L’anticolonialisme de droite

15.10.2011 |  Abdellatif Zeroual |   eplume.wordpress.com

 

Acte I d’une critique de la pensée quotidienne[1]

Hommage à Mehdi Amel

 

« La réaction culturaliste n’est pas l’apanage des Occidentaux. L’idéologie  capitaliste dominante trouve son expression également à la périphérie du système, où elle se présente dans la forme inversée de culturalismes nationalistes non européens. Mais il ne s’agit là aussi que d’une réponse impuissante au défi. » Samir Amin

Suite à la publication d’un texte aux relents culturalistes (écrit par un certain Ibn Idriss[2]) qui critiquait ma contribution au débat sur l’avenir du mouvement du 20 février, j’avais écrit une réponse[3] où je clarifiais ma conception du projet de changement révolutionnaire au Maroc tout en relevant le caractère obscurantiste de l’eurocentrisme inversé, sa nature de classe bourgeoise et son (im)politique. Je savais que ma réponse allait susciter des remous chez nos jeunes amis culturalistes marocains mais aussi maghrébins. Notre cher ami Tunisien Bader s’est attelé alors à la « tâche » de me répondre (en deux parties)[4] pour sauver l’honneur bafoué de la jeune tribu culturaliste postmoderne. Pour cela et dans le but de prouver mon prétendu eurocentrisme corrélé au mépris des masses, il devait, à l’instar de son « frère » Ibn Idriss, déformer mes propos et produire à mon égard une quantité impressionnante de contresens que j’essaierai d’abord de démonter avant d’avancer ensuite dans la tâche, déjà entamée dans mon précédent article, de dévoilement de la logique sous-jacente à cet anticolonialisme de droite qui est, en réalité, au service des classes dominantes dans la périphérie du système-monde capitaliste.

Derrière la production du contresens, le procès d’intention

« L’homme n’est rien d’autre que la série de ses actes. » Hegel

Je relèverai d’abord ces contresens avant de définir l’enjeu essentiel derrière leur production. Elles se résument d’ailleurs, à partir des propos de Bader Lejmi, aux points suivants :

1-     « L’analyse d’Abdellatif Zeroual appliquée à la Tunisie nous amènerait à nous lamenter de ces séries de victoires du bloc de l’essentialisme, du culturalisme et de l’obscurantisme. Bloc qui aurait même triomphé en Egypte puisque la loi islamique y est confirmée comme source principale du droit. Sa conclusion raisonnable serait d’éviter à tout prix au Maroc une révolution du même type en se contentant des réformes du Makhzen… ». C’est avec une assurance effrontée que notre cher Bader m’attribue les vues d’une certaine gauche convertie au néolibéralisme, qui comme en Tunisie et au Maroc a prôné l’alliance entre les « forces modernistes » dans l’Etat et la société contre les islamistes. Or il se trouve que Bader méconnait ou plutôt feint de connaitre mes positions et celles de l’organisation à laquelle j’appartiens (annahj addimocratti) surtout dans ce contexte particulier où nous sommes « accusés » d’avoir une alliance avec la plus grande des mouvances islamistes au Maroc al adl wal ihssane. Çà n’aurai pas fait du mal à notre cher bader s’il avait fait une petite recherche sur l’histoire du Maroc. Il aurait trouvé d’ailleurs comment les islamistes ont été d’abord instrumentalisés par le régime contre la gauche et comment la frange radicale de celle-ci (dont annahj) a maintenu haut et fort le drapeau de la lutte contre le Makhzen refusant toute alliance avec celui-ci contre un prétendu danger islamiste[5]. Or notre culturaliste zélé ne pouvait comprendre cela car il reproduit la même logique misérable (commune d’ailleurs aux néoconservateurs américains) qui nous contraint à choisir entre l’autocratie en place et l’autocratie en puissance du mouvement islamiste. Notre lutte est conséquente à ce sujet. Elle ne fait aucune concession à un pseudo consensus laïciste (qui n’est en fait qu’un ralliement à la tyrannie en place) ou à une allégeance au mouvement islamiste présenté comme la direction actuelle du mouvement de libération nationale (comme l’a fait le parti communiste iranien durant la révolution iranienne, ou les anciens cadres maoistes du Fattah comme Mounir Chafik). Comme nos camarades de la FPLP en Palestine, ou ceux du PCOT en Tunisie ou du PCL au Liban, nous représentons, une troisième force qui lutte pour la démocratie et la libération nationale. Si notre ennemi principal[6], pour le moment est le régime makhzénien, et s’il existe en fait un champ commun de lutte avec les islamistes, cela ne peut cacher (comme le montrent le programme électoral néolibéral d’annahda en Tunisie et les tractations entre l’impérialisme et les frères musulmans en Egypte) le fait qu’ils défendent tous les deux (le pouvoir en place et l’islam politique) les intérêts stratégiques des classes dominantes, alliées de l’impérialisme et principal obstacle à la réalisation des aspirations légitimes de nos peuples à la démocratie et à la libération nationale.

2-     « Sa position découle d’une perception d’un Maroc évoluant dans une temporalité différente et antérieure, entre tradition et modernité. Alors que cette perception devrait l’amener à reconnaître que le Maroc jusqu’aux dernières nouvelles fait partie d’un Maghreb postcolonisé ou dépendant, il fait totalement l’impasse sur l’approfondissement de la lutte de libération nationale. Et pour cause, il ne la reconnaît que pour les« communautés marginalisées » par le Maroc, lui-même victime de l’impérialisme. Sans parler de la possibilité d’une révolution, dirigée par des élites issues des masses, au caractère panislamiste dans un premier temps ! » Visiblement, notre cher Bader n’a rien lu du texte que son ami Ibn Idriss a critiqué ni ma critique de ce dernier ou peut être qu’il n’a pas compris mes propos qui sont d’ailleurs clairs et limpides surtout si on prend compte mes références politiques et idéologiques. C’est vraiment ironique de voir comment il transpose maladroitement au contexte marocain les critiques adressées à la position de la gauche « occidentale » à l’égard des luttes de libération dans la périphérie. En effet, il se trouve que notre cher culturaliste méconnait encore ou feint de connaitre l’histoire de la gauche marxiste au Maroc authentique héritière des traditions de la lutte ancestrale de notre peuple contre tous les envahisseurs qui se sont succédé sur notre terre. Je lui recommande de chercher un peu sur ses origines, ses rapports avec les mouvements de libération dans le monde arabe et surtout avec la gauche palestinienne, ses positions dans la question palestinienne, sa lutte contre les formes de dépendance néocoloniale (privatisations, accords de libre échange et de coopération militaire avec l’impérialisme, naturalisation des rapports avec l’entité sioniste…). Il trouvera sûrement que la conception, dont je me réclame, a critiqué et dépassé les conceptions libérales dualistes (l’existence séparée de deux secteurs l’un serait traditionnel arriéré et l’autre moderne avancé) de la formation sociale marocaine en la percevant comme une structure complexe de modes de production articulés mais où domine le capitalisme dépendant des centres impérialistes fruit d’un long processus de périphérisation et de satellisation du Maroc dans le système capitaliste mondial bien avant la colonisation. C’est ainsi que la structure socio-économique néocoloniale est soumise aux exigences et aux besoins de l’accumulation du capital impérialiste mondial. C’est pour çà que notre cher Bader n’a pas compris le fait que nous concevons la révolution au Maroc comme une révolution nationale démocratique et populaire. C’est-à-dire une révolution qui vise à la réalisation des tâches de libération nationale et de construction d’une démocratie authentiquement populaire et à ouvrir la voie à une transition vers le socialisme comme processus d’émancipation sociale. C’est une révolution qui est à la fois contre l’impérialisme et ses alliés : les classes dominantes et leur Etat. Du fait de sa reproduction des réflexes oppressifs et essentialistes des identitaires islamistes (la négation du caractère pluraliste de l’identité du peuple marocain qui se réduirait au seul aspect arabo-musulman), notre culturaliste Bader n’a pas aussi saisi l’importance de la question de la marginalisation de communautés ethnoculturelles amazighes et la nécessité de sa résolution dans le cadre du processus révolutionnaire[7]. Or si notre cher Bader avait seulement lu mon texte « Du réformisme désarmé » il aurait compris tout çelà sans avoir à répéter des propos sans fondement du genre : « Ces révolutions  auraient donc dû conduire Zeroual et ses camarades à évoluer vers une position théorique plus anticolonialiste[8]. Nous attendons toujours… » ou « Si Marx a évolué vers une position beaucoup moins eurocentrique, pourquoi Zeroual n’en fait-il pas autant en tirant toutes les conclusions des positions de son maître à penser ? » qui démontrent en réalité son manque de connaissance (malgré les efforts louables mais insuffisants et qui lui ont valu d’ailleurs une reproche des autres membres de la « tribu culturaliste » pour avoir effacé ou brouillé les frontières) des aspects essentiels du marxisme révolutionnaire[9]. Mais Ghanakoud biid khouya bader et je l’aiderai à avancer dans la compréhension de mes références idéologiques et politiques.

3-     « Zeroual prône tout de même une certaine réforme du marxisme qu’il résume par cette citation : « Être marxiste c’est faire de Marx le point de départ et non d’arrivée ». L’usage de la citation, de références illustres, ainsi que l’injonction à faire d’un auteur « le point de départ »de toute pensée politique est typique du fondamentalisme. » Dans le même sillage des contresens précédents, notre cher Bader recourt à un argument typique de l’antimarxisme des libéraux conservateurs comme Aron : celui du marxisme comme religion « laïque ». Bader reproduit en cela les arguments de la rhétorique réactionnaire[10] (avec la thèse de la pervesity : toute tentative de changement conduit à son contraire) qui consistent simplement à dire, dans ce cas, que toute tentative de construction d’une utopie révolutionnaire en dehors de la religion conduit inexorablement à la création d’une nouvelle religion. Or notre cher Bader ne perçoit nullement la fragilité de cet argument vieux de plusieurs décennies. Le marxisme est une pensée sociale et historique liée à un contexte bien défini (le capitalisme et le mouvement ouvrier)[11]. Elle s’appuie sur l’analyse concrète de la réalité. Pour elle, « les idées justes émanent de la pratique » (Mao) et non d’une force métaphysique transcendante (elles ne tombent pas du ciel). C’est une pensée tournée vers le changement révolutionnaire dont la possibilité est inscrite dans la réalité elle-même (le communisme est « le mouvement réel qui dépasse l’état de choses existant » pour Marx) et non dans une quelconque Destinée. Le projet communiste n’est pas un idéal abstrait et désincarné mais existe en puissance (pour reprendre Aristote) dans la réalité actuelle. Mais il semble que notre cher Bader oublie tout cela pour me prêter un rapport « religieux » avec Marx. Or, ce que vise la citation de Samir Amin « Être marxiste c’est faire de Marx le point de départ et non d’arrivée » est justement de sortir du dogmatisme et du « fondamentalisme » (terme toutefois plus approprié pour qualifier les élucubrations culturalistes islamisantes de notre cher Bader) : D’une part si Marx reste une référence centrale, celle-ci n’exclut pas d’autres[12] et d’autre part sa pensée si riche et actuelle contient des éléments datés, erronés ou dépassés par d’autres théoriciens dans le champ spécifique du marxisme ou dans les sciences sociales. Plus de 160 ans de lutte révolutionnaire et d’élaboration théorique du mouvement communiste démontre, pour celui qui veut le remarquer, la richesse d’une pensée en mouvement constamment soumise à la critique et l’autocritique, à la correction et à la rectification. Son aveuglement à l’égard de ce point important le pousse d’ailleurs à « empiler » un ensemble de citations de Marx et de Lénine sur la question coloniale pour dégager la conclusion suivante : « Or nous avons vu que ce qui donne une cohérence aux positions anticolonialistes de ce Marx et ce Lénine là, c’est que si l’impérialisme freine la révolution sociale dans la métropole alors que l’anticolonialisme la hâte, ils réviseront leurs positions pour soutenir des positions anticolonialistes. » L’objectif « polémique » étant de présenter mes positions comme étant en dessous de celles de mes références idéologiques. Une fois de plus l’assurance effrontée de notre cher Bader le mène à ne rien voir de mes références et de ma conception du marxisme. Car il se trouve que ces positions de Marx et Lénine ont été, depuis leur élaboration, reprises, développées et intégrées dans des constructions théoriques plus cohérentes et des stratégies politiques plus appropriées. Je le renvoie ici à la stratégie maoïste d’encerclement des centres impérialistes par les périphéries (les zones de tempête révolutionnaire) et surtout à l’insistance de Samir Amin (voici un marxiste arabe hétérodoxe et l’une de mes références principales que Bader passe curieusement sous silence. Bizarre !) sur le déplacement de l’axe de la révolution socialiste vers la périphérie. En effet, pour des raisons historiques sur lesquelles je ne m’étalerai pas ici, la transition vers le socialisme commencera d’abord dans le « Tiers-monde » où la lutte pour la libération nationale est fortement liée au combat pour l’émancipation sociale et démocratique.

4-     « Estimant surement qu’il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain, il adopte un nouveau socialisme qui sera « un projet d’émancipation de toutes les formes de domination », et « démocratique, féministe, écologiste et pour l’émancipation culturelle et nationale ou ne sera pas». Le mieux étant l’ennemi du bien, il a surtout jeté le bébé et gardé l’eau du bain… D’une conception marxiste du socialisme, il est passé à une perspective libérale. S’émanciper de « toutes les formes de domination », en fait surtout de celles décrétées obsolètes par les  hérauts du progressisme Occidental, c’est s’émanciper de nos sociétés elles-mêmes… » Continuant sur sa lancée visant à dénaturer mes propos pour les faire entrer dans un moule « libéral colonialiste », Bader conduit une opération très risquée en s’aventurant dans un champ qu’il connaît mal et même très mal. Il m’attribue ainsi une conception « libérale » du socialisme. Au-delà du fait étonnant (un peu de sérieux mon cher Bader) qui consiste à attribuer une perspective libérale à un projet anticapitaliste!!!, notre cher Bader parait méconnaitre le débat sur le socialisme dans le champ spécifique du marxisme révolutionnaire. Peut être que la conception marxiste du socialisme dont il parle se confond, chez lui, avec le capitalisme d’Etat (caricature de socialisme) dans les pays du mal nommé camp socialiste. Or notre cher Bader ne sait pas que le modèle de pouvoir ouvrier chez Marx et Engels est la Commune de Paris dont le conseil élu au suffrage universel parmi des candidats de plusieurs tendances (républicains, proudhoniens, blanquistes, jacobins, marxistes…) et dont les membres sont révocables, a institué, en l’espace de deux mois[13], le droit de citoyenneté pour les étrangers (Léo Frankel, un socialiste hongrois était membre du conseil de la commune et même son délégué  au travail), la réquisition des ateliers abandonnés et leur remise à des coopératives ouvrières (forme d’autogestion), la reconnaissance de la liberté de presse, de l’union libre et la réalisation de progrès dans l’émancipation des femmes (naissance d’un mouvement féministe, application de l’égalité au travail et dans les salaires dans quelques domaines… N’oublions pas Louise Michel l’une des symboles de la lutte des communards) et la séparation de l’Eglise et de l’Etat. Je demanderai à notre cher Bader de voir un peu si cela coïncide avec une soi-disant conception « libérale » du socialisme. Je l’inviterai à lire aussi, la critique du programme de Gotha de Marx, la critique de la révolution russe chez Rosa Luxembourg (« La liberté, c’est toujours la liberté de celui qui pense autrement »), les écrits conseillistes du jeune Gramsci de l’Ordine Nuovod’Anton Pannekoek, les écrits de Lefebvre et de Poulantzas pour qu’il comprenne que le socialisme dans la conception marxiste est un projet d’émancipation de toutes les formes d’oppression et non seulement de l’oppression de classe et où la démocratie est approfondie, développée et étendue à tous les domaines de la vie sociale. Je l’inviterai aussi à rectifier sa conception du libéralisme (il le confond peut être avec l’émancipation sociale et démocratique) qu’il utilise à tort et à travers avec ses amis culturalistes pour désigner, en fait, des choses totalement différentes. L’objectif étant de taxer tout projet de réel changement révolutionnaire d’être colonialiste, importé ou occidentalisé se mettant ainsi au service des intérêts des classes dirigeantes dans la périphérie.

5-     « Même s’il faut lui reconnaître un certain désir de justice sociale, il émancipe complètement son marxisme de sa base sociale originelle (mythique), celle de la classe ouvrière et paysanne, pour devenir un style de vie de personnes laïques, libérales au niveau des mœurs, mais voulant rester proches du petit peuple… Entre l’abandon du grand soir (téléologie), du salut dans la lutte (sotériologie), il ne reste chez ces marxistes que le projet de réaliser pour de bon le projet libéral… Vidé de son sens radical, ce marxisme ne conserve que sa gangue scientiste, progressiste et moderniste. Plus postmoderne, tu meurs ! ». Dans le même sillage du point précédent, notre cher Bader est allé inventer des choses dont je n’ai nullement parlé. Je ne discuterai pas ici l’affirmation grotesque et sans fondement de notre cher Bader (comme s’il n’y avait ni historiens du mouvement ouvrier ni sociologues de la classe ouvrière et de la paysannerie) sur le caractère « mythique » de la classe ouvrière et de la paysannerie comme base sociale du mouvement communiste. Je me contenterai de le rassurer (lui qui est trop pressé à me croire converti au postmodernisme ambiant) : je suis encore de ceux qui croient encore au rôle central et dirigeant de la classe ouvrière et du prolétariat[14] dans le renversement du capitalisme. La révolution nationale, démocratique et populaire dans la périphérie sera conduite par un bloc national populaire (avec un front des classes populaires et de tous les opprimés) dirigé par la classe ouvrière contre les classes dominantes alliées de l’impérialisme. Elle aura pour objectif de construire une nouvelle démocratie authentiquement populaire et non pas, comme l’avancent sans fondement notre cher Bader et avant lui son cher ami Ibn Idriss, l’instauration d’une démocratie libérale et ce pour des raisons idéologiques (nous voulons une démocratie qui soit le pouvoir des opprimés et des classes populaires) mais aussi socio-historiques (la dictature des classes dominantes dans notre pays ne peut prendre la forme d’une démocratie libérale, c’est ce que j’ai dit d’ailleurs dans mon article « du réformisme désarmé »).

D’autres points peuvent être soulevés mais je m’arrêterai là. J’en discuterai après dans la suite de texte. Le lecteur pourra aisément juger, d’après cette liste non exhaustive de contresens, de l’impressionnante effronterie de Bader et ses amis culturalistes. Ceci est dû peut être à l’absence d’une préalable connaissance des débatteurs, de l’objet du débat et de son contexte. Mais cette explication me parait insuffisante. Une partie de la réponse réside aussi dans une haine sans limite du marxisme et de la gauche en général (due peut être à leur expérience personnelle avec elle). Cet obstacle psychologique les pousse à voir de l’opportunisme derrière toutes les positions anticolonialistes marxistes. Ce n’est d’ailleurs pas étonnant de voir comment dans un sursaut de son surmoi culturaliste, notre cher Bader contrarié par ses positions là, affirme sans vergogne ne pas vraiment croire « à cette thèse apocryphe d’un Marx ou d’un Lénine anticolonialiste convaincu, surtout que ce dernier a du sang de musulmans colonisés sur les mains[15]. » Comme « l’homme n’est rien d’autre que la série de ses actes » (Hegel) et étant donné la lutte sans concession que mène la gauche marxiste marocaine contre l’impérialisme et la tyrannie, notre cher Bader ne peut résoudre cette contradiction (entre la réalité et son surmoi culturaliste) qu’en recourant au procès d’intention digne de l’inquisition déjà entamé par son ami Ibn Idriss : « Après tout, peut-être que la protestation outrée contre l’accusation d’eurocentrisme contenue dans son « marxisme » n’est qu’un jeu de jambes rhétorique, une admirable démonstration de la« perfidie éthique » dénoncée par notre Ibn Idriss ? ». Visiblement nos chers culturalistes ne reculent devant rien pour démontrer leurs élucubrations  quitte à attribuer à leurs adversaires idéologiques la « qualité » d’être « sournois » et « perfide ». C’est dire la fragilité de leur argumentaire et leur vision politique.

Une pensée a-historique ou l’éternelle reproduction de l’essence:

« On ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve. » Héraclite d’Éphèse

Mais l’explication psychologique n’est point suffisante. Il faut voir aussi du côté de l’inconscient politique et épistémique qui est derrière leurs élucubrations. C’est ainsi que l’essentialisme culturaliste de notre cher Bader s’appuie sur un déni stupéfiant de l’histoire. Le rapport postcolonial, cher à nos culturalistes, se constitue entre deux entités dénuées de contradictions internes: d’une part l’Occident colonial dont « les acquis de la modernité » ne sont, comme le souligne d’ailleurs notre cher Bader, que « des « présupposés classiques et chrétiens » de la civilisation occidentale moderne » et d’autre part l’ouma musulmane opprimée. «L’histoire » de ces deux entités n’est que la répétition de leur essence éternelle[16]: le judéo-christianisme d’une part et l’Islam d’une autre part (on pourrait reconnaître ici Huntington ou Lewis : c’est dire comment l’eurocentrisme inversé est le pendant symétrique de la métaphysique orientaliste[17]). La contradiction se trouve donc entre deux essences qui s’excluent. L’essence est en fait pur, unique, simple[18] (non complexe) et se suffit à lui-même. Or la colonisation a perturbé cela. Des « copies » (taqlid) de l’autre essence judéo-chrétienne occidentalisée se sont glissées dans « la terre d’Islam ». L’objectif affiché est donc de reprendre cette pureté (provisoirement perturbée) de l’essence originelle et éternelle (l’Islam). Pour cela, il faut gommer toutes les contradictions internes à la Ouma et se lancer dans une bataille pour chasser « adakhil wal mouzayaf » (l’intrus et le faux) et retrouver enfin l’âge d’or perdu. Et comme cette Ouma mythique est, en réalité, traversée de contradictions de classe, cet appel à l’ « union sacrée » signifie pratiquement l’unité sous la houlette de nos oppresseurs « internes » : les classes dominantes. C’est dire le service que rendent nos chers culturalistes à nos colons « indigènes ». Or ce schéma d’analyse présent dans l’inconscient de notre cher Bader bute sur un obstacle de taille : comment la pureté de cette essence originale si puissante par nature (Islam) a-t-elle pu être perturbée par l’action d’une essence aussi inférieure que celle de l’occident? Je ne pourrais répondre à la place de nos culturalistes mais je présume que leurs explications ne sortiront pas du registre métaphysique (« alibtilae » par Dieu) ou moraliste (les musulmans ont abandonné l’Islam vrai ce qui conduit d’ailleurs à douter de la supériorité de cette essence). Je ne vais pas plus m’aventurer dans des spéculations car ce qui m’intéresse, en fait, ce sont les implications théoriques et pratiques de cette grille d’analyse :

–  Tout ce qui provient de l’Occident, (à part les analyses postmodernes confirmatoires de leur culturalisme), est refusé systématiquement car il est entaché, pollué par cette essence judéo-chrétienne coloniale. Le marxisme est ainsi « un projet politique inventé en Occident, pour l’Occident et par l’Occident ». Les acquis de la modernité ne serviraient donc qu’à justifier l’entreprise coloniale. « C’est au nom d’un récit d’émancipation des femmes, des minorités ethniques et religieuses (ex: juifs), et des noirs que la première colonisation a été justifiée. Au nom de l’émancipation des femmes, des noirs, des juifs, des berbèrophones cette modernisation coloniale a, au contraire, contribuer à attiser les haines. Le résultat de l’émancipation coloniale des juifs c’est le sionisme ! » affirme sans vergogne notre cher Bader. Il oublie d’ailleurs au passage que l’invasion islamique de l’Afrique Nord (avec son cortège de sang, d’infériorisation…) a été faite sous l’étendard de la libération de l’être humain de la « ouboudia » et que les idéaux universels d’émancipation des opprimés ne peuvent être disqualifiés et gommés du fait de leur instrumentalisation continue par les dominants dans leurs entreprises oppressives. Il oublie aussi que l’extension des droits démocratiques à tous les êtres humains a été un enjeu important des luttes dans ces deux derniers siècles : le suffrage universel a été arraché par le mouvement ouvrier, son extension aux femmes a été le fruit d’un long combat du mouvement féministe, la reconnaissance du droit à l’autodétermination est due aux luttes anticolonialistes des peuples… Or ce que je désigne par les « acquis de le modernité » est justement les avancées faites par les opprimés dans leur combat pour l’émancipation. Ces avancées ne sont nullement acquises pour de bon. Leur maintien dérange les dominants qui essaient de les supprimer ou de les vider de leur contenu subversif. Le socialisme, comme processus d’émancipation sociale et démocratique, doit approfondir ses avancées et les dépasser dans un mouvement continu, complexe mais non linéaire de lutte pour un meilleur avenir pour l’Humanité. Le socialisme doit donc œuvrer « en faveur de l’internationalisme des peuples, condition pour substituer à l’universalisme tronqué, impérialiste et insupportable du projet capitaliste, fatalement eurocentrique et culturaliste, un universalisme supérieur, répondant aux génies créateurs de tous les peuples de la planète. »[19] Ce nouvel universalisme doit impérativement intégrer les aspects lumineux de l’héritage culturel de nos peuples[20]. Il ne s’agit nullement de les nier, comme me le prête haineusement Bader, mais d’entreprendre une double critique (au sens de Khatibi que Bader ne connaît pas peut être) qui ne serai pas une réconciliation mais une synthèse[21] nous permettant d’avancer dans le processus d’émancipation de l’être humain. C’est le seul critère qui vaille pour moi pour juger dans ce cas. C’est comme çà que se construira une nouvelle civilisation humaine : la civilisation de l’humanité émancipée qui dérange tellement notre cher Bader.

–  Le temps « historique » de nos chers culturalistes est un temps circulaire : c’est le mouvement de répétition continue de l’essence. Le présent est le passé. Et le futur n’est donc que leur reproduction. Nous sommes devant le même occident judéo-chrétien et la même Ouma musulmane. Rien ne s’est passé depuis si ce n’est la stabilité éternelle de l’essence. Dans ce temps mythique[22] (qu’institue notre cher Bader à la place du récit triomphaliste linéaire de l’eurocentrisme), l’histoire est évacuée pour faire place à la métaphysique culturaliste de l’eurocentrisme inversé. L’occupation par l’Occident de « la terre d’Islam » s’inscrirait donc dans le conflit éternel qui oppose le judéo-christianisme à l’Islam. Les explications socio-historiques (naissance du capitalisme, intérêts des groupes sociaux dominants, la logique impérialiste…) sont refoulées[23]. Le capitalisme serait ainsi congénital à l’Occident. Il serait l’émanation de l’essence judéo-chrétienne qui a aussi engendré le socialisme.  La confusion est alors totale entre les trois termes (Occident=capitalisme=socialisme). Nous ne serons pas surpris demain si nos chers culturalistes nous re-proposent une « troisième voie » conforme à l’essence islamique originelle : une économie islamique qui serait une sorte de légitimation d’un capitalisme « indigène » ou une justification de la domination des classes dirigeantes. Dans ce déni de l’histoire, les phénomènes sociaux sont coupés de leurs conditionnements socio-historiques pour être rattachés au « mouvement » métaphysique de l’essence éternelle. Le passé de la Ouma est réinterprété et mythifié pour servir à cette escroquerie intellectuelle. Au rapport de domination impérialiste entre le centre et la périphérie et à la contradiction entre l’impérialisme et les mouvements de libération nationale, nos chers culturalistes substituent le conflit (religieusement) éternel entre un Occident imaginaire et une Ouma mythique. Il est clair que l’intérêt de classe que sert cette vision est celui des classes dominantes locales qui cherchent à améliorer leur place dans la hiérarchie des bourgeoisies à l’échelle mondiale. En effet, cette pensée anhistorique est une pensée conservatrice et réactionnaire qui défend l’ordre établi. Or il se trouve qu’« on ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve. » L’Histoire n’est ni un cercle fermé ni  une ligne droite. Elle se constitue autour d’un mouvement continu et complexe de changement où le conflit d’intérêts sociaux antagoniques joue un rôle déterminant.

2 blocs…mais lesquels

« Nous savons, certes, que le régime capitaliste ne peut en tant que mode de vie nous permettre de réaliser notre tâche nationale et universelle. L’exploitation capitaliste, les trusts et les monopoles sont les ennemis des pays sous-développés. Par contre le choix d’un régime socialiste, d’un régime tout entier tourné vers l’ensemble du peuple, basé sur le principe que l’homme est le bien le plus précieux, nous permettra d’aller plus vite, plus harmonieusement, rendant de ce fait impossible cette caricature de société où quelques-uns détiennent l’ensemble des pouvoirs économiques et politiques au mépris de la totalité nationale. » Frantz Fanon

Nos chers culturalistes, qui se réclament de Fanon, ont cherché à vider sa pensée de son essence révolutionnaire en la réduisant à une sorte de critique sans perspective de la condition coloniale. Or Fanon était très lucide sur la nécessité d’articuler libération nationale et émancipation sociale. Sa critique de la bourgeoisie nationale prouve sa conviction que le combat national peut n’aboutir qu’à une nouvelle forme d’oppression « indigène » et qu’il faut donc aller plus loin pour extirper les racines de l’oppression en s’attaquant au capitalisme comme régime d’exploitation de l’Homme par l’Homme et lui substituer une nouvelle société humaniste et égalitaire : la société socialiste. A côté de la lucidité d’un grand penseur comme Fanon, nos chers culturalistes comme Bader ne nous offre rien, si ce n’est renouveler les oripeaux de l’islam politique, dernière incarnation de l’idéologie bourgeoise dans la périphérie. Pour brouiller les cartes, Bader trace une étrange ligne de démarcation entre un bloc moderniste-occidentalisé où libéraux et marxistes sont confondus et un bloc « indigéniste »-émancipateur dont l’édification incomberait à lui et ses amis culturalistes[24]. Ibn Idriss, selon Bader, aurait déjà entamé ce travail pour le Maroc (ce qui m’a d’ailleurs fait  sourire car notre cher Ibn Idriss ne nous a rien proposé comme alternative si ce n’est de vagues réflexions (im)politiques). Cette classification fantaisiste s’appuie sur l’escroquerie intellectuelle dont nous avons parlé plus haut qui consiste à placer la contradiction entre l’Occident et l’Islam. Elle sert à masquer les intérêts de classe qui y sont derrière (construire une union sacrée sous la houlette des classes dominantes). Car en fait, la seule frontière qui vaille est celle qui sépare le camp des oppresseurs et leurs acolytes qui défendent le régime d’exploitation capitaliste sous toutes ses formes (islamique, libérale néocoloniale…) et le camp des opprimés et leurs partisans qui visent à construire une nouvelle société libérée de l’oppression et de l’exploitation : la société socialiste. Bader et ses amis appartiendraient donc clairement au premier camp avec les libéraux et les islamistes. Qu’ils nous épargnent donc leur élucubration sur le droit d’initiative des subalternes (un concept forgé d’ailleurs par le marxiste italien Gramsci et essentialisé par nos chers culturalistes qui l’ont réduit à une masse amorphe de musulmans ordinaires sans attaches ni appartenances de classe) puisque leur projet est justement le même que celui des « élites » qu’ils raillent. En reprochant à la gauche marxiste de pratiquer ce qu’ils envisagent de faire (rassembler les subalternes sous la houlette d’ « élites » d’oppresseurs), ils oublient que pour le marxisme révolutionnaire, il n’est point de sauveur suprême. « L’émancipation des travailleurs est l’œuvre des travailleurs eux-mêmes ». « Dans l’activité révolutionnaire, se changer soi-même et changer ces conditions coïncide » (Marx) et « la doctrine matérialiste du changement des circonstances par l’éducation [25] oublie que les circonstances sont changées par les hommes et que l’éducateur doit lui aussi être éduqué. Elle doit donc séparer la société en deux parties-dont l’une est élevée au dessus de la société. La coïncidence du changement des circonstances et de l’activité humaine ou l’auto changement ne peut être conçue et comprise rationnellement qu’en tant que pratique révolutionnaire»[26]. Aucune avant-garde ne peut donc se substituer aux opprimés dans leur auto-émancipation révolutionnaire. Seules les masses peuvent changer l’histoire. Ces positions sont délibérément ignorées par nos culturalistes. Le but étant de cacher l’absence totale de stratégie chez eux ou pire leur alignement sur le réformisme. C’est ainsi que notre cher Baer, qui nous enjoint à ne pas « réduire le Makhzen à une entité étatique féodale et coercitive »[27], nous interpelle sur le fait que « Prendre le Makhzen comme un tout homogène, le condamner ainsi que les potentialités de conflictualité qui s’y nichent en accusant notamment Ibn Idriss d’en être un suppôt revient à saper à son fondement notre propre capacité de mobilisationIl est au contraire nécessaire et impérieux de préparer les conditions du lâchage du Makhzen par ceux qui le font tenir. ». Si j’ai bien compris : ce qu’il appelle « notre propre capacité de mobilisation » serait donc conditionnée par la reconnaissance des contradictions qui traversent l’appareil d’Etat Makhzénien pour préparer ainsi son « lâchage » par sa « base sociale »[28]. C’est ainsi que sur un point nodal et important, disparaît soudainement toute la rhétorique sur le droit d’initiative autonome des subalternes face aux élites pour laisser place à un autre discours qui entend utiliser les contradictions internes du Makhzen (par qui ? et comment ? mystère) pour le dissoudre. Quelle différence y-a-t-il entre ce discours là et celui des démocrates réformistes qui nous invite justement à user du même stratagème (utiliser les contradictions internes du Makhzen en travaillant à l’intérieur de ses propres institutions pour le pervertir et l’abattre) ? La référence à Béatrice Hibou[29] est-elle révélatrice de cette convergence stratégique avec les démocrates réformistes ? Le concept fourre-tout de « politique informelle »[30] ne serait-il plutôt qu’ « une micro politique sans horizon stratégique, une apologie du mouvement sans but, et du chemin qui se ferait « chemin faisant » »[31] ? Ou bien servirait-il à donner un caractère « spontanéiste » distinct au réformisme de nos culturalistes ? Dans les deux cas (vide stratégique ou alignement sur le réformisme), le culturalisme de notre cher Bader et ses amis du « bloc Essentialisme-Obscurantisme-Culturalisme » ne nous offre aucune alternative sérieuse.

Dans les années 80, des militants d’Ilal Amam avaient  envisagé la constitution d’un front révolutionnaire[32] où s’allieraient ceux qui se réclament du marxisme et du socialisme scientifique en général avec les militants révolutionnaires du courant de renaissance culturelle amazigh et ceux qui se réfèrent à un Islam populaire progressiste et révolutionnaire. Ils espéraient ainsi l’évolution d’une partie du courant islamiste vers une théologie islamique de la libération[33]. Jusqu’à maintenant, leur « vœu » ne s’est pas réalisé. Pire, l’islam politique s’est, entretemps, de plus en plus adapté avec l’ « esprit du capitalisme » (avec la naissance d’un Islam de marché[34]). L’anticolonialisme de droite de nos chers culturalistes comme Bader ne fait que confirmer ce constat. Espérons que l’avenir va nous démontrer le contraire. 


[1] Mehdi Amel avait entrepris dans les années 80 une critique de cette pensée quotidienne par son espace-temps de production et son horizon temporel et qui n’est en fait qu’une des formes que prend l’idéologie des classes dominantes. En hommage à lui, nous continuons ce projet sous de nouvelles conditions.

[5] Le refus d’annahj de participer à une manif organisée par le Makhzen et les partis politiques après les attentats du 16 Mai 2003 à Casablanca, le refus de participer à la campagne orchestrée conte le PJD (parti islamiste qui participe aux institutions du Makhzen) après ces mêmes attentats, la dénonciation et la lutte contre les exactions de droits humains commises à l’encontre des islamistes au nom du combat contre le terrorisme, le refus de constituer un bloc avec des pseudo-forces « modernistes » et l’Etat contre les islamistes…

[6] Pour Annahj, la contradiction principale est entre d’une part l’impérialisme et les classes dominantes et d’autre part l’ensemble des classes populaires.

[7] D’où l’importance de la lutte pour que la constitution du Maroc nouveau démocratique et populaire, pour lequel nous combattons, reconnaisse la langue amazigh en tant que langue officielle et la culture amazigh en tant que culture nationale et pour faire bénéficier les régions qui ont des spécificités du maximum possible d’autonomie.

[8] Peut être que « plus anticolonialiste » chez Bader veut dire l’alignement avec son anticolonialisme de droite. Çà veut dire en fait être moins colonialiste.

[9] qui se réduit cher notre cher Bader au  « marxisme académique théorique » et le « marxisme-léninisme pratique ». Or je n’ai évoqué ni l’un ni l’autre. Pour moi, le marxisme est avant tout et au-delà des courants qui le traversent, une philosophie de la praxis révolutionnaire où la théorie est indissociable de la pratique.

[10] Albert O. Hirschmann, Deux siècles de rhétorique réactionnaire, Fayard, Paris, 1991

[11] Elle ne présume nullement être valide en tout temps et en tout lieu.

[12] Il est possible pour notre cher Bader de découvrir avec stupéfaction comment Marx a été une référence conjointement avec Weber pour Lukacs, avec Rousseau pour Colletti, avec le structuralisme pour Althusser, avec Freud pour Reich et Marcuse…

[13] La Commune a duré du 18 mars au 28 mai 1871.

[14] Au sens marxien de tous ceux qui ne peuvent survivre que par la vente de leur force de travail.

[15] Il se trouve que c’est Lénine, que Bader taxe de criminel, qui a soutenu le bolchévik tatare Sultan-Galiev contre Staline. Celui-ci n’a pu l’expulser du parti qu’en 1923 alors que Lénine était obligé, suite à une grave crise, d’abandonner toute activité politique en Décembre 1922. C’est Staline qui contrôlait alors l’appareil du parti et qui a liquidé Galiev en 1940. N’oublions pas que l’un des « derniers combats » de Lénine était dirigé contre le chauvinisme grand-russe de Staline. Voir Moshe Lewin, Le Dernier Combat de Lénine, Éditions de Minuit, Paris, 1967.

[16] Mehdi Amel, Critique de la pensée quotidienne, 4ème édition Dar Faraby. Beyrouth, 2011 p ; 221-222 (en arabe).

[17] Sadek Jalal Al Adm, L’orientalisme et l’orientalisme inversé, édition Dar alhadatha, Beyrouth, 1981

[18] Mehdi Amel, Critique de la pensée quotidienne, op. cit. p : 241

[19] Samir Amin, modernité, religion et démocratie, critique de l’eurocentrisme, critiques des culturalismes, éditions Parangon, Lyon, 2008

[20] La cosmogonie maya ou inca par exemple contient des pistes intéressantes pour construire une éthique écologiste : les droits de la terre passent avant ceux des hommes. Voir les élaborations récentes dans ce domaine de la gauche indigéniste en Amérique du Sud.

[21] Notre cher Bader semble ne rien connaître de la dialectique matérialiste. Il rumine les concepts subjectivistes et téléologiques hégéliens. Je l’invite à lire Louis Althusser, Pour Marx, Maspero, coll. « Théorie », Paris, 1965.

[22] Mehdi Amel, Critique de la pensée quotidienne, op. cit. p : 267

[23] C’est ce qui explique le recours de Bader au concept foucaldien d’épistémè, qui porte les tares du structuralisme ambiant lors de son apparition et qui n’a aucun encastrement social

[24] Notre cher Bader affirme qu’ « En assignant Ibn Idriss au bloc de l’Essentialisme-Obscurantisme-Culturalisme, Zeroual se range dans celui des Lumières-Émancipation-Modernité. »

[25] Chère à nos libéraux.

[26] Marx dans sa troisième thèse sur Feuerbach

[27] En réalité, aucun des protagonistes de ce débat, n’a cette vision simpliste et instrumentale de l’appareil d’Etat makhzénien. Tout appareil d’Etat est traversé de contradictions. Si la domination politique des classes dominantes par son Etat était si infaillible, le changement révolutionnaire serait impossible. Mais delà à déplacer le centre de l’initiative de changement vers l’usage de ces contradictions, çà alors c’est une autre histoire. Ce qui met à jour d’ailleurs l’hypocrisie de nos chers culturalistes qui défendent le droit d’initiative des subalternes.

[28] Une fois de plus, comme nos chers démocrates réformistes, Bader ne nous dit rien sur la base sociale du régime.

[29] Elle a d’ailleurs défendu son ami Mohamed Tozy (membre de la commission qui a travaillé sur la réforme « makhzénienne » de la constitution) qui avait déclaré que le Maroc n’est pas encore mûr pour une monarchie parlementaire. Voici les propos de Hibou en Mai 2011 lors du processus de révision: « Alors même que des ouvertures sont faites, que pour la première fois le palais réagit à l’opinion publique en ouvrant le débat, que les acteurs politiques sont invités à s’exprimer, ces derniers restent strictement emmurés dans une vision étroite et figée du Pouvoir. » Parlant d’autres acteurs, elle dit : « Mais il en va de même de la très grande majorité des intellectuels, des journalistes, des bloggeurs et des manifestants, qui disent refuser cette relation au Makhzen et vouloir la remettre définitivement en cause mais qui, lui imputant toutes les faiblesses de la société marocaine, non seulement perpétuent une vision intentionnaliste et simpliste d’un pouvoir absolu où n’existe aucune marge de manoeuvre, mais, ce faisant, s’empêchent de modifier les relations de pouvoir. Paradoxalement, Ils contribuent donc à la perpétuation de ce qu’ils condamnent. » Le rapprochement avec ce que dit Bader est patent. Voir Béatrice Hibou, « Le mouvement du 20 février, le makhzen et l’antipolitique. L’impensé des réformes au Maroc », Mai 2011 in http://www.ceri-sciencespo.com/archive/2011/mai/dossier/art_bh2.pdf

[30] Une catégorie aussi fourre tout que celle d’ « économie informelle » qui recouvre un vaste spectre de phénomènes allant des formes « indigènes » d’exploitation capitaliste (petite activité capitaliste au noir) aux marchants ambulants en passant par des formes de petite production marchande adossée à des rapports de production domestiques fonctionnels au capitalisme dépendant (Voir Claude Meillassoux, Femmesgreniers et capitaux, Ed. Maspero, Paris, 1975) et enfin des formes de production et d’échange réellement alternatives.

[31] Daniel Bensaid, « (Im)politiques de Foucault » octobre 2004 in http://www.europe-solidaire.org/spip.php?page=article_impr&id_article=1657

[32] Majdi Majid, Les luttes de classes au Maroc depuis l’indépendance, Hiwar, Amsterdam, 1987 p : 74

[33] Ali Chariati en Iran, Hmida Nifer (les islamistes progressistes) en Tunisie, Mohamed Mahmoud Taha au Soudan et Hassan Hanafi en Egypte ont tenté, sans succès durable, de construire une « gauche islamique ».

[34] Patrick HaenniL’Islam de marché : L’autre révolution conservatriceRépublique des Idées-Seuil, Paris, 2005.

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