DRONES • Un ancien « pilote » américain raconte

03.01.2013  |   Nicola Abé  |   Der Spiegel via Courrier International 

Brandon Bryant était pilote de drone au sein d’une unité spéciale de l’armée de l’air américaine. Depuis l’Etat du Nouveau-Mexique, il a tué des dizaines de personnes. Jusqu’au jour où il a déclaré forfait.

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Un drone MQ-1 Predator lors d’une sortie d’entraînement sur la base de Creech, dans le Nevada – US Air Force/Brian Ferguson

Pendant plus de cinq ans, Brandon Bryant a travaillé dans un container allongé de la taille d’une caravane, sans fenêtres, à température constante de 17 °C, et dont la porte était condamnée par mesure de sécurité. Devant les yeux de Brandon et de ses collègues scintillaient quatorze écrans. Sous leurs doigts, quatre claviers. Il suffisait que Brandon presse un bouton au Nouveau-Mexique pour qu’un homme meure à l’autre bout de la planète.

A l’intérieur du container, des ordinateurs ronronnent. C’est le cerveau d’un drone. Dans l’US Air Force, on appelle cette pièce un “cockpit”. A cette différence près que les pilotes du container ne volent pas – ils se contentent de piloter.

Brandon était l’un d’entre eux. Il se souvient très précisément des huit que décrivait le Predator dans le ciel afghan, à plus de 10 000 kilomètres de l’endroit où il se trouvait. Dans le réticule du drone, une maison aplatie en terre, avec une étable pour les chèvres, se rappelle-t-il. Lorsque l’ordre de faire feu tombe, Brandon presse un bouton de la main gauche, “marque” le toit au laser, et le pilote assis à côté de lui déclenche le tir à l’aide d’un joystick. Le drone lance un missile de type Hellfire. Il reste alors seize secondes avant l’impact. “Les secondes s’écoulent au ralenti”, se souvient Brandon aujourd’hui. Enregistrées au moyen d’une caméra infrarouge orientée vers le sol, les images sont transmises par satellite et apparaissent sur son moniteur avec un décalage de deux à cinq secondes.

Plus que sept secondes, pas l’ombre d’un humain. A cet instant, Brandon aurait encore pu détourner le missile roquette. Trois secondes. Brandon scrute le moindre pixel sur l’écran. Soudain, un enfant qui court à l’angle de la maison. Au moment de l’impact, le monde virtuel de Brandon et le monde réel d’un village situé entre Baghlan et Mazar-e Charif se télescopent.

Brandon voit une lueur sur l’écran – l’explosion. Des pans du bâtiment s’écroulent. L’enfant a disparu. Brandon a l’estomac noué.

“On vient de tuer le gamin ?” demande-t-il à son collègue assis à côté.
“Je crois que c’était un gamin”, lui répond le pilote.
“C’était un gamin ?” continuent-ils de s’interroger dans la fenêtre de messagerie instantanée qui s’affiche sur leur écran.
C’est alors que quelqu’un qu’ils ne connaissent pas intervient, quelqu’un qui se trouve quelque part dans un poste de commandement de l’armée et qui a suivi leur attaque : “Non, c’était un chien.”

Ils se repassent l’enregistrement une nouvelle fois. Un chien sur deux jambes ? Lorsque Brandon Bryant sort de son container ce jour-là, le cœur de l’Amérique profonde s’étale devant lui : l’herbe drue de la steppe à perte de vue, des champs, l’odeur du lisier. A intervalles de quelques secondes, la tour de radar de la base de Cannon [au Nouveau-Mexique] de l’US Air Force projette un éclair dans le crépuscule. Une guerre est en cours.

La guerre moderne est invisible, la distance lui ôte de sa gravité. C’est une guerre larvée, contrôlée, téléguidée depuis de petites unités high-tech disséminées en différents points du globe. La guerre nouvelle se veut plus précise que l’ancienne. Pour cela, beaucoup la disent “plus humaine”. C’est la guerre d’un intellectuel : plus qu’aucun autre avant lui, Barack Obama l’a encouragée.

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Deux pilotes aux commandes d’un drone Predator en Irak, à la Balad Air Base, en août 2007. US Air Force/CC

Une guerre lointaine et intime

C’est dans un couloir lambrissé de bois sombre du Pentagone, le ministère qui conçoit cette guerre, que les responsables de l’US Air Force ont leurs bureaux. Aux côtés des portraits des chefs militaires, on découvre le tableau d’un Predator, une peinture de drone. Si l’on en croit l’armée, aucune autre invention n’a autant fait la preuve de son utilité ces dernières années dans la “guerre contre le terrorisme”.

L’armée télécommande des drones à partir de sept bases militaires sur le territoire américain, auxquelles il faut ajouter les bases de l’étranger, notamment à Djibouti, en Afrique. Depuis son siège de Langley, dans l’Etat de la Virginie, la CIA opère au Pakistan, en Somalie et au Yémen.

Jusqu’à sa promotion voilà quelques mois au ministère de la défense au poste de responsable de la force d’intervention Drones, William Tart était commandant de la base aérienne de Creech, au Nevada, près de Las Vegas, où il dirigeait l’engagement des drones.

Il évoque l’usage humanitaire des drones après le tremblement de terre de Haïti et les succès militaires pendant le conflit libyen : il raconte comment ses hommes ont détruit un camion qui lançait des roquettes sur Misrata, comment ils ont traqué le convoi dans lequel fuyaient Kadhafi et ses partisans. Il ajoute que les troupes terrestres engagées en Afghanistan ne tarissaient pas d’éloges sur l’appui aérien. “Nous sauvons des vies”, affirme-t-il.

Il sera moins disert sur les exécutions ciblées. Pendant ses deux années à la tête de la base de Creech, il n’a vu mourir que des combattants, jure-t-il. Les cibles n’étaient abattues que lorsque les femmes et les enfants étaient dehors. Quand on lui pose des questions sur la chaîne de commandement, le colonel Tart renvoie à un document de 275 pages énonçant que les attaques de drones sont soumises aux mêmes autorisations que toutes les autres attaques conduites par l’US Air Force. Un officier basé dans le pays en question doit donner son feu vert.

Puis le colonel Tart sort de ses gonds. Il n’aime pas entendre parler de frappes “chirurgicales”. Cela le fait penser à ces vétérans du Vietnam qui lui reprochent de n’avoir jamais pataugé dans la boue, de n’avoir jamais senti l’odeur du sang, de ne pas avoir la moindre idée de ce qu’est la guerre.

Faux, rétorque le gradé. L’heure de trajet qui sépare Las Vegas de son lieu de travail lui a souvent été nécessaire pour prendre du recul. “Nous observons des hommes pendant des mois, nous les voyons jouer avec leurs chiens, étendre leur linge. Nous connaissons leurs habitudes comme nous connaissons celles de nos voisins, nous allons même à leur enterrement.” Cela n’a pas toujours été simple, assure-t-il. “Avec le drone, la guerre a quelque chose de personnel”, fait observer William Tart.

Jamais il n’aurait imaginé tuer tant de gens 

Une maison de bois jaune en périphérie de la petite ville de Missoula, dans le Montana. En toile de fond, des chaînes de montagnes, des bois et des nappes de brouillard. Les premières neiges s’accrochent. Brandon Bryant, 27 ans, est installé sur le canapé de sa mère. Il est revenu vivre chez elle depuis qu’il a quitté l’armée, porte une barbe de trois jours et se rase la tête. “Cela fait quatre mois que je ne rêve plus en infrarouge”, confie-t-il en souriant. Une victoire pour lui.

Il a fait six ans dans l’US Air Force et totalise 6 000 heures de vol. “Pendant ces six ans, j’ai vu mourir des hommes, des femmes et des enfants”, raconte-t-il. Jamais il n’aurait imaginé tuer tant de gens. En fait, il n’aurait même jamais imaginé en tuer un seul.

A la sortie du lycée, Brandon voulait devenir journaliste. A l’époque, il allait encore à l’église le dimanche et “flashait” sur les pom-pom girls rousses. Après un semestre d’études, il avait plusieurs milliers de dollars de dettes.

Son engagement dans l’armée tient du hasard : il accompagne un ami venu signer, entend que l’US Air Force dispose de sa propre université et qu’il pourrait y étudier sans débourser un centime. Brandon se sort si brillamment des épreuves qu’on le destine au service de renseignements. Il apprend à guider les caméras et les lasers d’un drone, à analyser les images du sol, les cartes et les données météo.

Il a 20 ans lorsqu’il participe à sa première mission au-dessus de l’Irak. Ce jour-là, un soleil de plomb brûle dans le ciel du Nevada, mais le container est dans la pénombre. Au Proche-Orient, la nuit se termine. Un détachement de soldats américains regagne son camp de base. La mission de Brandon est de surveiller l’itinéraire, d’être leur “ange gardien” dans le ciel.

Il distingue un “œil”, une forme sur le macadam. “J’avais appris ce qu’était un œil pendant ma formation”, raconte-t-il. Lorsqu’il veut enfouir un engin explosif artisanal sous une route, l’ennemi brûle un pneu pour attendrir le goudron, et la partie brûlée ressemble à un œil.

Le convoi de soldats est encore à plusieurs kilomètres de là. Brandon informe ses supérieurs, qui informent à leur tour le haut commandement. Sa mission, pendant les minutes qui suivent, est de scruter le comportement des véhicules sur place.

“Qu’est-ce qu’on doit faire ?” s’enquiert-il auprès de son coéquipier. Mais le pilote est novice, lui aussi. Impossible d’entrer en contact radio avec les soldats au sol, ils ont activé un brouilleur. Brandon voit un premier véhicule passer sur l’œil. Rien. Un deuxième engin arrive. Brandon voit un éclair sous le véhicule, puis une explosion à l’intérieur. Cinq soldats américains viennent de perdre la vie.

Depuis ce jour, Brandon se dit qu’il a la mort de cinq de ses compatriotes sur la conscience. Il entreprend alors de tout apprendre par cœur, les manuels sur le Predator, sur les missiles. Il se familiarise avec tous les scénarios possibles. Il veut devenir le meilleur pour qu’une telle chose ne se reproduise jamais.

Il travaille jusqu’à douze heures d’affilée. L’US Air Force n’a pas encore assez de personnel pour la guerre télécommandée en Irak et en Afghanistan. Les pilotes de drones passent pour des couards qui se contentent d’appuyer sur un bouton. Le poste a si mauvaise presse que l’on va même chercher des retraités pour l’occuper.


La première fois

Brandon se souvient de son premier tir de missile : deux hommes meurent sur le coup et il assiste à l’agonie du troisième. L’homme a perdu une jambe, il se tient le moignon, son sang chaud ruisselle sur l’asphalte. La scène dure deux minutes. En rentrant chez lui, Brandon appelle sa mère en pleurant. “Pendant une semaine, j’étais comme coupé du reste du monde”, glisse-t-il. Il est attablé dans l’un de ses cafés préférés de Missoula. Ça sent le beurre et la cannelle. Il vient souvent ici, observe les gens, lit des livres de Nietzsche ou de Mark Twain, et change de place – dès qu’il reste trop longtemps au même endroit, il angoisse.

Sa petite amie vient de rompre. Elle lui avait demandé de lui parler de ce poids qu’il avait sur les épaules. Il s’en est ouvert, et elle ne s’est pas sentie de taille, elle ne voulait pas partager ce fardeau avec lui.

Lorsque Brandon traverse sa ville natale en voiture, c’est avec des lunettes d’aviateur sur le nez et un keffieh. Il a tapissé l’intérieur de sa Chrysler des insignes de ses unités. Sur Facebook, il présente une galerie photo de ses médailles, des décorations non officielles qui lui ont été décernées. Il n’a pas d’autre passé que celui-là, qui est à la fois un ennemi contre lequel il doit lutter et un motif de fierté.

Il est envoyé en Irak en 2007. “Prêt à en découdre”, poste-t-il sur son profil Facebook. Depuis une base militaire américaine située à une centaine de kilomètres de Bagdad, il a pour mission de faire décoller et atterrir des drones. Deux ans plus tard, l’US Air Force l’envoie dans une unité spéciale. Il est muté sur la base de Cannon. Là, il partage un pavillon avec un de ses collègues dans la petite ville poussiéreuse et très isolée de Clovis, laquelle se compose essentiellement de caravanes, de stations-service et d’églises évangéliques.

Brandon préfère l’équipe de nuit, car il fait alors jour en Afghanistan. Au printemps, le paysage afghan lui rappelle son Montana natal, avec ses sommets enneigés et ses vallées verdoyantes. Il voit les gens travailler aux champs, les jeunes jouer au football, les hommes embrasser leurs femmes et leurs enfants.

Lorsque la nuit tombe, Brandon enclenche la caméra infrarouge. En été, de nombreux Afghans dorment sur leur toit, à cause de la chaleur. “Je les voyais faire l’amour. Ce sont deux points infrarouges qui fusionnent.” Il observe certaines personnes pendant des semaines, notamment des talibans qui dissimulent des armes, ou ceux qui figurent sur une liste parce que l’armée, les services secrets ou des informateurs présents sur place savent quelque chose à leur sujet.

“J’apprenais à les connaître. Jusqu’à ce que quelqu’un placé plus haut dans la hiérarchie donne l’ordre de tirer.” Le fait de priver des enfants de leur père lui donne mauvaise conscience. A ses heures perdues, Brandon joue aux jeux vidéo ou à World of Warcraft sur Internet, ou va boire un verre avec les autres.

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Un drone survole l’Afghanistan – US Air Force/CC

Une mère pilote 

A Holloman, une base de l’US Air Force située au Nouveau-Mexique, le major Vanessa Meyer – [sur son uniforme vert de l’armée de l’air] son vrai nom est recouvert d’un ruban adhésif noir – présente la formation des pilotes de drones. En 2013, l’US Air Force devrait enfin bénéficier d’effectifs suffisants pour répondre aux besoins.

Gloss sur les lèvres et diamant au doigt, Vanessa Meyer, 34 ans, a piloté des avions-cargos avant de téléguider des drones. Aujourd’hui, elle est formatrice. Revêtue de son uniforme, elle a pris place dans le cockpit d’entraînement et fait une démonstration de téléguidage d’un drone au-dessus de l’Afghanistan. Sur le moniteur, le réticule suit un véhicule blanc jusqu’à un village de maisons en terre. Le joystick oriente l’appareil tandis que la main gauche actionne le levier permettant de contrôler la vitesse. Sur un terrain d’aviation situé derrière le container, Vanessa Meyer nous présente le Predator, un oiseau délicat et argenté, et son grand frère le Reaper – la Faucheuse –, qui transporte quatre missiles et une bombe : “D’excellents appareils. Sauf par mauvais temps, auquel cas on ne peut pas les utiliser.”

C’est non loin de Las Vegas, depuis la base de Creech, qu’elle pilotait ses drones, même quand elle était enceinte de son premier enfant. Au neuvième mois de grossesse, elle était encore dans son cockpit, le ventre appuyé contre le clavier. Quand on planifie une attaque [de drone], dit-elle, il n’y a “pas de place pour les sentiments”. Naturellement elle sentait bien, alors, que son cœur battait plus fort et que l’adrénaline se diffusait dans son corps. Mais elle s’en tenait rigoureusement aux consignes, se concentrait sur le positionnement de l’appareil : “Quand l’ordre tombait et qu’il s’agissait d’un ennemi qui l’avait mérité, cela ne me posait aucun problème.”

Chez elle, il n’y a pas de place pour la méchanceté de ce monde. Avec son époux, un pilote de drone, elle ne parle pas travail. Elle regarde des dessins animés en pyjama à la télé ou joue avec son bébé. Aujourd’hui, Vanessa Meyer a deux enfants en bas âge. Elle veut leur montrer que “maman fait du bon travail”. Son emploi actuel de formatrice lui apporte beaucoup de satisfaction, assure-t-elle. Mais elle aimerait revenir aux opérations de combat.

Un jour, il s’est effondré 

Un beau jour, Brandon Bryant n’a plus eu qu’une seule envie, partir, faire autre chose. Il avait été renvoyé à l’étranger quelques mois, en Afghanistan cette fois. A son retour au Nouveau-Mexique, il s’est mis à haïr ce cockpit qui sentait la sueur et qu’il aspergeait de désodorisant. Il voulait sauver des vies humaines, se disait-il, et non les détruire. Organiser des stages de survie, par exemple. Ses amis ont essayé de l’en dissuader.

Les jours où il trouvait le temps long, il écrivait son journal dans le cockpit : “Sur le champ de bataille, il n’y a pas de belligérants, juste du sang, la guerre totale. Je me sens tellement mort. Je voudrais que mes yeux se décomposent.” Il se disait qu’ils ne le laisseraient faire autre chose que s’il avait la forme physique ad hoc. Le problème, c’est qu’il était plutôt bon dans ce qu’il faisait.

Et puis, un jour, il n’a plus éprouvé le moindre plaisir à retrouver ses amis. La jeune fille qu’il fréquentait s’est plainte de ses accès de mauvaise humeur. “Il n’y a pas d’interrupteur, je ne peux pas changer comme cela”, lui a-t-il rétorqué. Quand il rentrait chez lui et ne parvenait pas à dormir, il faisait de la muscu. Il a commencé à répondre à ses supérieurs.

Et puis un jour il s’est effondré au bureau, s’est plié en deux, a craché du sang. Le médecin lui a prescrit un arrêt de travail. Il pourrait revenir lorsqu’il dormirait plus de quatre heures par nuit pendant quinze jours d’affilée.

“Six mois plus tard, j’étais de retour dans le cockpit à faire voler des drones”, raconte Brandon, installé dans le salon de sa mère, à Missoula. Son chien gémit et appuie sa tête contre sa joue. Brandon n’a pas encore récupéré ses meubles. Ils sont au garde-meubles et il n’a pas d’argent pour régler la facture. Il n’a plus que son ordinateur.

La nuit précédant notre entrevue, Brandon a posté un dessin sur Facebook. On y voit un couple d’amoureux se tenir par la main dans une prairie verdoyante, le regard tourné vers le ciel. Dans l’herbe, un enfant et un chien sont accroupis. Mais cette prairie ne représente qu’une partie du monde. Dessous, on voit une marée de soldats à l’agonie qui tentent de soutenir la prairie avec la dernière énergie, une marée de cadavres, de membres arrachés et de sang.

Les médecins du département des anciens combattants lui ont diagnostiqué un syndrome post-traumatique. L’espoir d’une guerre confortable, sans séquelles psychologiques, a fait long feu. Le monde de Brandon s’est confondu avec celui de ce petit Afghan, comme s’il y avait eu un court-circuit dans le cerveau du drone.

Pourquoi Brandon Bryant a-t-il quitté l’US Air Force ? Un beau jour, il a compris qu’il ne signerait pas le nouveau contrat qu’on lui proposait – le jour où il est entré dans le cockpit et s’est entendu dire à ses collègues : “Hey, lequel de ces fils de pute on se fait aujourd’hui ?”

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eplume repère:

According to recent reports, the Pentagon now has some 7,000 aerial drones, compared with fewer than 50 a decade ago. The fiscal year 2012 budget included nearly $5 billion for drone research, development and procurement. This figure represents the known costs; it does not include funding that may be classified.

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12 commentaires pour DRONES • Un ancien « pilote » américain raconte

  1. mouka dit :

    J’en suis reste sans voix. Cela nous montre a quel point les guerres sont sales. Meme si elles sont menees depuis des salles climatisees a des milliers de kilometres des carnages. Les guerres sont toujours sales.

  2. ... dit :

    Article publié sur le DailyMail sur une note de maison Blanche/ Ministère de la justice affirmant la légalité des assassinats de citoyens américains par l’utilisation de drones.

    Voici l’article intégrale:

    White House calls drone strikes against Americans on U.S. soil ‘legal,’ ‘ethical’ and ‘wise’ – even without evidence of a pending attack

    -The U.S. government can order the killing of American citizens if they are believed to be ‘senior operational leaders’ of Al Qaeda or ‘an associated force,’ the memo states
    -The U.S. government can do so even if there is no clear evidence that the American targeted is engaged in an active plot to attack the U.S.
    -NBC reported the news after obtaining and releasing the memo
    -The Justice Department told MailOnline that it would not comment on the news

    By DAMIAN GHIGLIOTTY

    The White House is declining to explain its criteria for directing drone attacks against American citizens working abroad with terrorists following revelations that the administration requires no evidence of a pending attack to justify a strike.
    ‘These strikes are legal, they are ethical and they are wise,’ White House spokesman Jay Carney said Tuesday.
    He declined to discuss in detail a newly disclosed Justice Department memo saying only that the target must be involved in ongoing plotting against the United States for a strike to be justified.

    He said President Barack Obama takes seriously his responsibility to protect the United States and its citizens and that great care is taken to avoid the loss of innocent lives.
    Controversy over U.S. drone policy mushroomed after a September 2011 drone strike in Yemen killed two American citizens.
    The newly revealed memo, which is not an official legal document, sheds new light on the reasoning behind a reported increase in the number of drone strikes used against Al Qaeda suspects in recent years — including those aimed at American citizens — under the Obama administration.
    The undated memo, ‘Lawfulness of a Lethal Operation Directed Against a U.S. Citizen who is a Senior Operational Leader of Al Qa’ida or An Associated Force,’ was reportedly provided to members of the Senate Intelligence and Judiciary committees in June by unnamed administration officials.
    It was provided on the condition that authorities keep the memo confidential and not discuss its contents publicly, according to NBC.
    ‘The condition that an operational leader present an “imminent” threat of violent attack against the United States does not require the United States to have clear evidence that a specific attack on U.S. persons and interests will take place in the immediate future,’ the memo states.

    The Justice Department told MailOnline that it would not comment on the news.
    The Obama administration has remained relatively hush about reports of increased drone strikes carried out since 2008.
    The Long War Journal reports that the U.S. has been conducting a covert program to target and kill Al Qaeda and Taliban commanders in Pakistan’s northwest region.
    ‘The US ramped up the number of strikes in July 2008, and has continued to regularly hit at Taliban and Al Qaeda targets inside Pakistan,’ the non-profit news outlet writes.
    ‘There have been 332 strikes total since the program began in 2004; 322 of those strikes have taken place since January 2008.’
    The New York Times reported in November that the Obama administration had been mapping out a strategy weeks before the presidential election to develop definitive rules for the targeted killing of terrorists by drones, so that a new president would ‘inherit clear standards and procedures’ if Obama was not re-elected.
    The secrecy surrounding such strikes may soon be unraveled, as indicated by the release of the 16-page Justice Department memo.

    John Brennan, a White House counter-terrorism adviser, one of the leading architects behind the government’s drone policy and Obama’s pick to become the country’s new CIA director, is expected to face tough questions about his involvement in Obama’s drone program during his Senate confirmation hearing on Thursday.
    Brennan was the first administration official to formally acknowledge drone strikes in a speech he gave at the Woodrow Wilson Center in April 2012, calling drone strikes ‘consistent with our inherent right of national self-defense.’

    A bipartisan group of 11 senators wrote a letter to Obama on Monday asking his administration to provide its legal justification for its use of drone strikes over the past four years.
    ‘We ask that you direct the Justice Department to provide Congress, specifically the Judiciary and Intelligence Committees, with any and all legal opinions that lay out the executive branch’s official understanding of the President’s authority to deliberately kill American citizens,’ the senators led by Democrat Ron Wyden of Oregon wrote in their letter.
    Political blogger Marcy Wheeler, who says she has closely tracked the group’s repeated requests, writes that it was at least the 12th time Congress had asked for those documents.
    Among the overseas attacks that have killed U.S. citizens with terrorist ties on Obama’s watch, a September 2011 missile strike in Yemen took out alleged Al Qaeda members Anwar al-Awlaki and Samir Khan.
    Both men were U.S. citizens who had never been indicted by the U.S. government or charged with any specific crimes.
    Read the full Justice Department white paper released on Monday night here

    Source:
    http://www.dailymail.co.uk/news/article-2273643/White-House-calls-drone-strikes-Americans-U-S-soil-legal-ethical-wise–evidence-pending-attack.html#axzz2K5M0vnHp
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    Voici aussi un lien pour lire la note en qestion : Read the full Justice Department white paper released on Monday night(04-02-2013) : http://fr.scribd.com/doc/124123005/020413-DOJ-White-Paper-Drone-Strike-Legal-Obama

  3. ... dit :

    Exemple de » l’efficacité et de « la légalité » des assassinats » ciblés » par utilisation des drones approuvé par l’administration Obama( Prix Nobel de la paix en 2009) :
    Abdulrahman al-Awlaki, un citoyen américain âgé de 16 ans*. Son histoire d’abord soupçonné de terrorisme, ensuite on affirme qu’il s’est juste trouvé au mauvais endroit et au mauvais moment.

    * http://www.washingtonpost.com/wp-srv/world/documents/abdulrahman-al-awlaki-birth-certificate.html

    Article du Washington Post sur l’absence de position claire de la part de la maison blache au sujet de cet assassinat de l’adolescent américain: http://www.webcitation.org/mainframe.php

    • dima dit :

      Tu as bien fait d’attirer l’attention de ton lectorat sur
      le fait qu’il a été décerné au président Obama le prix
      Nobel 2008…

      De l’ironie… ingénue !

  4. ... dit :

    According to recent reports, the Pentagon now has some 7,000 aerial drones, compared with fewer than 50 a decade ago. The fiscal year 2012 budget included nearly $5 billion for drone research, development and procurement. This figure represents the known costs; it does not include funding that may be classified.

  5. ... dit :

    March 13, 2012| Jeremy Scahill | The Nation
    Why Is President #Obama Keeping a Journalist In Prison in Yemen?
    http://bit.ly/y4kjIT
    #Abdulelah Haider Shaye

    ************************************

    Naming the Dead: Bureau announces new drones project : http://www.thebureauinvestigates.com/2013/02/04/naming-the-dead-bureau-announces-new-drones-project/

  6. ... dit :

    4 juin 2012 | Charles Krauthammer | The Washington Post

    ÉTATS-UNIS • Sa Majesté des drones à la Maison-Blanche

    Le chroniqueur conservateur Charles Krauthammer condamne vigoureusement la stratégie de lutte contre le terrorisme adoptée par Obama. L’usage massif des drones est en totale contradiction avec l’image de droiture morale que le président affiche, estime-t-il

    La lecture d’un récent article du New York Times portant sur la « petite activité hebdomadaire » du président a de quoi laisser pantois. On y apprend que tous les mardis Obama étale devant lui des cartes d’un genre très particulier où figurent les photos et les notices biographiques de terroristes présumés pour choisir quelle sera la prochaine victime d’une attaque de drone. Et c’est à lui qu’il revient de trancher : la probabilité de tuer un proche de la cible ou des civils se trouvant à proximité mérite-t-elle ou non d’interrompre la procédure ?

    Cet article aurait pu s’intituler : « Barack Obama, Seigneur des drones ». On y apprend avec force détails comment Obama gère personnellement la campagne d’assassinats téléguidés. Et l’article fourmille de citations officielles des plus grands noms du gouvernement. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, il ne s’agit pas de fuites mais bien d’un véritable communiqué de presse de la Maison-Blanche.

    L’objectif est de présenter Obama comme un dur à cuire. Pourquoi maintenant ? Parce que, ces derniers temps, le locataire de la Maison-Blanche apparaît singulièrement affaibli : il semble impuissant alors que des milliers de personnes se font massacrer en Syrie ; il se fait rouler dans la farine par l’Iran comme en témoigne l’échec des dernières négociations sur le nucléaire à Bagdad ; Vladimir Poutine le traite avec mépris en bloquant toute intervention dans ces deux pays et lui a même infligé un camouflet public, en décidant de se faire remplacer [par son Premier ministre Medvedev] lors des derniers sommets du G8 et de l’Otan.

    Le camp Obama pensait que l’exécution d’Oussama Ben Laden réglerait tous ses problèmes de politique étrangère. Mais la tentative par le gouvernement d’exploiter politiquement le premier anniversaire du raid meurtrier contre le chef d’Al-Qaida n’a pas eu les effets escomptés, bien au contraire. Après avoir abattu sa meilleure carte (la mort de Ben Laden), il lui fallait donc en trouver une nouvelle, et c’est là qu’intervient le « Seigneur des drones », un justicier solitaire, sans pitié pour les membres d’Al-Qaida.

    Qu’est donc devenu cet artisan de paix récompensé par un prix Nobel, ce président favorable au désarmement nucléaire, cet homme qui s’était excusé aux yeux du monde des agissements honteux de ces Etats-Unis qui infligeaient des interrogatoires musclés à ces mêmes personnes qu’il n’hésite pas aujourd’hui à liquider ? L’homme de paix a été remplacé – juste à temps pour la campagne électorale de 2012 – par une sorte de dieu vengeur, toujours prêt à déchaîner son courroux.

    Quel sens de l’éthique étrange. Comment peut-on se pavaner en affirmant que les Etats-Unis ont choisi la droiture morale en portant au pouvoir un président profondément offensé par le bellicisme et la barbarie de George W. Bush et ensuite révéler publiquement que votre activité préférée consiste à être à la fois juge et bourreau de combattants que vous n’avez jamais vus et que peu vous importe si des innocents se trouvent en leur compagnie.

    Il ne s’agit pas de condamner les attaques de drones. Sur le principe, elles sont complètement justifiées. Il n’y a aucune pitié à avoir à l’égard de terroristes qui s’habillent en civils, se cachent parmi les civils et n’hésitent pas à entraîner la mort de civils. Non, le plus répugnant, c’est sans doute cette amnésie morale qui frappe tous ceux dont la délicate sensibilité était mise à mal par les méthodes de Bush et qui aujourd’hui se montrent des plus compréhensifs à l’égard de la campagne d’assassinats téléguidés d’Obama.

    En outre le Seigneur des drones est un piètre stratège, car les terroristes morts ne peuvent pas parler. Les frappes aériennes de drones ne coûtent pas cher, ce qui est une bonne chose. Mais aller à la facilité a un coût. Ces attaques ne nous offrent aucune information sur les réseaux terroristes ni sur leurs projets. Capturer un seul homme pourrait être plus utile qu’en tuer dix. Le gouvernement Obama a révélé publiquement son opposition aux tribunaux militaires, sa volonté de juger Khalid Cheik Mohammed [considéré comme le cerveau des attentats du 11 septembre 2001] à New York et d’essayer vigoureusement (mais sans succès puisque, ô surprise, il n’y a pas d’autres solutions) de fermer Guantanamo Bay. Et pourtant ces délicates attentions à l’égard des terroristes quand ils sont prisonniers coexistent avec une volonté de les tuer directement dans leur lit.

    Les prisonniers ont des droits, alors ne faisons pas de prisonniers, il y a là une morale perverse. Nous n’hésitons pas à tuer des terroristes, mais nous renonçons délibérément à obtenir des informations qui pourraient sauver des vies. Mais cela nous y penserons plus tard. Pour l’instant, réjouissons-nous de la haute stature morale et de l’absence de complaisance de notre Seigneur des drones présidentiel.

    Infographie: http://mehditou.tumblr.com/image/43807296840

    Source: http://www.courrierinternational.com/article/2012/06/04/sa-majeste-des-drones-a-la-maison-blanche

  7. ... dit :

    ‘Drone strikes a terror-generating machine’ – Noam Chomsky

  8. ... dit :

    The Drone That Killed My Grandson

    The New York Times | Nasser Al Awlaki | July 17, 2013

    SANA, Yemen — I LEARNED that my 16-year-old grandson, Abdulrahman — a United States citizen — had been killed by an American drone strike from news reports the morning after he died.
    The missile killed him, his teenage cousin and at least five other civilians on Oct. 14, 2011, while the boys were eating dinner at an open-air restaurant in southern Yemen.

    I visited the site later, once I was able to bear the pain of seeing where he sat in his final moments. Local residents told me his body was blown to pieces. They showed me the grave where they buried his remains. I stood over it, asking why my grandchild was dead.

    Nearly two years later, I still have no answers. The United States government has refused to explain why Abdulrahman was killed. It was not until May of this year that the Obama administration, in a supposed effort to be more transparent, publicly acknowledged what the world already knew — that it was responsible for his death.

    The attorney general, Eric H. Holder Jr., said only that Abdulrahman was not “specifically targeted,” raising more questions than he answered.

    My grandson was killed by his own government. The Obama administration must answer for its actions and be held accountable. On Friday, I will petition a federal court in Washington to require the government to do just that.

    Abdulrahman was born in Denver. He lived in America until he was 7, then came to live with me in Yemen. He was a typical teenager — he watched “The Simpsons,” listened to Snoop Dogg, read “Harry Potter” and had a Facebook page with many friends. He had a mop of curly hair, glasses like me and a wide, goofy smile.

    In 2010, the Obama administration put Abdulrahman’s father, my son Anwar, on C.I.A. and Pentagon “kill lists” of suspected terrorists targeted for death. A drone took his life on Sept. 30, 2011.

    The government repeatedly made accusations of terrorism against Anwar — who was also an American citizen — but never charged him with a crime. No court ever reviewed the government’s claims nor was any evidence of criminal wrongdoing ever presented to a court. He did not deserve to be deprived of his constitutional rights as an American citizen and killed.

    Early one morning in September 2011, Abdulrahman set out from our home in Sana by himself. He went to look for his father, whom he hadn’t seen for years. He left a note for his mother explaining that he missed his father and wanted to find him, and asking her to forgive him for leaving without permission.

    A couple of days after Abdulrahman left, we were relieved to receive word that he was safe and with cousins in southern Yemen, where our family is from. Days later, his father was targeted and killed by American drones in a northern province, hundreds of miles away. After Anwar died, Abdulrahman called us and said he was going to return home.

    That was the last time I heard his voice. He was killed just two weeks after his father.

    A country that believes it does not even need to answer for killing its own is not the America I once knew. From 1966 to 1977, I fulfilled a childhood dream and studied in the United States as a Fulbright scholar, earning my doctorate and then working as a researcher and assistant professor at universities in New Mexico, Nebraska and Minnesota.

    I have fond memories of those years. When I first came to the United States as a student, my host family took me camping by the ocean and on road trips to places like Yosemite, Disneyland and New York — and it was wonderful.

    After returning to Yemen, I used my American education and skills to help my country, serving as Yemen’s minister of agriculture and fisheries and establishing one of the country’s leading institutions of higher learning, Ibb University. Abdulrahman used to tell me he wanted to follow in my footsteps and go back to America to study. I can’t bear to think of those conversations now.

    After Anwar was put on the government’s list, but before he was killed, the American Civil Liberties Union and the Center for Constitutional Rights represented me in a lawsuit challenging the government’s claim that it could kill anyone it deemed an enemy of the state.

    The court dismissed the case, saying that I did not have standing to sue on my son’s behalf and that the government’s targeted killing program was outside the court’s jurisdiction anyway.

    After the deaths of Abdulrahman and Anwar, I filed another lawsuit, seeking answers and accountability. The government has argued once again that its targeted killing program is beyond the reach of the courts. I find it hard to believe that this can be legal in a constitutional democracy based on a system of checks and balances.

    The government has killed a 16-year-old American boy. Shouldn’t it at least have to explain why?

    Nasser al-Awlaki, the founder of Ibb University and former president of Sana University, served as Yemen’s minister of agriculture and fisheries from 1988 to 1990.
    This article has been revised to reflect the following correction:

    Correction: July 20, 2013

    Because of an editing error, an Op-Ed on Thursday incorrectly described Anwar al-Awlaki, the writer’s son, at the time of a lawsuit challenging the government’s targeted-killing program. He was alive when the suit was dismissed, not dead.

  9. ... dit :

    Le drone qui a tué mon petit-fils
    Nasser Al Awlaki | 18.07.2013 | Lakome.fr

    NASSER al-AWLAKI, grand-père de Abdulrahman al-AWLAKI, adolescent de 16 ans tué par un drone américain au sud du Yémen dans le cadre du programme « targeted killing » s’indigne contre le rejet par une cour fédérale de sa requête visant à mettre la lumière sur l’assassinat de son petit-fils. Lakome.com a traduit pour vous la lettre émouvante de l’ancien Ministre Yéménite publié dans le New York Times.
    (NASSER al-AWLAKI, New York Times, 17 juillet 2013) – Au bulletin d’information, le matin après sa mort, j’ai appris que mon petit-fils de 16 ans, Abdulrahman, un citoyen des Etats-Unis, avait été tué par une attaque de drone américain.
    Le missile a tué son cousin adolescent et au moins cinq autres civils le 14 octobre 2011, alors que les garçons dînaient dans un restaurant en plein air dans le sud du Yémen.
    J’ai visité l’endroit plus tard, une fois que j’étais en mesure de supporter la douleur de voir où il était assis lors de ses derniers instants. Les habitants locaux m’ont informé que son corps a été déchiqueté. Ils m’ont montré la tombe où ils ont enterré ses restes. Je m’y suis rendu en me demandant pourquoi mon petit-fils était mort ?
    Près de deux ans plus tard, je n’ai toujours pas de réponses. Le gouvernement des États-Unis a refusé d’expliquer pourquoi Abdulrahman a été tué. Ce n’est qu’au mois de mai de cette année que l’administration Obama, dans une démarche censée être plus transparente, a reconnu publiquement ce que le monde savait déjà – qu’elle était responsable de sa mort.
    Le procureur général, Eric H. Holder Jr., a déclaré que Abdulrahman n’était pas spécifiquement visé, ce qui soulève plus d’une question.
    Mon petit-fils a été tué par son propre gouvernement. L’administration Obama doit répondre de ses actes et être tenue pour responsable. Le vendredi, je vais demander à un tribunal fédéral de Washington d’enregistrer une requête dans ce sens.
    Abdulrahman est né à Denver. Il a vécu en Amérique jusqu’à l’âge de 7, puis il est venu vivre avec moi au Yémen. C’était un adolescent typique – il regardait « The Simpsons », écoutait Snoop Dogg, lisait « Harry Potter » et avait une compte Facebook avec de nombreux amis. Il avait une tignasse de cheveux bouclés, des lunettes comme moi et un grand sourire innocent.
    En 2010, l’administration Obama a mis le père de Abdulrahman, mon fils Anwar sur la liste de la CIA et du Pentagone des terroristes présumés à éliminer. Il a été tué par un drone le 30 septembre 2011.
    A plusieurs reprises, le gouvernement a lancé des accusations de terrorisme contre Anwar. Lui aussi était un citoyen américain, mais jamais il n’a été accusé d’un crime particulier. Aucun tribunal n’a jamais examiné les accusations du gouvernement. Aucun élément de preuve n’a jamais été présenté devant une Cour. Il ne méritait pas d’être privé de ses droits constitutionnels en tant que citoyen américain puis assassiné.
    Un matin de bonne heure, au cours du mois de Septembre 2011, Abdulrahman quitta seul notre maison de Sanaa. Il est parti à la recherche de son père, qu’il n’avait pas vu depuis des années. Il a laissé un mot à sa mère expliquant qu’il ne voulait pas rater son père une seconde fois et voulait le retrouver. Il lui demanda de lui pardonner pour avoir quitté la maison sans autorisation.
    Quelques jours plus tard, nous avons été soulagés de recevoir un mot de Abdulrahman disant qu’il était en sécurité avec des cousins dans le sud du Yémen, région dont nous sommes originaires. Quelques jours plus tard, son père a été identifié dans une province du nord à des centaines de kilomètres puis tué par des drones américains. Après que Anwar ait décédé, Abdulrahman nous a appelé pour nous dire qu’il rentrait à la maison.
    Ce fut la dernière fois où j’ai entendu sa voix. Il a été tué deux semaines à peine après son père.
    Un pays qui pense ne pas avoir l’obligation de répondre du meurtre de l’un de ces concitoyens n’est pas l’Amérique que j’ai connu. De 1966 à 1977, j’ai réalisé un rêve d’enfance et étudié aux Etats-Unis. J’ai décroché la bourse Fulbright pour l’obtention mon doctorat, puis j’ai travaillé comme chercheur et professeur adjoint à l’université du Nouveau-Mexique, du Nebraska et du Minnesota.
    Je garde de bons souvenirs de ces années là. Quand je suis arrivé aux États-Unis en tant qu’étudiant, ma famille d’accueil m’emmenait camper près de l’océan et me faisait visiter des endroits merveilleux comme Yosemite, Disneyland et New York.
    Après mon retour au Yémen, j’ai mis ma formation et mon expertise américaines au service du développement de mon pays, le Yemen où j’ai été ministre de l’agriculture et de la pêche et où j’ai créé l’un des plus importants établissements d’enseignement supérieur du pays, l’Université d’Ibb. Abdulrahman avait l’habitude de me dire qu’il voulait suivre mes traces et revenir en Amérique pour étudier. Je ne peux pas supporter de me remémorer ces conversations avec lui, maintenant.
    Après que le nom de Anwar ait été ajouté sur la liste noire du gouvernement, et avant qu’il ne soit tué, l’American Civil Liberties Union et le Center for Constitutional Rights me représentait dans un procès pour contester la possibilité pour le gouvernement de tuer une personne qu’elle considère comme un ennemi de l’Etat.
    Le tribunal a rejeté notre requête, en disant que je n’avais pas la qualité pour agir au nom de mon fils et que, de toute façon, le programme « assassinat ciblé » du gouvernement n’était pas de la compétence de la cour.
    Après la mort de Abdulrahman et de Anwar, j’ai déposé une autre plainte à la recherche de réponses et des responsabilités. Le gouvernement a fait valoir une fois de plus que son programme d’assassinat ciblé est hors de portée des tribunaux. Il est difficilement concevable pour moi de croire que cette position puisse avoir une assise légale dans une démocratie constitutionnelle fondée sur un système de pouvoir et de contrepouvoir.
    Le gouvernement a tué un adolescent de16 ans. Ne devrait-il pas au moins fournir des explications?
    Nasser al-Awlaki, fondateur de l’Université d’Ibb et ancien président de l’Université de Sanaa, a été ministre de l’agriculture et de la pêche au Yémen de 1988 à 1990.

  10. ... dit :

    Excellent documentaire réalisé par Peter Yost aux sujet des drones, et de leurs utilisation controversée, a été diffusé sur ARTE le jeudi 07 novembre à 23h50.

    Voici le lien pour regarder le documentaire:

    http://future.arte.tv/fr/sujet/les-drones-une-nouvelle-technologie

    « Les attaques aériennes de drones, pilotées à distance par joysticks, attire de plus en plus de critiques sur la façon de mener une guerre au 21ème siècle. Simultanément, les drones présentent de réels avantages dans le domaine civil – par exemple pour les opérations de sauvetages. Cette technologie télécommandée présente beaucoup de possibilités insoupçonnées, même jusqu’à la livraison de colis. Comment assurer la bonne utilisation de cette technologie ? ARTE Future interroge des ingénieurs, des scientifiques, des militaires et des pilotes.
    Ces robots volants ont révolutionné la surveillance et la manière de faire la guerre. Comment les drones fonctionnent-ils ? En quoi leur utilisation, leur discrétion et leur rapidité peuvent-elles menacer des civils et les libertés des citoyens ?

    Documentaire de Peter Yost ( Rise of the Drones, USA 2012, 53 mn) : jeudi 07 novembre à 23h50
     »

    #Abe Karem

  11. ... dit :

    Guantanamo: Blacked Out Bay | Vice News | 23 August 2014

    Almost 800 men have been held at the Guantanamo Bay detention facility since it was established in 2002. Today, fewer than 150 remain. Despite the fact that more than half of current detainees have been cleared for transfer from the base, and in spite of the executive order signed by President Barack Obama in 2009 ordering the closure of the prison within one year, there’s no indication it will be shuttered anytime soon.

    VICE News traveled to Guantanamo to find out what the hell is going on. After a tightly controlled yet bizarre tour of the facility, we sought out a former detainee in Sarajevo and a former guard in Phoenix to get their unfiltered impressions of what life is like at Gitmo.

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