Comment changer?

19.09.2011 | Alaaddine BENHADI  |  eplume.wordpress.com

Pour répondre à la question du « comment changer ? », nous sommes partis dans l’article précédent d’une question en amont : « Pourquoi changer ? » Quand un pouvoir politique refuse de se conformer à la volonté du Peuple et devient impossible à réformer, il faut le forcer à changer par la lutte militante et le consensus populaire et le soutien national et international. La trajectoire du changement découle d’abord de la volonté des gens à vivre dans un climat démocratique et renoncer à toutes les formes de  tyrannie émotionnelle, sociale, politique et culturelle. Une réforme s’élabore par l’accord entre les acteurs  politiques, y compris le pouvoir en place, pour construire un système qui conserve à chaque partie ses intérêts, alors qu’un changement émane de la force militante populaire  qui impose sa volonté et force  les autres acteurs à s’incliner pour laisser le peuple décider la nature du régime politique qui lui sied, sans intervention de tierces parties.

Tant que le régime n’écoute pas la voix de la raison et de l’intérêt national, et n’accorde aucune attention aux revendications légitimes du Peuple appuyé par les forces nationales de changement, en particulier le Mouvement de Jeunesse du 20 février, et persiste dans son approche autoritaire, la première étape dans le processus de changement consiste à ce que le Mouvement 20 février déclare le refus et la rupture avec la politique du fait accompli exercée par ce régime.

La décision de certains Partis et forces  politiques de boycotter les élections législatives anticipées prévues le 25 novembre prochain, et que le pouvoir est en train de manigancer comme à son habitude,  est  une des réponses à la question : comment changer ? C’est aussi un indicateur de la bonne santé du Mouvement de jeunesse du 20 février. Le destin commun se manifestera ainsi dans une position de boycott commune et partagée, et sera une rupture avec les Institutions du régime et sa politique qui refuse de respecter la volonté du peuple marocain et se permet de mettre en péril la stabilité politique et sécuritaire de notre Pays.

Il est illusoire d’imaginer le changement de l’intérieur des Institutions du pouvoir et conformément aux règles du jeu imposées par le Makhzen avec la participation des Partis ayant perdu leur légitimité et échoué  aux  législatives de 2007, et qui en plus ont tenté d’avorter la Révolution des Jeunes du 20 février au profit de l’intérêt  du régime et de leurs petits privilèges.

Le changement a commencé le 20 février, quand le Peuple Marocain s’est libéré de la peur, a brisé ses chaines et a redonné à la rue sa vocation d’arène où s’exerce le militantisme et de plate-forme pour préconiser le changement. Il s’est libéré lorsqu’il a découvert  le complot du régime et des Partis contre la Nation, et a crié des slogans contre les  symboles  de la corruption qui gangrène le Pays entier.

Le changement a commencé quand le Mouvement de Jeunesse a passé avec réussite l’épreuve du fameux référendum sur une nouvelle Constitution : il l’a boycottée parce qu’elle ne reflète pas la volonté du Peuple et n’a pas été rédigée par un  organe élu par ce dernier. Le pouvoir a donc perdu cette bataille comme il a perdu auparavant l’initiative de la réforme, qui lui été imposée par la Jeunesse du 20 février.

Le changement a commencé lorsque les habitants des campagnes et régions reculées ont commencé à raconter leurs tragédies sur les réseaux sociaux, par l’image et le son.  Le fellah marocain n’est plus le défenseur du Trône, comme le qualifiait  Rémy LEVEAU. Aujourd’hui il a découvert que le responsable de ses malheurs et de son humiliation n’est autre que l’homme assis sur ce même Trône et la clique dont il s’est entouré.

Le changement a commencé quand de nombreux secteurs professionnels se sont soulevés, sans encadrement par les  syndicats et partis usés par les entourloupettes et manœuvres répétées du pouvoir, mais encouragés par la flamme d’espoir et l’étincelle de volonté allumée par la Jeunesse de la Révolution  du 20 février, pour vivre une épopée sociale et revigorer le sentiment national marocain, qui a ainsi retrouvé le sens du refus de l’injustice et de l’indignité. C’est ainsi que les citoyens ont réalisé que la source de leur souffrances se trouve au sein même du Méchouar (Palais Royal) et que par conséquent c’est aussi sur ce même lieu qu’il faudra livrer la bataille pour en finir avec  les souffrances.

La Révolution du Mouvement de Jeunesse sera accomplie lorsqu’elle pourra pénétrer dans chaque foyer  marocain opprimé et qui aspire à la dignité, la justice sociale et la démocratie, et lorsque chaque membre du foyer sortira dans la rue et ne retournera qu’une fois  la tyrannie mise à mort. Lorsque le slogan deviendra : ni Travail, ni Ecole tant que le despotisme et la corruption sont debout, le Mouvement sera sur le bon chemin. Seul le duel frontal conduira à la victoire d’une partie : Ou bien la stratégie du régime ou bien la Révolution pacifique du 20 février.

Parmi les réponses à la question : Comment changer? Le Mouvement du 20 février et les forces qui le soutiennent doivent rappeler sans cesse la  responsabilité politique du Roi au sujet de  toutes les formes de corruption. En effet, tant qu’il persiste à protéger et maintenir dans leur fonctions les hommes-symboles de la corruption et ne veut pas les traduire devant la justice, il demeure impliqué dans les actes de corruption, ce qui en soi est puni par la Loi.

Le changement et la tyrannie ne peuvent coexister sous le même toit d’une Patrie, de même qu’il ne peut s’allier avec la corruption. Par conséquent, le Mouvement de la Jeunesse et les forces de changement doivent disposer de projets et solutions constitutionnelles et politiques alternatives pour affronter le pouvoir  et ne pas rester piégé  par ses tactiques.  Il doit s’adresser au Peuple et le convaincre de la nécessité de forcer le régime à faire des concessions au profit de la population, et que l’intérêt de la Nation et de l’État exigent de ne  pas  manquer cette occasion historique et éviter au pays  les  situations sécuritaires graves qui ne manqueront pas de se produire dans la région du Maghreb, particulièrement en Algérie, après la chute des tyrans tunisien et libyen.

Dans ce sens, la décision de boycotter le folklore électoral après le boycott du carnaval constitutionnel, constitue un signal positif et un élément de  consolidation des positions des composantes du Mouvement du 20 février sur un terrain d’entente et un but commun unique : mettre fin à la tyrannie. Cette décision   politique est la réponse aux sceptiques et aux imposteurs qui parient  sur l’affaiblissement du mouvement  et son éloignement du peuple. Pour ne pas tomber dans ce piège, les composants du Mouvement doivent faire des  concessions mutuelles, privilégier les éléments d’unité par rapports aux divergences, et s’armer de prudence face aux  manœuvres du pouvoir, ses organes et ses Partis.

Comment changer, cela commence par exclure le pouvoir actuel de l’avenir de la scène politique marocaine, parce qu’il n’est pas un acteur positif ni un partenaire sincère  pour la construction démocratique,  mais un obstacle. Le pouvoir qui a choisi d’être un problème pour les personnes qui souhaitent établir un régime démocratique responsable, ne peut pas être une partie de la solution.  Il  continuera à s’agiter   pour maintenir le Maroc, comme il le prétend, comme une exception dans la marche des  Révolutions arabe avides de liberté, de démocratie et de justice, c’est-à-dire en clair maintenir une Monarchie absolue exécutive, qui s’accapare le pouvoir et l’argent pour acheter les consciences des dirigeants de Partis, de certaines  élites opérant dans le champ des Droits de l’Homme, consacrer une Constitution octroyée,  des élections et des Institutions pour la façade, ainsi qu’une séparation des pouvoir taillée sur mesure.

Le changement commence aussi par le tracé des frontières  entre les hommes de l’avenir et ceux du makhzen,  entre ceux qui œuvrent  pour un Maroc nouveau fort de ses Institutions, riche de sa dynamique sociale et sa jeunesse,  et ceux qui aident le système actuel à se perpétuer tout en donnant l’illusion de se rénover dans une nouvelle Constitution et de nouvelles Institutions qui échappent au pouvoir du peuple et de ses représentants. Le changement commence aussi par le sentiment que désormais l’avenir est au peuple.

Quelque que soit le slogan affiché, même s’il contrarie des personnes au sein ou en dehors du  Mouvement, n’aura pas un effet tangible et ne fera pas changer les rapports de forces en faveur du Mouvement qui porte l’espoir du changement,    tant que ce dernier n’aura pas décidé, à l’unisson de ses composantes, de boycotter   définitivement toutes les manœuvres et initiatives politiques du pouvoir et ses Institutions illégitimes.

Le mouvement et ses composants politiques devraient commencer à construire le projet du changement en élaborant une plateforme politique et un document de travail contenant sa conception de la nature du système politique qu’elle souhaite, et qu’elle propose un nouveau projet de Constitution élaborée par une Assemblée Constituante démocratiquement élue et composée par les forces qui  militent pour le changement, ainsi qu’un document de travail avec l’esquisse d’alternatives politiques, économiques, culturelles et sociales qui remplaceraient celles du pouvoir actuel autoritaire et corrompu. C’est ainsi qu’elle s’adressera  au Peuple marocain avec ses  multiples  composantes et l’invitera à assumer sa responsabilité historique, et aussi à l’Opinion Publique Internationale, les États et les Organisations Internationales concernées par  la démocratie et le changement pacifique, pour solliciter leur soutien à notre cause et nos revendications légitimes de choisir nos dirigeants politiques et vivre dans la dignité citoyenne au sein d’un système démocratique. C’est l’objet du prochain troisième article de cette série et qui sera intitulé « après  le changement ? ».

Traduit de l’arabe par Ahmed BENSEDDIK

Cet article est également publié en langue arabe sur le site : Hesspress.com

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