La fiancée est belle, mais elle est mariée à un autre homme.

28.09.2011 |     |  eplume.wordpress.com via El Pais

Le 14 mai 1948, David Ben Gourion, le dirigeant sioniste, a proclamé la naissance de l’Etat d’Israël.  Les Etats-Unis ont  été le premier pays à le reconnaître. Ce fut  l’un des faits les plus marquants de l’histoire politique du XXe siècle : la création d’un nouvel Etat sur terre que les Juifs considéraient comme le leur, mais sur une terre où ils ont pu avoir vécu  il y a  presque…. 2.000 ans. Comme si un  espagnol par exemple, né à Grenade, pourrait penser que les Arabes du Moyen-Orient, à cause de leurs souffrances durant les derniers siècles, peuvent décider de venir s’installer en Andalousie, en expulsant ou en virant les chrétiens qui y vivent depuis des siècles, en invoquant des droits sacrés  sur la terre où leurs ancêtres sont restés presque 800 ans.

A  la fin du XIXe siècle, il n’y avait pratiquement pas de Juifs en Palestine et personne n’avait pensé  créer un Etat juif dans ce territoire.  Théodore Herzl, l’un des pères du sionisme, est né en Hongrie. Traumatisé par l’antisémitisme entourant l’affaire Dreyfus, il s’est  radicalisé politiquement, et en 1899  a publié un pamphlet « L’État juif », qui a proclamé la nécessité de créer une patrie pour son  peuple et un Etat constitutif d’une nation…La question de son emplacement a été pourtant laissée ouverte: il pouvait  être situé sur la terre de ses anciens ancêtres ou dans un endroit inhabité d’un autre pays, en Argentine, par exemple.

Ainsi est né le sionisme politique. Après la célébration à Bâle de son congrès en 1897, Herzl écrivit dans son journal: «  j’ai fondé l’Etat juif. Si aujourd’hui je le dis tout haut, un grand rire universel me répondra ; mais peut-être dans cinq ans et certainement dans 50, tout le monde va le voir ».  Comme l’a expliqué Avi Shlaim dans son livre «  Le Mur de Fer », les rabbins les plus éminents n’ont pas été convaincus. Une délégation parmi eux envoyée en Palestine a conclu  par le télégramme suivant: « La fiancée est belle, mais elle est déjà mariée à un autre homme. »

Pourtant, la graine de « sionisme militant » était déjà  plantée et allait germer.  Commença alors une  migration sans fin des juifs d’Europe vers la Palestine, des immigrés déterminés à donner corps au rêve de Herzl. En même temps, les dirigeants sionistes étaient conscients  qu’ils  avaient besoin avant tout du soutien des puissances occidentales. Ils savaient  aussi que les Arabes pouvaient difficilement accepter la présence sur leur territoire d’un peuple «étranger ».

Le mépris de l’Occident  envers le monde arabe,  ajouté aux traditionnelles querelles internes de celui-ci  et la détermination implacable des nouveaux arrivants, ont conduit l’Empire britannique,  le 12 Novembre 1917, à proclamer la Déclaration Balfour qui « regarde avec faveur l’établissement en Palestine d’une patrie pour le peuple juif ». Cette Déclaration a ouvert la voie à la « création subséquente de l’Etat d’Israël ». A cette époque, la population juive était d’environ de 56.000 personnes et les Arabes dépassaient  600.000.  Les droits de ces derniers ont été complètement ignorés et ainsi commença la tragédie du peuple palestinien.

Suite à cette Déclaration,  le  nombre des juifs et de leur puissance ne cessaient d’augmenter. Des affrontements entre deux communautés se multipliaient et mettaient la Grande-Bretagne, puissance administrante,  dans une situation intenable. Renforcés par la terrible répression nazie, les courants sionistes se radicalisèrent. Convaincus de la « sacralité » de leur cause et que la fin justifie tous les moyens, ces courants n’hésitaient pas à supprimer tout obstacle qui s’opposait à leur  manière de voir. Surtout, qu’ils pouvaient compter sur une opinion favorable de l’Occident. Les extrémistes juifs, selon E. Rogan dans son livre « Les Arabes », déclarent la guerre à l’Angleterre malgré le fait que c’est cette puissance qui est à l’origine du rêve d’une patrie juive en Palestine. Des organisations paramilitaires organisèrent des attaques terroristes comme celle de  l’Hôtel King David en 1946 qui a fait 91 morts et plus de 100 blessés. Enfin de compte, la Grande-Bretagne  renvoya la question de la Palestine à l’Organisation des Nations Unies. Le 29 Novembre 1947, celle-ci  approuva la partition de la Palestine, légitimant ainsi l’existence de deux Etats : un juif et un palestinien. La conséquence fut  une guerre féroce pour près de deux ans. Elle se termina par une victoire israélienne complète et une défaite pour les Palestiniens.

Israël a profité de cette victoire militaire en  proclamant son Etat. Il a aussi  appris quelques leçons qu’il n’oubliera  jamais : que l’action directe et le fait accompli lui donne des avantages sur la voie diplomatique, que le temps joue en sa faveur étant donné le soutien inconditionnel de l’Occident ; il obtient aussi que les  Palestiniens soient considérés comme des étrangers dans leur propre pays.

De façon incompréhensible, il semble avoir atteint son but.  Certains pays occidentaux s’opposent à la reconnaissance d’un Etat palestinien, et la proposition de Mahmoud Abbas a été rejetée par Obama, avec cette triste phrase : « Il n’y a pas de raccourcis pour la paix ». Or, la paix dont il parle consiste seulement à traiter les Israéliens et les Palestiniens sur pied d’égalité. Reconnaître l’État palestinien, 63 ans plus tard après  l’Etat d’Israël, est pourtant simple pour réparer une énorme et douloureuse injustice. Moralement, il n’existe pas d’autre solution de rechange à cette reconnaissance.

Traduit de l’espagnol par Mohamed  Larbi Ben Othmane 

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2 commentaires pour La fiancée est belle, mais elle est mariée à un autre homme.

  1. C’est un sentiment ambigu qui m’étreint après avoir lu cet article. D’abord ma reconnaissance pour l’hardiesse du ton utilisé par l’auteur, et ma jubilation de voir qu’il existe encore en Europe (et non loin de chez-nous) des observateurs (des intellectuels?) qui pensent comme nous autres Arabes, encore traumatisés par tant d’impudence (à notre égard) de la part des puissances occidentales! Et en même temps, je suis affligé par les tournures que prennent les discussions autour du projet des Palestiniens de présenter leur candidature en tant qu’Etat membre (à part entière) des Nations-Unis. La goutte qui a fait déborder le vase, c’est la position du président Obama à cette (légitime) démarche: Interdiction catégorique au Président Palestinien d’aller « jusqu’au bout » de son projet, sous peine d’être lâché par les Américains et de perdre du coup leur soutien financier (auquel ils sont malheureusement redevables, contre leur bon gré!). Imaginez la farce: un Etat formellement reconnu par la résolution 242 des Nation-Unis (qui consacre la partition de la Palestine en 2 Etats: Juif et Palestinien) et le voilà, après plus de 60 ans, interdit de reconnaissance formelle (au sein de la communauté internationale) de la part de la première puissance du monde! Ainsi, pour moi, dans le parcours tragique de ce Peuple tant malmené dans son histoire, une 2ème Noukba (après celle de la déclaration de Balfour) vient fermer brutalement un horizon rendu déjà opaque par un colonisateur « arrogant et dominateur » en plus d’être voyou (n’observant aucune résolution internationale), et dépourvu d’aucune fibre humanitaire (finalement, la souffrance dont il se prévaut depuis la 2ème guerre mondiale, n’aurait servi à rien! Sinon à la « déverser » impunément sur le peuple palestinien) Quel peuple machiavélique, à défaut d’être un Etat responsable !

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