Victoire du PJD- Une Réhabilitation du Politique ?

02.12.2011 |    Lamia Bazir  |  eplume.wordpress.com

Si la victoire du PJD prouve que le changement peut aussi se faire à travers les urnes elle donne avant tout un souffle nouveau à l’ensemble du système et rappelle les autres partis à l’ordre. De sensibilité de gauche, mais convaincue que le principe de « discipline de groupe » ne s’appliquera que lorsque la gauche se reprendra en mains, j’ai appelé à un vote massif en faveur du PJD, et je ne le regrette pas.

Une victoire méritée et saluée

La victoire écrasante du Parti Justice et Développement (107 sièges sur 395) porte avec elle un message clair des électeurs : “ Faites de la Politique ou DEGAGEZ!” Dans certaines villes (inclue la mienne, El Jadida) la campagne électorale en a écœuré plus qu’un! Entre les innovations pour maintenir la passation héréditaire des sièges au parlement, l’utilisation de l’argent, et les soirées arrosées sur fond de chikhates… les listes se sont certes rajeunies, mais les pathologies restent les mêmes! Néanmoins, la majorité des électeurs n’en ai pas restée indifférente et a voté PJD.

Si le parti islamiste modéré a été porté au pouvoir par des électeurs et adhérents disciplinés, le vote en leur faveur a aussi été un salut à un parti intègre et militant. La victoire du PJD a un effet psychologique indéniablement positif. C’est une reconnaissance citoyenne d’un des rares partis qui fait de la « politique » au sens originel du terme. Son ancrage populaire incontestable, son militantisme continu, son fonctionnement interne démocratique, son identité politique certaine en font un modèle. Et c’est cette fidélité à la nature brute du politique que les électeurs ont accrédité.

Un appel à l’ordre

L’arrivée en tête du PJD est aussi un nouveau souffle pour l’ensemble du paysage politique ainsi que ses institutions traditionnelles (les partis). Elle met en garde les partis politiques qui ceux sont laissés aller et balaie les partis de l’administration, consacrant ainsi le début de la fin des notables féodaux et transhumants. Par son incorporation du sens premier de la politique, le PJD appelle à l’ordre des partis politiques pervertis.

Il rappelle aux partis de l’administration dont la majorité se sont regroupés au sein du G8 que la transhumance, l’utilisation de l’argent, l’achat des voix, « la démarche du boutiquier », la poursuite du pouvoir ne sont pas de la politique. Il rappelle aussi à une gauche effritée et malade que la remise en question, la cohérence et l’intégrité, l’innovation la reconnexion avec la base populaire sont aussi de la politique.

En effet, le vote en faveur du PJD est aussi un vote de protestation. Il incorpore substantiellement un ras le bol contre les pratiques politiciennes insultantes pour le citoyen, et appliquées de manière raffinée par les partis où s’amassent des notables sans identités politiques, sans souciance pour la chose publique, et dont la fin ultime est la promotion de l’intérêt personnel.

La victoire du PJD et la Monarchie Parlementaire

La confiance que la majorité des électeurs Marocains a accordée au PJD ce 25 novembre 2011 est aussi un progrès dans le sens d’une monarchie parlementaire parce qu’elle consolide l’idée que le roi n’est pas le seul acteur. Aujourd’hui, elle renforce chez le citoyen le sentiment que d’autres institutions et entités politiques- jouissant d’une représentativité populaire- peuvent jouer un rôle autre qu’accessoriel dans le paysage politique. Si les Marocains portent le PJD au pouvoir c’est aussi parce qu’ils nourrissent l’espoir que le PJD a le potentiel pour dénaturer les « partis de l’administration » dont le rôle existentiel est de réduire à néant le parti politique- en tant qu’institution- pour que la Monarchie se maintienne en ultime acteur du champ politique.

Le G8- qui a regroupé l’ensemble des partis de l’administration dont le but est d’empêcher l’émergence de partis forts et supprimer toute autonomie à la vie politique- est un mercenaire mort né. S’il existait pour « barrer la route aux islamistes », sa politique contre nature n’a provoqué que l’effet inverse. C’est contre lui que ce sont élevés les voix de milliers de Marocains. Le vote anti G8 est aussi un rappel à ceux qui ne l’ont tjrs pas compris qu’il y’a un avant et après 20 février, et que les magouilles politiciennes ne suffisent plus à garantir un pouvoir inconditionnel.

Le PJD, le Mouvement du 20 Février, et la Gauche 

Tout en saluant l’avancée en transparence du processus électoral, il est important de percevoir que cet exercice électoral a confirmé la possibilité d’une impulsion populaire par les urnes. On ne peut aujourd’hui que souhaiter au PJD une bonne continuation au gouvernement. Cependant les défis sont élevés. En plus de la gestion des tensions sociales et économiques, des solutions crédibles et des mesures anti-corruption renforcées doivent donner des signes forts dans le combat contre la pauvreté, l’analphabétisme, le chômage et les logements insalubres. Etablir un dialogue avec le Mouvement 20 Février, à qui il faut reconnaitre le courage et l’initiation de ce réveil contre la prédation politique, est impératoire. Le laxisme et l’excès de consensualisme dans l’exercice du pouvoir sont à éviter si l’on veut s’inscrire dans un processus d’apprentissage de l’alternance précédente. Espérons enfin que cette gifle islamiste à la gauche suscite enfin sa cure.

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