A propos du sacré

07.02.2013 | Adil Boutda |  eplume.wordpress.com

religion sacré Dans les sociétés humaines, il est beaucoup plus grave de commettre un sacrilège,  que d’accomplir un crime. Pour ce dernier, c’est un processus lent et « policé » qui se met en branle : enquête tribunal, prison,  puis libération, synonyme de solde de tout compte.   

En revanche, lorsqu’un homme ose bafouer le sacré,  la communauté concernée  court-circuite les institutions légales, et prend directement pour cible, le malheureux coupable, et sa réaction est souvent  empreinte d’une violence extrême.

En septembre 2012, et suite à la publication sur internet d’une fiction satyrique sur l’islam et son prophète, des foules vengeresses, sont descendues dans les rues des villes musulmanes, de Tunis à Jakarta, défiant les forces de l’ordre dans des affrontements sanglants, et prenant pour cibles, diverses institutions occidentales. Bilan très lourd : Plus de 150 personnes, en ont perdu la vie, et autant de familles brisées, à cause de quelques images sacrilèges.

Des années plutôt, un réalisateur hollandais, coupable d’un semblable forfait, a été  assassiné, par un ressortissant musulman.

Quant au malheureux écrivain britannique, Salman Rushdie, il continue de vivre depuis  plus d’une vingtaine d’années, dans la terreur d’être un jour débusqué puis exécuté, par un de ces  risibles zélés,  tous mercenaires de leurs fanatiques maîtres à penser.

Ce ne sont là que quelques exemples parmi tant d’autres, d’une action/réaction répétitive, et quasi mécanique, que l’on peut résumer ainsi : Production d’une œuvre critique, intellectuelle ou artistique, ayant pour objet  un des éléments sacrés de l’islam/Réaction immédiate, violente et physique, visant l’émetteur de la critique.

Pourquoi  les réactions des croyants, face aux blasphèmes, sont t- elles agressives ?  

Depuis Platon et son système d’Idées, les hommes n’ont cessé de faire et de défaire des mondes immatériels, faits de dieux, de cieux, d’anges et de démons. Que dis-je ? Trois mille ans avant les hellènes, les sumériens avaient déjà leur  panthéon de dieux, dont ils n’ont cessé de conter les fabuleuses épopées.   A la même époque, les égyptiens aussi avaient institué une religion élaborée, faite de dieux, de temples, d’au-delà, de prêtres de et de liturgies.

Pour un antique égyptien,  commettre  un sacrilège à l’égard d’Amon ou de Seth, c’est se condamner  à mort. En revanche,  un babylonien vivant  à la même époque, ou encore un jeune égyptien d’aujourd’hui, ne provoquerait tout au plus, que de simples haussements  d’épaules, au cas où lui viendrait l’idée,  d’outrager Amon, Seth, ou Osiris.  Le sacré est donc relatif. Il est propre à un espace-temps délimité. Le sacré est aussi  particulier. Il ne concerne qu’une communauté-religion précise.  Il en découle deux attitudes opposées, selon que l’on soit à l’intérieur  de « l’espace » concerné par un sacré, ou que l’on soit en dehors du groupe affidé à la religion-support, de ce même sacré.

En effet, un critique séculier qui décide d’étudier  un  système religieux,  n’y voit qu’un subtil échafaudage conceptuel,   basé essentiellement, sur un corpus d’éléments sacrés : Dieux, textes, prophètes, lieux, objets,….etc. Il ne manquera de disséquer les processus de sacralisation, grâce auxquels, les prédicateurs  ont su extraire lesdits éléments de la vie profane, afin de les installer dans un autel, au dessus des têtes de leurs coreligionnaires. Il verra dans ces processus, une volonté manifeste d’éloigner ces objets de culte de toute remise en question ultérieure, grâce à l’introduction de la notion de sacrilège, et que sans la mise en place de cette ossature centrale  d’objets sacrés, une religion ne peut se perpétuer.

Un chercheur rationnel, s’intéressera aussi  aux similitudes entre les différents systèmes religieux, et leurs interactions avec les événements historiques majeurs, contemporains de leurs avènements.

Enfin, un sociologue ou un anthropologue, s’efforcera toujours de mettre à nu les relations cachées entre la religion, et les autres phénomènes sociaux majeurs de l’homme, tel que la politique, et l’économie.

Les intellectuels qui se penchent ainsi sur le fait religieux,  adoptent l’approche scientifique, basée sur la prise de distance par rapport à l’objet étudié, l’observation, l’analyse froide, la comparaison, la synthèse, puis la vérification. Ils font fi de la sacralité supposée de l’objet étudié. Plus encore, ils n’hésitent pas à stigmatiser des préceptes, ou des pratiques contraires aux idéaux « universels » tels que les libertés, les doits de l’homme, les égalités, …..etc. Et ces critiques paraissent encore plus dérangeantes lorsqu’elles sont l’œuvre d’artistes, tel que les cinéastes, dans la mesure où elles n’affectent plus l’intellect seulement, mais aussi la sensibilité même du public, à travers l’ouïe et la vue.

L’attitude des fidèles par rapport aux sacrés de leurs religions, est tout à l’opposé de celle des intellectuels du « dehors », que nous venons de décrire. Elle est faite d’amour, de crainte, et de soumission.

Pour le croyant, c’est le sacré qui permet de donner de la hauteur à une vie « bassement  matérielle ». Grâce au sacré, le fidèle transcende sa condition de mortel, et se raccorde à un monde  éthéré, par opposition à sa vie profane.  Dans son échelle de valeurs, le sacré est ainsi placé à la plus haute marche. Et lorsqu’un tiers remet en cause, le bien fondé ou la véracité de ses objets de culte, le croyant ne peut qu’en être profondément offensé, et son confort spirituel s’en trouve ébranlé.

Le comportement violent envers cet agresseur, devient inéluctable, puisqu’à l’instar des autres sociétés humaines, la communauté des fidèles inclut forcément des groupes fascistes, qui ne peuvent concevoir de rapports entre soi et autrui, que ceux basés sur la force et la domination, et ne jurent que par leur « identité » et sa supériorité supposée.

Les violents qui vandalisent, doivent donc être pris pour ce qu’ils sont : principalement fascistes, accessoirement croyants. C’est donc se tromper d’ennemi, que de continuer à stigmatiser les religions en général, et l’Islam en particulier.

Quant aux provocations maladroites de certaines « œuvres » occidentales, elles ne font qu’ heurter  gratuitement, la sensibilité de millions de croyants paisibles et sincères.

En revanche, ces mêmes croyants se doivent  d’encourager  les véritables intellectuels, dans leurs critiques objectives, puisqu’in fine, celles-ci ne peuvent que les aider  à mieux appréhender leur propre religion.

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4 commentaires pour A propos du sacré

  1. dima750dima dit :

    Cela aurait été intéressant que l’auteur développe son propos
    suivant :

    « Quant aux provocations maladroites de certaines « œuvres »
    occidentales, elles ne font qu’ heurter gratuitement, la sensibilité
    de millions de croyants paisibles et sincères.
     »

    Pour exemple, Charlie Hebdo a t’il commis une provocation
    maladroite ? Mon avis est négatif mais j’aurais souhaité lire
    plus de la plume de l’auteur concernant ce point.

    Et merci…

  2. adil boutda dit :

    Je vis dans une société où 90%, pensent que la Chariaa et l’Islam c’est kif kif, et qu’il vaudrait mieux l’appliquer dans son intégralité…….Je vis dans une société où 90% de la population croit que l’Occident veut notre perte………..Croyez-moi, j’exagère a peine!
    C’est à l’aune de ce contexte que je me dois de juger les productions de Charlie Hebdo.
    Celle-ci vont-elles aider mes concitoyens à avoir des jugements plus nuancés, et un regard plus subtil sur leur religion?
    Je ne le crois pas. La satire, par définition irrévérencieuse, ne fait que conforter mes »vis-a-vis » dans leur pseudo-certitudes (agression de l’occident……), et ne peut que nous isoler encore plus nous autres, pauvres libéraux, noyés dans cet océan de conservatisme anachronique.
    Mon avis est que nous avons d’abord besoin d’œuvres didactiques (peut être écrites en marocain), capables de relativiser le fait religieux, et de le rendre un peu plus profane.

    • dima dit :

      C’est un avis qui se respecte et auquel je ne souscris pas
      malheureusement : 90% est un, par exemple, un abus…

      La liberté de la presse est sacrée tout comme celle de
      l’expression soit dit en passant par ce blog fructueux.

  3. zac dit :

    Si a la moindre provocation l’on s’emporte c’est que nous somme faible. Et l’occidant ce fou de savoir si ce genre de production t’ai de a avencer dans la vie ou non. Ce n’est pas leurs but. Vous réagissez quand on désire que vous devez réagir. Comme des robot. Incapable de tenir un strategie. Une provocation et pouf. Il est temps de grandir

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