Le Pain, la Politique et le Makhzen …

14.10.2011 |    Lamia Bazir  |  eplume.wordpress.com

Le citoyen peut dorénavant être au centre du changement. On l’aura tous compris « le pain d’abord, la politique ensuite » est une dérision, car c’est bien la politique qui nous donnera le pain. La pression de la rue était indispensable, l’impulsion par les urnes est nécessaire. C’est en s’inscrivant dans le jeu politique, et en veillant à la correction de ses dysfonctionnements, qu’on assurera une meilleure gestion de nos affaires publiques.

La Réforme sera vidée de son sens s’il n’y a pas de Révolution au sein des partis

Dans un pays où l’immobilisme politique devient une bombe à retardement, il faudra que les partis politiques s’inscrivent également dans ce processus de contestation, de remise en question, et de renouvellement.

La nouvelle constitution du Maroc (approuvée par référendum, le 1er juillet 2011) n’en fait pas un modèle de monarchie parlementaire tel qu’on le voit en Europe où « le roi règne mais ne gouverne pas ». La Monarchie a gardé son poids dans tous les pouvoirs, mais je dirai que ses prérogatives ont été constitutionnalisées, définies, et donc limitées. Le renforcement du rôle du parlement et des prérogatives du chef de gouvernement  consacre un plus grand espace à la volonté populaire. Il y a un potentiel.  Sa concrétisation dépendra aussi des partis politiques et des citoyens: jusqu’à quel degré pourront-ils assurer une autonomie de la vie politique?

Si certains craignent que la monarchie monopolise le système politique et les pouvoirs, je n’exclus pas la possibilité qu’elle se contienne au rôle d’arbitrage. Le jeu d’équilibre peut être maintenu si la classe politique se (re)met à niveau. Et cela inclut la nécessite d’avoir une véritable opposition, un contre pouvoir, et des citoyens engagés dans la vie politique. Si les partis gagnent en audace, en integrité, et en vision, ils auront plus de chance d’autonomiser la vie politique. S’ils se contentent d’être des exécutants, interchangeables, et vieillissants, ils continueront alors à porter le titre de « représentants » de la façon insatisfaisante avec laquelle ils le font. Dans ce cas, les réformes n’auront rien résolu. Elles détruiront, au contraire, ce qui reste d’espoir démocratique et du peu de confiance en la politique et ses hommes.

Impulsion populaire: Les élections législatives sont un test pour le changement

Cette tribune ne représente aucunement une tentative de déresponsabilisation de l’Etat, et des pratiques du Makhzen. Le ministère de l’intérieur doit garantir la transparence, l’impartialité, et le bon déroulement des élections législatives programmées le 25 novembre 2011. Cela est son rôle et il doit le jouer pleinement. Mais cet article a choisi de se focaliser sur le citoyen en tant qu’objet d’analyse et sujet du changement.

C’est selon moi aussi de la base et donc du peuple que doit venir l’impulsion. Cette impulsion populaire devra effectuer une première rupture avec l’attentisme. Il faudra transformer le front d’opposition en force de proposition et d’action. Si le mouvement du 20 février continuait à perdre du souffle, je souhaiterais que les choses ne redeviennent plus jamais ce qu’elles étaient avant le 20 février, que le citoyen prenne conscience de ses devoirs mais aussi de ses droits et de son pouvoir, et comme ce mouvement l’a fait à l’échelle nationale, je souhaite que tous nos citoyens aient le pouvoir de dénoncer la corruption, les détournements de fonds, et le clientélisme au niveau local.

Ce travail de contestation est nécessaire, mais encore faut-il ne pas aliéner et abstraire le citoyen du système…

Le citoyen devra non seulement reconnaître son pouvoir à mettre fin à de telles défaillances, mais devra aussi s’identifier en tant que cause à la survivance de ces pratiques archaïques. Si les élections ont porté au pouvoir local ou national des personnes corrompues, il faut rendre compte de la responsabilité des électeurs qui les ont élu. C’est tout le processus -avec tous ces acteurs- qu’il faut interroger, et non pas se réduire à ses effets.

Il y a deux attitudes qui tuent tout espoir démocratique et qui font perdre aux Marocains confiance dans le jeu politique. La corruption en est l’effet ressortant, le clientélisme et l’abstention en sont les causes structurelles. Si une grande partie des Marocains continue à croire qu’ ils ne sont pas prêts pour la démocratie, c’est parce qu’ils ne font pas confiance à ceux qui sont censés les représenter, ceux qu’ils considèrent -parfois à juste titre- comme des incompétents corrompus et portés par l’intérêt personnel et l’insouciance pour la chose publique. Ce qu’ils oublient pourtant, c’est que ces « incompétents » ce sont eux qui les ont- directement ou indirectement -élu soit en votant pour eux soit en s’abstenant et favorisant leur passage aux conseils locaux ou au parlement.

C’est donc un problème de l’ordre de la conscience politique et de la responsabilité.  Je n’exclus pas que certains s’abstiennent consciemment au processus électoral par perte de confiance ou non adhésion au système. Mais cette abstention consciente nous coûte très cher. C’est pour cela que j’ai parlé de conscience politique mais aussi de responsabilité, l’abstention ayant des répercussions graves il faudrait aussi que ceux qui s’abstiennent consciemment prennent conscience des effets de la dite abstention.

Prendre ses responsabilités de citoyens revient non seulement à porter de l’intérêt à la gestion de nos affaires publiques, mais à y avoir un poids. Et cela commence par s’inscrire aux listes électorales, voter aux élections, rompre avec des pratiques inefficaces et nuisibles -notamment vendre ses voix le jour du vote-, s’engager et se réapproprier des partis politiques qui ont perdu leur crédibilité et leur rôle existentiel. Ce sont les conditions sinéquanones qui pourront nous assurer que la page de contestation ne tourne pas.

Le « Makhzen » c’est (aussi) nous…

Nous devons donc rompre avec l’attentisme, changer de paradigme, et faire du citoyen le sujet actif du changement. Si la nécessité de réformer le Makhzen- en tant que culture politique, et système bureaucratique- est une évidence, on ne doit pas tout attendre du régime,  parce que le Makhzen c’est aussi nous, nous qui le faisons, nous qui l’asseyons, et nous qui l’acceptons par notre abstention. Il est urgent que nous inversions le rapport de forces entre « gouvernants » et « gouvernés » et que nous nous réappropriions le paysage politique pour y donner une impulsion démocratique. Je le répète, je ne soustrais pas le citoyen du système. Ce ne sont ni le « régime » ni des « illuminés » qui feront ce travail pour les citoyens, ils devront eux-mêmes aller à son encontre en jouant des variables dont ils disposent, à savoir un parlement.

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2 commentaires pour Le Pain, la Politique et le Makhzen …

  1. bakarri dit :

    vous avez ecris : « Il est urgent que nous inversions le rapport de forces entre « gouvernants » et « gouvernés » et que nous nous réappropriions le paysage politique pour y donner une impulsion démocratique »
    C’est toute la question, comment?
    Les partis politique sont hermetiquement fermés à toutes les voies dissonantes, leur reponse à toute nouvelle recrue ou adhesion ne garantit pas automatiquement l’octroi de la « Tazquia » qui reste un privilège pour les « anciens », les devoués à la cause du parti, ou aux proches, politiques, structurels, ou familiaux.
    La reapropriation du paysage politique passe inecluctablement par un choc politique voire une gifle aux partis archaiques pour les pousser, à se restructurer, à s’autodemocratiser, s’ils tiennent à leur survie politique, ce choc est une abstention généralisée, un boude collectif des prochaines éléctions.
    Ce n’est que par cette methode drastique que le peuple puisse faire valoir sa determination à changer la donne, et jeter les anciens tenors de cette politique nefaste, dans la poubelle de l’histoire, les Radi, Khyari, Ansar, Ben Abdellah, Lachgar, Himma, Biadillah, el Yazghi; tous les Fassi (ceux qui sont de la meme famille du 1er ministre et affiliés au PI), Ahardane, Liraqui, Mezouar, Jmira etc.
    Il ne s’agit pas seulement d’une entreprise personnelle en face de cette écheance du 25 novembre, mais d’une compagne organisée et soutenue capable de créer un éveil de conscience chez la mojarité silencieuse sur laquelle tablent les partis politiques, en continuant de tenir le meme discours demagogique et oportiniste destiné à la consommation d’une certaine classe defavorisée et « attentiste » du moindre signal politique aussi maquillé soit il.

  2. dima dit :

    Missiscott met la charrue avant les boeufs…

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