté par la CIA dans le cadre de la lutte contre la nébuleuse Al-Qaïda, il est livré à la Libye et emprisonné. Il est finalement libéré en mars 2010, « à la faveur de la politique de clémence de Seif al-Islam », explique le Figaro, en échange d’une promesse de renoncer à la lutte armée. Le GIC est alors dissout. « Nous avons tenu promesse, dit-il au New York Times, la révolution a commencé pacifiquement, c’est Kadhafi qui a réprimé violemment les manifestations. »
    Quand Abdelhakim Belhaj rejoint les rangs de la rébellion, il apporte l’expérience militaire qui fait défaut aux jeunes combattants. Il rallie le maquis du Djebel Nefousa, détaille Le Figaro, et participe « en première ligne aux opérations qui aboutissent à la chute de Tripoli ». Et s’il est choisi comme chef militaire de la capitale par le Conseil national de transition, c’est pour que celui-ci le garde sous son contrôle, selon le New York Times.
    Hommage à l’Otan
    Belhaj rend désormais hommage à l’Otan pour avoir aidé à la libération de Tripoli en fournissant une couverture aérienne à l’opération lancée par les combattants contre la capitale et qui a débouché, le 23 août, sur la prise de la forteresse de Bab al-Aziziya, le centre du pouvoir de Mouammar Kadhafi.
    Le Libye n’est pas comparable à l’Irak
    Concernant la situation à Tripoli, le chef militaire se montre rassurant. « La situation est en train de se stabiliser. Je ne pense pas que les forces de Kadhafi aient encore la capacité de réagir. Elles ne peuvent plus déstabiliser Tripoli, mais quelques opérations lâches ne sont pas à exclure ».
    Pour l’avenir, il se veut confiant: « Il n’y a aucune comparaison possible entre la Libye et l’Irak » dit-il, relevant que l’Irak, contrairement à la Libye, n’a pas connu en 2003 de soulèvement populaire contre le régime de Saddam Hussein. En outre, « il n’y a pas eu en Libye une intervention militaire directe (envoi de troupes au sol) ». Dans les pages duNew York Times , il l’affirme: lorsque la situation militaire sera stabilisée, les unités de combattants qu’il dirige seront dissoutes et fusionnées avec les forces de police ou l’armée.
    Interrogé par la CIA et le MI6

    *************************************************************************
    Le moindre des paradoxes est que l’homme qui remercie aujourd’hui les pays occidentaux pour leur intervention en Libye a été arrêté par la CIA avant d’être remis au régime Kadhafi en 2004. Une arrestation qui réalisée dans le cadre de la politique américaine d’extraordinary rendition: la livraison de suspects de terrorisme à des pays pratiquant la torture. Arrêté avec sa femme enceinte, à Kuala Lumpur, en Malaisie, il est remis à des agents de la CIA à Bangkok (Thaïlande) qui l’interrogent, avant de l’expédier en Libye où il a été mis en prison et torturé régulièrement – puis condamné à mort.
    Des documents découverts dans le bureau abandonné de l’ancien chef du renseignement libyen Moussa Koussa à Tripoli montrent que les services de renseignements occidentaux -MI6 britannique et CIA- ont dévoilé ses noms de guerre français et marocains. Belhaj raconte au Guardian que des membres des services secrets britanniques étaient présents lors des premiers interrogatoires à Tripoli. Selon le quotidien britannique, le chef militaire entend exiger des excuses des autorités britanniques. Et David Cameron a demandé une enquête sur les allégations de complicité dans les actes de torture du MI6 avec le régime de Kadhafi.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s